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Jean C. Baudet

Ecrire et penser

31 Décembre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Littérature

Ecrire – je veux dire « publier », écrire pour un public, car je ne compte pas comme « écriture » le simple geste d’aligner des mots dans un cahier destiné au tiroir, activité qui vaut le tricot ou la collection de timbres – écrire, donc, cette pratique qui est une des spécificités de l’animal humain – car les bêtes ni ne pensent, ni n’écrivent – écrire, c’est chercher des lecteurs, c’est espérer fixer l’attention de quelques personnes éventuellement inconnues, c’est vouloir être lu, être compris (pas nécessairement être approuvé), et peut-être même que c’est espérer d’être aimé. Et selon le niveau d’exigence où l’écrivain situe son œuvre, il attend de susciter l’intérêt des foules ou celle des happy few. Racine et Molière écrivaient pour l’entourage du roi, nos romanciers postmodernes écrivent « pour tout le monde ». Ce n’est pas moins honorable, et Françoise Sagan, Amélie Nothomb ou Marc Levy valent bien Julien Gracq ou Marcel Proust.

Penser, c’est autre chose… Bien sûr, la pensée implique l’écriture, et implique même l’alphabet, car la représentation pictographique ou idéographique des concepts n’est pas suffisamment analytique pour permettre une réflexion soutenue. Avec sa grammatologie, Jacques Derrida a dit des choses fort justes à ce sujet, et ce n’est sans doute pas un hasard si la philosophie est née chez les Grecs, seul peuple de l’Antiquité à disposer d’un alphabet complet, avec consonnes et voyelles.

Je prends évidemment les termes « écriture » et « pensée » dans leur sens le plus profond. On « écrit » pour les autres (pour un public) : c’est la littérature. On « pense » pour soi : c’est la philosophie. Penser (voir Heidegger : Was heist denken ?), c’est bien plus que réfléchir, et l’on n’appelle pas « penser » jouer aux échecs, composer un sonnet, résoudre un système d’équations… De même que l’écriture se définit par l’existence d’un destinataire (d’ailleurs peu déterminé), la pensée se définit par son destinataire, qui est le penseur lui-même. L’écrivain cherche à séduire, à émouvoir, à enchanter, à distraire ses lecteurs, et attend les applaudissements et si possible la bienveillance de la « critique ».

La pensée, c’est-à-dire la philosophie créatrice (enseigner l’histoire de la philosophie n’est pas encore philosopher), c’est chercher le réel absolu, en rapport avec soi. Le philosophe interroge le monde, et s’interroge lui-même. Les religions – qui sont les inverses de la philosophie – interdisent la pensée, elles consistent à préserver et à répandre (éventuellement par la violence) une tradition, qu’il s’agisse de celle fixée dans ses écrits par Confucius, ou de celles de Bouddha ou de Ron Hubbard.

La science, qui est évidemment une activité intellectuelle, et même la plus vaste et la plus élaborée qui soit (la mécanique quantique et la chromodynamique sont autrement complexes que la phénoménologie de Husserl ou que l’existentialisme de Sartre et Beauvoir), n’est pas une pensée, car le chercheur scientifique ne se situe pas lui-même dans le champ de ses investigations. Le religieux « connaît » son destin, inscrit dans des écritures saintes. Le scientifique ne s’intéresse pas à son destin, du moins dans le cadre de ses recherches. Le philosophe essaye, en tentant de dévoiler les déterminations de l’Être, de savoir quel sera son destin et donc quel est le sens de sa vie. Le savant écrit pour la communauté scientifique internationale. L’écrivain écrit pour un public qu’il espère aussi vaste que possible. Le philosophe écrit pour lui-même (« je pense », écrivait Descartes en 1637), et pour le petit nombre de « ceux qui pensent ».

Pour info : https://www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Les sept merveilles du monde

22 Décembre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Science

Les sept merveilles du monde

Les sept merveilles du monde, je veux dire les sept constructions de l'esprit humain les plus formidables, les plus remarquables, les plus admirables, les sept productions intellectuelles les plus profondes, les plus complexes, les plus surprenantes, les plus abouties, celles aussi qui eurent le plus grand effet sur l'évolution de l'Humanité en elles-mêmes et par leurs conséquences, les sept plus belles et plus nobles réalisations de l'Homme, de la pensée de l'Homme (le logos des Grecs, la ratio des Romains, la noèse de Husserl) sont, dans l'ordre de leur apparition dans l'Histoire : l'Odyssée d'Homère, la Logique d'Aristote, le Discours de la méthode de René Descartes, la Théorie de la relativité d'Albert Einstein, la Mécanique quantique de Niels Bohr et d'Erwin Schrödinger, la Génétique moléculaire de James Watson et le système d'exploitation Windows de Bill Gates.

Oh, certes, on pouvait faire d'autres propositions ! Et j'admire sans réserves la Neuvième symphonie de Beethoven, le Sacre du printemps de Stravinski, le Quatuor pour la fin du temps de Messiaen, ou les romans de Georges Simenon et ceux d'Amélie Nothomb, ou l'extraordinaire unification des mathématiques due à Cantor, à Russell et à Bourbaki. Et j'admire encore la cathédrale Notre-Dame de Paris ou l'Atomium de Bruxelles. Mais les aventures d'Ulysse, les équations d'Einstein et celles de Schrödinger m'emportent vers les sommets de l'intelligence des hommes. Et j'ai aussi une pensée émue pour les inventeurs du foie gras, du saumon fumé, de la saucisse, du steak tartare, du filet américain, de la sauce béchamel, de la crème Chantilly, du baba au rhum, des carbonnades à la Flamande et de la sauce lapin à la Liégeoise.

Mais pour terminer ma chronique de ce jour par un trait de satire, je dirai que tous ces glorieux inventeurs, ces héros de la pensée dans les bibliothèques, dans les laboratoires et dans les cuisines, furent grands, mais furent très peu nombreux. L'imagination créatrice et la raison innovante sont bien rares chez les humains, et si l'on en admire quelques-uns, il y a aussi les imbéciles, les sots, les ignorants, les fanatiques, les illuminés, et bien pire...

Pour info :

https://www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Histoire, epistemologie, ethique

20 Décembre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Ethique, #Histoire

Dans mon livre "Curieuses histoires de la Pensée" (Jourdan, Bruxelles, 601 pages), j'ai étudié l'origine des religions et de la philosophie. A la suite de mes travaux précédents d'épistémologie et d'histoire de la science et de la technique, cela m'a conduit à proposer une théorie de la connaissance, l'éditologie, considérant le savoir comme "édité", c'est-à-dire que l'élaboration de propositions sur le réel est d'ordre social (sémiologique, linguistique...) autant que de nature psychique. Quiconque pense, pense forcément avec les mots de sa tribu, et toute pensée est une réaction émotionnelle à l'hostilité de l'environnement, tant l'environnement "naturel" que la pression sociale. Ainsi le déclenchement de la pensée, chez les hominiens bien avant l'invention du langage, est-il la Peur, à l'origine de l'élaboration noétique de l'idée de Sacré. Ensuite, avec le langage viendront les mythes, puis avec la complexification de l'organisation sociale apparaîtront les religions et la violence (qui est l'essence même du Sacré). Avec l'invention de l'alphabet (voir la grammatologie de Derrida), un petit sous-ensemble de l'Humanité entreprend la critique des traditions religieuses et de l'idée même de Sacré : c'est l'invention de la philosophie, que l'érudition attribue aux Grecs de Milet Thalès et Anaximandre.

Disposant maintenant d'une épistémologie, je suis conduit à adopter une ontologie matérialiste (mais fortement nuancée de scepticisme). Le matérialisme récusant toute idée de "valeur", il me reste la tâche - peut-être impossible - de tenter de construire une éthique, c'est-à-dire des propositions pour "vivre ensemble", qui ne seraient pas les commandements d'un dieu caché. Car certes pour le matérialiste la vie humaine n'a guère plus d'importance que la vie des baleines bleues ou que celle des morpions, mais tout de même chaque homme (et il y en a 7,5 milliards !) a une espérance de vie de plusieurs décennies. Autant les passer dans la joie de vivre, dans le bonheur de la rencontre humaine rebaptisée convivialité. L'homme est une passion inutile. Mais c'est parfois une passion bien agréable.

Une vidéo de l'auteur :

https://www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Arborescence (poeme)

17 Décembre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Poème

Vais-je atteindre la plus haute branche

dans les senteurs d’un alcool azéotrope

branche apicale de l’arbre de l’existence

dans les pensées perdues du désir ?

Phase terminale de l’arbre de la vie

dans les odeurs d’éther et de médicaments

vais-je atteindre le sommet des douleurs

les couleurs tristes qui désespèrent

les bruits obscurs qui alourdissent les souvenirs

la confusion qui humilie

les liquides putrescents qui s’écoulent

l’oubli des mots et des paroles

parmi les clameurs dans la nuit d’épouvante

Je ne chercherai plus les métaphores et les métonymies

je n’enroulerai plus les guirlandes autour de l’arbre vert

je ne chanterai plus l’espoir la beauté l’harmonie

je ne pâlirai plus au nom de Vancouver

je bannirai de mes lexiques tous les mensonges de l’espérance

j’aurai en bouche le goût des pourritures

mes yeux ne verront plus

mes oreilles se fermeront à toutes les musiques

et dans les rues de ma mémoire éparpillée je me souviendrai peu du chemin parcouru

La dernière branche la plus haute que je pensais inatteignable

le sommet qui est une déchéance

la fin qui est l’achèvement de toutes les promesses

le but qui est l’éclatement glauque de toutes les illusions

la cendre grise la fumée âcre et l’attente désespérée

la vérité immonde la nausée les coliques l’épanchement des sanies

le prurit des ulcères

la vérité des sueurs l’angoisse l’insupportable angoisse

qui ferme à jamais tous les rêves du Poète.

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Tous les hommes sont-ils egaux ?

11 Décembre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

Tous les hommes sont-ils egaux ?

La recherche philosophique ne peut démarrer qu’à partir d’observations, qu’il s’agisse d’observer le monde qui s’offre en spectacle à l’homme attentif (la philosophie commence par l’étonnement, disait Aristote) ou qu’il s’agisse de s’observer, d’examiner sa conscience comme le proposent par exemple Socrate (« connais-toi toi-même »), ou Descartes (« je pense donc je suis »), ou les phénoménologues, ou les religieux, qui observent « au fond de leur cœur » l’espoir d’un monde meilleur à venir. D’où deux sortes de philosophie : des pensées cosmo-centrées (les « physiciens » de Milet, l’atomisme de Démocrite…) ou des pensées égocentriques, ou du moins anthropocentriques.

Observer le monde, c’est observer l’Histoire, et en particulier c’est étudier l’évolution des systèmes de pensée (histoire des religions, histoire de la philosophie, histoire de la science, histoire de la technologie…). Au risque de se perdre dans l’érudition, car il faut plus qu’une vie d’homme pour examiner les œuvres des fondateurs de mythes et des théologiens, ou des philosophes, ou des chercheurs scientifiques, ou des ingénieurs…

Ainsi, la philosophie est forcément une pensée qui critique toutes les pensées, et qui finit tôt ou tard par se critiquer elle-même. Penser, c’est peser, c’est-à-dire comparer. Et comparer des pensées, c’est comparer des penseurs. Qui fut meilleur dans la recherche des fins dernières : Paul de Tarse ou Mahomet de La Mecque ? Qui fut meilleur dans la recherche de la vérité : Platon d’Athènes ou Aristote de Stagire ? Michel Onfray ou Jean Salem ?

Mais comparer, c’est constater des différences. La pensée critique – aussi appelée intelligence ou raison ou logos (on pense avec des mots) – c’est la discrimination, c’est reconnaître que tous les hommes ne sont pas égaux. Cruelle conclusion de l’examen de l’Histoire, qui s’impose à la raison mais qui heurte et scandalise le cœur ! Voilà ce qu’on appelle « penser ». J’ai étudié les philosophes, les physiciens et les chimistes, les « intellectuels français », les « ingénieurs belges », et même les « grands cuisiniers » (dans mon Histoire de la cuisine, Jourdan, Bruxelles). Qui oserait affirmer que « tous les intellectuels se valent », et qu’Eric Zemmour vaut Jean-Paul Sartre, ou que Natacha Polony vaut Simone de Beauvoir ?

Pour info :

https://www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Une catastrophe demographique

10 Décembre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Politique

En 2010, la population mondiale était estimée à 6,84 milliards d’unités, et en 2015 il y a 7,5 milliards d’êtres humains sur une terre dont les ressources s’amenuisent chaque jour. Il est facile d’extrapoler, et l’on peut raisonnablement penser qu’il y aura plus de 9 milliards d’hommes dans seulement dix ans ! Le réchauffement du climat entraîne une accélération de la désertification et un relèvement du niveau de la mer, c’est-à-dire le rétrécissement inexorable des superficies terrestres habitables. En 1925, il y avait 2 milliards de terriens, ce qui fait que la population mondiale aura été multipliée par 4,5 en seulement un siècle (quatre générations) !

Mais est-ce un « problème » ? Si R représente la totalité des ressources exploitées pendant le temps t, et si P représente la population terrestre, le niveau de vie moyen vaut évidemment R/P. On peut espérer une légère augmentation de R grâce au progrès technologique, encore faut-il ne pas oublier qu’en technologie il n’y a pas d’avantages sans inconvénients.

Actuellement, avec une « charge humaine » de 7,5 milliards, la Civilisation a-t-elle atteint son maximum, et doit-on s’attendre à un renversement du progrès ? Pauvreté et misère, nouvelles maladies, illettrisme, phénomènes sectaires, idéologies illusoires, terrorisme, émeutes, guerres… Tout cela ne va-t-il pas s’amplifier ?

La philosophie ne peut pas répondre, car elle ignore l’avenir, contrairement aux dirigeants politiques qui savent si bien ce qui est bon pour les peuples. Je ne passerai donc pas du constat à la conclusion, et je ne propose pas de solution. Mais je me dis que l’histoire des hommes est une longue suite d’espérances trompées. Après tout, pourquoi les hommes seraient-ils heureux ?

Pour info :

https://www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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La pensee empiricale de Jean-Pierre Jameux

7 Décembre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

J’ai lu avec un très grand plaisir le dernier livre du philosophe français Jean-Pierre Jameux : Réflexions sur la réalité en philosophie (L’Harmattan, Paris, 154 pages). Cet ouvrage développe, en quatre « réflexions », une critique serrée de la tradition dominante en philosophie (au moins depuis Parménide, qui ne parvint pas à sortir des apories de l’être et du néant) qui consiste en somme à ne pas prendre la réalité brute au sérieux. Obnubilés par le dualisme du moi et du non-moi, nombreux en effet furent les philosophes qui théorisèrent une dichotomie de l’Être, ainsi Platon (le monde sensible et le monde des Idées), Descartes (l’étendue et la pensée), Kant (le phénomène et le noumène), Husserl (la conscience et les essences)… « nous sommes toujours incapables de choisir entre d’un côté notre pensée et de l’autre côté le monde » (p. 5).

Reprenant une remarque déjà faite par Gaston Bachelard (Le nouvel esprit scientifique, 1934), Jameux observe que l’esprit moderne associe deux attitudes philosophiques contradictoires, le rationalisme et le réalisme, dans un tiraillement conceptuel qui obscurcit la recherche de l’Être. Et l’auteur s’interroge : « n’y aurait-il pas une identité ou un originaire plus profond entre le rationalisme moderne transcendantal et le réalisme classique d’une chose en soi donnée soit par les idées ou soit par la quiddité ? » (p. 6). Et ce tiraillement est la cause de « l’étrangeté que revêtent nos réflexions sur la réalité ». Celle-ci est plus ou moins niée, et de nombreux philosophes dénoncent comme un « réalisme vulgaire », comme une « croyance naïve », l’idée du simple bon sens que les objets qui nous entourent existent vraiment. Je pense ici à la très pertinente critique de l’idéalisme par Lénine dans son grand livre Matérialisme et empirocriticisme (1909). Le rejet de la réalité conduit au solipsisme de George Berkeley, ou à des ontologies fantasmagoriques : les monades de Leibniz, l’esprit dialectique de Hegel, etc.

Le travail de Jameux est largement basé sur une critique du cogito, qu’il renverse résolument. Ce n’est pas parce que je pense que je suis, mais c’est parce que je suis (une chose) que je pense : sum res ergo sum (p. 23). Et de développer une épistémologie et une ontologie « empiricales » qui s’opposent à la pensée transcendantale dominante. La pensée empiricale est basée sur ce que Jameux appelle l’a-cogito : il s’agit d’atteindre l’essence des choses par l’observation directe des choses elles-mêmes et non par la pensée qui introduit des présuppositions parasites. Malgré les apparences, nous sommes à l’opposé de la phénoménologie husserlienne. L’apodicticité de « je suis une chose », et de « il y a des choses », permet de fonder une ontologie partant des choses (évidentes, vécues) et non d’un « esprit » fantasmé. L’appréhension directe du monde est possible dans sa réalité dévoilée par les faits. Encore faut-il, nous prévient Jameux, distinguer les « faits bruts » et les « faits construits ». En somme, tant les empiristes que les rationalistes passent par la conscience pour comprendre le monde, ce qui revient (de Descartes à Deleuze) à admettre le primat de la conscience, c’est-à-dire à faire naître le monde des « esprits ».

L’analyse de Jameux ne va pas jusque là, mais nous pouvons aller plus loin dans la critique de la pensée transcendantale. Il me semble que celle-ci est une rémanence (éventuellement inconsciente) de la pensée archaïque qui sépare résolument le monde en un domaine sacré (à l’origine de l’idée de « spirituel ») et un domaine profane, ce qui est une projection ontologique de l’expérience commune d’une existence corporelle « doublée » d’une existence intellectuelle : les pensées, les mots, les rêves…

La pensée empiricale, c’est donc voir les choses comme elles sont, et éviter de faire du monde une projection des désirs, des espoirs et des émotions de « l’esprit humain ». Pour nous, c’est un fondement du matérialisme, auquel notre propre réflexion a abouti par la considération du primat de la Technique, autre manière d’accepter la réalité des choses. Et je suis pleinement d’accord avec la conclusion de Jean-Pierre Jameux : « nous ne devrons jamais oublier, au cours de nos réflexions futures en épistémologie et sur la question de l’être, de suivre pas à pas le réel » (p. 149).

Pour info :

https://www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Pour ou contre l'humanisme ?

6 Décembre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Humanisme

Si l’on accepte l’humanisme, c’est-à-dire la vénération de l’humain, il faut bien attribuer une certaine « valeur » à tous les hommes, y compris les plus misérables. On peut même aller jusqu’à prétendre, nonobstant les spectacles décourageants de l’Actualité et de l’Histoire, que « tous les hommes se valent », et que donc « tous les hommes sont égaux ». Je dois avouer que j’ai du mal à accepter une telle affirmation péremptoire, mais il est vrai que je ne suis pas humaniste. J’ai la faiblesse (ou la lucidité ?) de ne pas égaler Joseph Jongen à Ludwig van Beethoven, et de ne pas mettre dans le même rayon Léon Ollé-Laprune et Arthur Schopenhauer (ou Alain Badiou et Gaston Bachelard)… Mais si j’arrive, quoique difficilement, à admettre, pour devenir politiquement correct, que tous les hommes, malgré leurs évidentes différences génétiques, morphologiques, psychologiques, linguistiques et culturelles, ont la même valeur, je ne peux pas me résoudre à admettre que toutes leurs idées se valent ! Le spectacle bariolé, pittoresque et passionnant de l’histoire des mythes et des religions, de l’histoire de la philosophie et des idéologies, de l’histoire de la science, montre à l’évidence, avec mille et mille exemples, que toutes les idées que produit l’esprit humain (ou qu’élaborent les réseaux neuronaux du système nerveux des hommes et des femmes) correspondent à toute la gamme qui va de l’abjection ou de la sottise au remarquable et au sublime. Si tous les hommes se valent, toutes leurs idées ne se valent pas ! Et il y a loin des mythes et des anathèmes de la pensée archaïque aux théorèmes (et aux blasphèmes) de la modernité.

Mais alors, si toutes les idées ne se valent pas, s’il y a par exemple progression du géocentrisme des Anciens à l’héliocentrisme des Modernes, il faut avoir le courage de comparer les systèmes de pensée, de ne pas faire d’amalgames, et d’oser la discrimination. Du courage ? Certes, il en faut pour penser (penser, c’est reconnaître les différences) parmi les foules soumises aux traditions, plus ou moins « sacrées », et qui vont jusqu'au terrorisme pour imposer leurs idées. Il faut par exemple oser comparer les religions, et déterminer celles qui sont le plus archaïques. Car si l’humanisme est l’honneur de l’esprit humain, si la grandeur de l’homme réside dans sa pensée, encore faut-il ne pas penser n’importe quoi ! Penser, c’est distinguer et choisir.

Pour info :

https://www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Humanite et Technique

2 Décembre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Technique

Je voudrais consacrer ma chronique d’aujourd’hui (en ces temps de misère) à l’humanité, en rappelant d’abord qu’il ne faut pas confondre « humanité » (concept qui est l’ensemble des caractères qui distinguent l’homme de l’animal) et « Humanité » (objet observable qui est la totalité des hommes passés, présents et à venir). Le caractère le plus spécifique de l’homme, originaire et donc essentiel, est la Technique. Avant d’être un animal politique (Aristote) ou un roseau pensant (Pascal), ou un être qui rit (Rabelais), ou un étant chez qui l’existence précède l’essence (Sartre), l’humain est un singe capable de concevoir, de façonner et d’employer des outils. Tous les anthropologues s’accordent pour admettre que l’outil a été inventé bien avant l’invention du langage et donc de la pensée, de l’organisation sociale, de la culture… Il faut donc concevoir qu’au cours de l’évolution biologique des Primates (qui correspond spécialement à la complexification orthogénétique du système nerveux central, c’est-à-dire de l’intelligence), un moment critique est advenu (avant même l’apparition des espèces du genre Homo) où l’intelligence a atteint un degré suffisant permettant la conception d’outils, et cette intelligence, capable de s’intensifier, explique que l’on assiste, tout au long de la Préhistoire puis de l’Histoire, à un progrès technique constant. Il serait puéril de prétendre qu’il n’y a pas progrès de l’industrie lithique acheuléenne à la remarquable diversité des outils des Magdaléniens, ou que le progrès n’existe pas quand on passe du téléphone fixe d’Alexander Graham Bell aux smartphones actuels !

La définition de l’homme est donc claire : c’est une bête technicienne. Non pas un animal qui construit des nids (comme les oiseaux), toujours immuablement identiques, mais un animal dont l’intelligence est suffisamment développée pour concevoir sans cesse de nouvelles améliorations : pompe à feu (Savery), machine atmosphérique (Newcomen), machine à vapeur (Watt), moteur à explosion (Lenoir), moteur à allumage par compression (Diesel)… Les araignées, il y a mille ans, faisaient des toiles comme aujourd’hui, mais il ne reste plus grand-chose de l’outillage du Xème siècle !

Après l’invention de la Technique, c’est-à-dire le commencement même de l’Humanité, l’homme inventera les langues, imaginera des rites et des mythes, fondera les organisations sociales avec l’institution de la royauté et des religions, et développera la philosophie, puis la science, puis la technologie.

Quelle belle aventure ! Quel magnifique accomplissement ! Parce que son plus lointain ancêtre, à l’aspect encore si simiesque, a eu l’intelligence de frapper un caillou avec un autre caillou, obtenant l’innovation absolue d’un tranchant, l’homme a inventé des moyens de plus en plus perfectionnés pour se nourrir (pour vivre) et des systèmes de plus en plus complexes pour faire « vivre ensemble » des milliers, puis des millions d’individus. L’homme technicien a inventé des utilités, puis des futilités qui l’enchantent, le vin et les saucisses, la musique et la danse, la poésie et les romans, l’alpinisme et le tourisme en avion, la bicyclette et les chapeaux, le rock and roll et les sextoys.

N’est-ce pas admirable ? C’est l’outil – le marteau et l’enclume – qui distingue les espèces humaines des espèces animales. C’est en voulant progresser que l’Humanité s’est libérée – partiellement – des fatalités de la Nature. Même les technophobes les plus obtus n’échappent pas au primat de la Technique ! Pour rejeter le « système technicien » (Ellul), la « société de consommation » (Baudrillard), le « système militaro-industriel » (Illitch), ils utilisent quand même la Technique, diffusant leurs idées par l’imprimerie, la radio, la télévision… L’idéalisme n’est pas à une contradiction près !

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