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Jean C. Baudet

La Technique est le signe de l'Humain

29 Août 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Technique, #Technologie

Dans mon livre Le Signe de l’humain. Une philosophie de la technique (L’Harmattan, Paris), je cite tous les auteurs ayant pensé la Technique (philosophes, sociologues, historiens, économistes, ingénieurs…) et je commente abondamment leurs travaux, qui ont alimenté ma réflexion sur le fait technicien et sur le sens profond de la récente transformation de la technique en technologie. Je dois beaucoup à ces auteurs, soit que je me sois basé sur leurs positions, soit que j’aie combattu leurs idées me paraissant fausses et illusoires, pour construire ma propre évaluation de la Technique, que je tiens pour la clé de la compréhension de la condition humaine et même pour la clé d’une approche de l’Être (reprenant certains thèmes de la philosophie de Martin Heidegger).

Je rends hommage à tous ces hommes qui ont su repérer l’importance de la Technique pour analyser le destin de l’Humanité, à contre-courant bien souvent d’une philosophie traditionnelle, officielle, universitaire, caractérisée par « l’oubli de la Technique », qui préfère chercher son inspiration dans l’étude de l’Art, de la Littérature, parfois de la Science. A tous ces hommes qui ont investigué, comme moi, avant moi ou pendant que je publiais mes premiers résultats (mon premier article publié date de 1978), les rapports entre la Technique et la Société.

Je ne peux pas les citer tous dans ce billet.

Il y eut, en France, Alfred Victor Espinas, Maurice Daumas, Bertrand Gille, Jean-Marie Auzias, Jean-Yves Goffi, Gilbert Simondon, Jean-Claude Beaune, François Dagognet, Pierre-Maxime Schuhl, François Russo, Georges Friedmann, Jean Brun… En Belgique, Jean Laloup, Henri Van Lier, Jean Ladrière… Et de très nombreux Américains, dont Melvin Kranzberg (le fondateur de la revue Technology and Culture), Don Ihde (l’inventeur du terme techno-science), Carl Mitcham, Samuel C. Florman, Paul T. Durbin, Gregory H. Davis, Frederick Ferré, Lewis Mumford, George Bugliarello, Dean B. Doner…

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Sur la definition de la Science et l'editologie

20 Août 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Epistémologie, #Editologie

Si l’on prétend parler philosophiquement de la Science, et pas uniquement répéter des lieux communs et des opinions vagues, il importe évidemment de donner au terme « Science », le plus rigoureusement possible, le sens précis et univoque qu’il a en épistémologie. Car le mot « science » (latin scientia) appartient au vocabulaire ordinaire, insuffisamment défini.

La Science, selon nous, est un système de pensée (un mode d’acquisition de savoirs) qui doit être déterminé par rapport aux autres systèmes de pensée : la connaissance spontanée et naïve, la philosophie, les religions, les idéologies, et même la poésie dans la mesure où certains poètes affirment atteindre la connaissance de réalités indicibles (par exemple Rimbaud, quand il « découvre » la couleur des voyelles, voir Baudet (Jean C.) : Une philosophie de la poésie, L’Harmattan, Paris, 2005).

Qu’est-ce donc qui distingue un discours « scientifique » (la théorie de la gravitation universelle de Newton, la chimie quantitative de Lavoisier, la relativité d’Einstein…) d’un discours philosophique (l’œuvre de Spinoza), religieux (le Coran), etc. ?

La réponse que nous proposons dans le cadre de l’éditologie se situe dans le prolongement des travaux de Karl Popper, qui définit la Science par la vérifiabilité (par la falsification). Voir notamment : Allard (Marianne) : « L’éditologie des sciences industrielles », Revue de l’Ingénieur industriel 6(3) : 45-50, 1984 ; Guespin (Louis) : « L’éditologie et les revues universitaires », La Pensée 269 : 113-119, 1989 ; Baudet (Jean C.) : « Editologie et scientificité », Communication & Cognition 23(4) : 323-329, 1990 ; Baudet (Jean C.) : « Editologie et sociolinguistique », Cahiers de linguistique sociale (Rouen) 18 : 81-99, 1991 ; Baudet (Jean C.) : « L’éditologie et l’histoire des techniques et de l’industrie », Newsletter Technology, science and industry (Oxford) 20 : 13-16, 1993 ; Baudet (Jean C.) : « L’éditologie : entre communication et cognition », Revue Générale 132(4) : 45-54, 1997.

Popper base donc la démarcation entre scientificité et non-scientificité sur le fait que les théories « scientifiques » sont vérifiables (c’est-à-dire falsifiables par une expérimentation ad hoc), ce qui le conduit notamment à dénier tout caractère scientifique par exemple au marxisme ou à la psychanalyse. Pour le dire en langage vulgaire : la Science est capable de réaliser une expérience (satelliser une caméra) pour vérifier que la Terre est ronde, alors que le Christianisme (système de pensée qui s’est plusieurs fois opposé à la Science, cfr le procès de Galilée) ne peut pas (pas encore ?) vérifier expérimentalement qu’il y a trois personnes en Dieu.

Mais il faut aller plus loin que Popper pour mettre à jour, radicalement, l’essence de la Science, pour repérer la différence spécifique qui sépare la Science de tous les autres systèmes prétendant acquérir des connaissances (notamment, la question est cruciale pour les « sciences humaines »). Construire une expérience de vérification, c’est obligatoirement construire une « instrumentation » adéquate (il s’agit de faire appel à la Technique pour construire un thermomètre, un télescope, une chambre à bulles, une sonde spatiale…), qui permet 1° une observation au-delà des limites sensorielles (voir des étoiles invisibles à l’œil nu, étudier la radioactivité pour laquelle le corps humain ne possède pas de capteurs) et 2° un raisonnement mathématisé plus puissant que le raisonnement verbal (obtenir des mesures numériques pour mettre l’observé en équations).

Ainsi, la Science se base sur la Philosophie, mais la dépasse par le recours aux instruments. La Science prolonge la Philosophie parce que, comme elle, elle rejette les traditions qui fondent les « savoirs » populaires.

Quand et où, dans l’histoire de l’Humanité, la Science est-elle apparue, c’est-à-dire quand et où des hommes ont-ils commencé à utiliser systématiquement des instruments d’observation et de mesurage ?

On peut évidemment remonter très loin dans le temps, et penser que les néolithiques déjà savaient « mesurer » la superficie d’une pièce de tissu à l’aide d’une règle servant d’instrument. Mais il s’agit d’une proto-instrumentation, spontanée et naïve, qui ne bouleverse pas l’acquisition de connaissances. Les Mésopotamiens, les Egyptiens, les Chinois, d’autres peuples encore, utilisaient, il y a des milliers d’années, des balances pour mesurer les poids ou des récipients pour mesurer les volumes, mais ces instruments ne sont pas utilisés systématiquement pour développer un savoir sur les choses, ils n’ont qu’un rôle utilitaire. Même les instruments des mathématiciens grecs (règles et compas), des astronomes grecs (astrolabes), des chimistes grecs (appareils à distiller), des médecins grecs (couteaux de dissection) ne constituent pas encore une instrumentation, car leur utilisation ne déclenche pas un « changement de paradigme » (Thomas Kuhn), ni le franchissement d’un « obstacle épistémologique » (Gaston Bachelard). L’histoire nous enseigne que l’instrumentation devient systématique en Europe (chrétienne) au début du XVIème siècle, causant ce que l’on appellera la « révolution copernicienne », et l’invention de la Science.

Il y a donc un sens fort du mot « science » (correspondant à l’exigence épistémologique) et un sens faible, correspondant à une acception très large, non théorisée de ce mot. Rigoureusement parlant, il n’y a pas de  science sumérienne, de science grecque, de science chinoise, de science indienne, de science arabe, de science maya, même si les peuples correspondants disposaient de savoirs (proto-scientifiques) qui leur permirent de créer de brillantes civilisations.

Il n’y a pas de progrès bouleversant, chez les Grecs et les Romains, entre les savoirs d’un Thalès (VIème siècle a.c.) et ceux d’un Boèce (VIème siècle p.c.), c’est-à-dire pendant plus de mille ans !!! De 1543 (Copernic) à 1687 (Newton), en un siècle seulement, les progrès de la Science sont fulgurants. Quant à la Philosophie – dépourvue d’instruments –, a-t-elle progressé de l’époque de Thalès à nos jours ?

 

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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L'origine de la Science

14 Août 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Science

J’ai montré, en étudiant l’histoire de l’astronomie, de la physique, de la chimie et de la biologie, que la Science apparaît, en Europe, à l’articulation des XVème et XVIème siècles, en se séparant de la Philosophie (née en Grèce vers 600 avant notre ère) par l’utilisation systématique de l’Instrumentation, celle-ci étant le fruit de la Technique. J’utilise le terme « Science » dans l’acception forte que lui donnent les épistémologues : il s’agit d’un système de pensée qui conduit à des discours vérifiables, contrairement aux autres systèmes de pensée (les Mythes, les Religions, la Philosophie, les Idéologies, la Poésie) qui sont radicalement invérifiables. Du fait même de sa vérifiabilité (grâce à des instruments d’observation et de mesurage), la Science est le contraire d’une pensée dogmatique, étant en perpétuelle « recherche ». Les savoirs « scientifiques » ne sont pas imposés au public comme des certitudes absolues, contrairement aux dogmes religieux, qui sont imposés avec un fanatisme pouvant aller jusqu’à la condamnation à mort des mécréants. Dans l’Europe chrétienne du Moyen Âge, il était « impensable » de mettre en doute la Sainte-Trinité, l’Immaculée Conception, la Rédemption et le Péché originel, le Jugement dernier (à peine d’être torturé par l’Inquisition), et dans les pays musulmans, en plein XXIème siècle, il est fort dangereux de prétendre qu’Allah n’existe pas, comme il est dangereux, dans l’Inde hindouiste, de nier l’existence de Vishnou !

L’usage d’instruments a permis à la Science de se développer en étendant considérablement le champ de l’observable (télescopes, microscopes…) et en permettant de quantifier les phénomènes observés par l’acquisition de nombres (mesures) ce qui permettra une mathématisation du discours scientifique (thermomètres, baromètres, galvanomètres…).

Quand la Science apparaît, l’Humanité possède quatre grands centres civilisateurs : la Chine confucéenne, l’Inde hindouiste, l’Europe chrétienne et l’Arabie musulmane (y compris ses vastes conquêtes). Les autres régions (Amérique, Afrique, Océanie) sont habitées par des cultures moins avancées, certaines étant même encore à l’âge de la pierre.

L’Inde, l’Europe et l’Arabie, à cette époque, connaissent la remarquable production intellectuelle des Grecs (et donc la Philosophie), ayant été en contact prolongé avec l’hellénisme, à qui ils doivent la logique (Aristote), la mathématique démonstrative (Euclide, Archimède), l’astronomie quantitative (Eudoxe, Aristarque), la botanique (Théophraste), l’anatomie (Hérophile), la médecine rationnelle (Galien), la chimie (Zosime), l’algèbre (Diophante). La Chine même, pourtant si éloignée de Milet, d’Athènes, d’Alexandrie, a pu connaître certains acquis de l’hellénisme.

Reste alors une question passionnante : pourquoi la Science est-elle née en Europe, avec Christophe Colomb qui utilise la caravelle comme instrument pour fonder la géographie scientifique, avec Vésale qui utilise le scalpel pour développer l’anatomie, avec Copernic qui utilise le quadrant pour découvrir l’héliocentrisme, avec Paracelse qui utilise les instruments de laboratoire pour séparer la chimie scientifique de l’alchimie médiévale, avec Galilée qui utilise le plan incliné pour fonder la mécanique ?... Pourquoi les brillantes civilisations des Chinois, des Hindous et des Arabo-musulmans ont-elles, à la fin du Moyen Âge, été bloquées pour rester extérieures au développement de l’esprit scientifique ?...

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Souvenir (petit poeme en prose)

5 Août 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Poème

J’aimais ton visage et ses rires, j’aimais ta voix ses paroles et ses phrases, j’admirais ton bracelet d’argent finement ciselé et nous marchions dans les parcs et les petits buissons, dans les forêts et les grands arbres, dans les savanes et les hautes herbes.

J’admirais tes yeux calmes, je chérissais ta démarche et tes gestes et tes petites fioles de parfum et tes boîtes à bijoux, et nous allâmes dans les musées voir les statues, dans les salles de concert écouter les musiques, dans les grands magasins pour acheter de jolies choses.

Ta chevelure m’enthousiasmait, et je contemplais tes robes, heureux de ta jeunesse, de tes sourires, des rues où tu étais, des boulevards où tu étais, de nos voyages, de nos jours et de nos nuits.

J’aimais te voir à Paris et au Caire, à Beyrouth et à Léopoldville – te souviens-tu de la chaleur et des odeurs de brousse ? –, à Bruxelles et à Florence et à Athènes, surtout à Athènes – te souviens-tu de ce soir sur l’Acropole au clair de lune ?

Tu me parlais, tu m’écoutais, tu vivais, nous marchions ensemble dans les parcs, dans les forêts, dans les savanes et dans les grands magasins.

Tu étais la princesse de mes rêves et la reine de mon existence et la raison de mon être et la saveur de mes soirs et la compagne de mes bonheurs. Tu marchais dans la foule à Paris, dans la pluie à Lille, dans le soleil à Rome, et j’étais près de toi. Tu écoutais les symphonies, les concertos, les sonates, tu dessinais et tu peignais à l’huile ou à l’acrylique, et je contemplais tes tableaux.

Tu me donnas deux filles, et je retrouvai ton visage et ses rires dans leurs jeux d’enfants.

Tu étais avec moi.

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Propos sur la fin du monde

1 Août 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Politique, #Démographie

Il est impossible de réduire le réchauffement climatique. Il est impossible de diminuer le chômage de masse. Il est impossible d’anéantir l’islamisme, alimenté par la haine des valeurs occidentales. Ces menaces effrayantes, en effet, et quelques autres également dangereuses pour le genre humain (pollutions diverses, diminution accélérée de la biodiversité, amenuisement des ressources minérales), ont toutes la même cause : l’extraordinaire explosion démographique, due à la formidable puissance de l’instinct sexuel chez les peuples économiquement peu développés. Et il est quasiment impossible d’inverser la courbe démographique devenue exponentielle (loi découverte par le Bruxellois Pierre-François Verhulst en 1838), et l’augmentation des hommes ne peut qu’augmenter leurs consommations et leurs déjections. Eros et Thanatos : la puissance de l’amour conduit au règne de la mort.

Les physiciens, les chimistes, les biologistes, les agronomes et les ingénieurs, les géographes, les sociologues et les économistes savent tout cela, mais ils n’osent pas aller jusqu’à la conclusion finale de leurs observations, ou alors leurs mises en garde sont occultées par les idéologies vendeuses d’espoir des humanismes et des compassions humanitaires.

Les hommes politiques, imperturbablement, annoncent des « programmes » de lutte contre la pollution de l’air qui réchauffe l’atmosphère (d’où tornades, inondations, extension des maladies tropicales, sécheresse, feux de forêts, désertification, montée du niveau des mers…), de lutte contre le chômage (dû à l’offre mondiale toujours croissante de main-d’œuvre), de lutte contre le terrorisme islamiste, exutoire des « plus démunis » économiquement et intellectuellement, qui seront toujours plus nombreux. Les politiciens de tous les partis proposent des « solutions », malgré des décennies de montée de la température de l’air, d’augmentation du chômage au niveau mondial, et d’expansion de l’islamisme, dans l’incapacité d’influencer les choses. Trump, Poutine, Macron, Merkel, Erdogan, Theresa May et tous les autres ne pourront pas faire mieux que leurs prédécesseurs, car jamais des législations démagogiques et des déclarations d’espoir n’aboliront les lois de la physique, de la chimie, de la biologie et de l’économie.

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