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Jean C. Baudet

Articles avec #gnoseologie tag

La philosophie progresse-t-elle ?

23 Novembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Gnoséologie, #Ontologie

La question gnoséologique est résolue. L’homme peut connaître grâce à ses facultés mentales (sensibilité et intelligence), selon les axes complémentaires de l’observation et du raisonnement. Les autres chemins de connaissance (foi des religieux, intuition de Bergson, voyance des médiums, visions des poètes…) ne sont pas validés. Cette position correspond à celles du Cercle de Vienne et de Karl Popper, étant entendu que l’observation naturelle peut être augmentée par l’instrumentation. Au cours de l’Histoire, celle-ci est en constant progrès, mais les performances cognitives sont par le fait même limitées. Ceci conduit au scepticisme.

La question ontologique, par contre, semble insoluble, puisque la recherche gnoséologique conduit au scepticisme. L’Être est inaccessible, seules peuvent être dévoilées certaines déterminations de l’Être, par des raisonnements basés sur les observations du Monde, du Moi et de l’Histoire. C’est ainsi que le philosophe découvrira l’omniprésence de la souffrance dans la condition humaine et, plus radicalement, dans la condition animale (« l’homme est un être-pour-la-souffrance »), ce qui doit être croisé avec les découvertes des physiciens et des ingénieurs de limitations insurmontables dans l’univers matériel : conservation de la matière, dégradation de l’énergie et entropie, croissance inéluctable du désordre et interdiction de la réversibilité, destin des particules « condamnées » à la dégénérescence en bosons…

De cette universalité de la souffrance et de la dégradation, on pourra conclure que le Mal est une détermination radicale de l’Être, affirmée au-delà des mensonges de l’illusion.

La recherche de l’Être commence par le poème Sur la nature de Parménide d’Elée, vers 475 avant notre ère, il y a donc plus de deux mille ans. L’érudition des historiens et des philologues (les « archéologues de la pensée ») a pu établir de manière précise la filiation continue des idées allant de l’interrogation parménidienne aux méditations successives des philosophes qui aboutissent aux interrogations profondes de Heidegger, de Gadamer et de la pensée postmoderne. Cette filiation tresse une glorieuse guirlande où brillent d’un vif éclat les noms d’Aristote, Epicure, Boèce, Bruno, Bacon, Descartes, Spinoza, Leibniz, Wolff, La Mettrie, Kant, Fichte, Hegel, Schopenhauer, Feuerbach, Stirner, Nietzsche, Freud, Husserl, Wittgenstein, Carnap, Popper, Heidegger, Bachelard, Sartre, Onfray…

Conclusion (provisoire ?) : « L’Être est le Mal. L’homme est le malheureux ».

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Une histoire de la science

3 Août 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Science, #Histoire, #Gnoséologie

Une histoire de la science

Il y a quelques mois, je faisais paraître, aux éditions La Boîte à Pandore (Paris), un ouvrage de 317 pages intitulé Les plus grandes dates de la science. Il s’agissait de résumer l’histoire de la science de manière à faire apparaître la filiation des idées (observations, hypothèses, vérifications…) qui a conduit à l’impressionnant édifice de la science de ce début de XXIème siècle : la fuite des galaxies, la chimie des protéines, la biologie moléculaire, les quarks, etc., etc. Il s’agissait, plus radicalement encore, de voir comment ces millions de savoirs (la distance de la planète Mars, la longueur d’onde des ultraviolets, la vitesse de la lumière…) se sont agrégés en une connaissance cohérente, immense, extrêmement vaste (de l’infiniment petit des quarks et des gluons à l’infiniment grand des étoiles et des trous noirs), précise, spectaculairement complexe, et constamment vérifiée par l’efficacité de la technologie. Il s’agissait de comprendre comment l’Humanité (ou du moins une petite fraction de l’Humanité) est capable d’acquérir des savoirs. Car les créateurs effectifs de la science sont étonnamment peu nombreux, parmi des milliards d’hommes, et je n’en trouve, dans toute l’histoire, que quelques centaines : Démocrite, Aristote, Ptolémée, Copernic, Kepler, Galilée, Newton, Linné, Lavoisier, Volta, Oersted, Darwin, Einstein et les autres. Y compris une quarantaine de femmes (voir mon livre Les plus grandes femmes de la science).

Le mot « science » peut être compris dans un sens très large : savoir, connaissance, qu’il avait déjà dans l’Antiquité latine : scientia, avec pour synonymes cognitio et doctrina. Mais l’épistémologie donne au terme « science » un sens plus précis, bien déterminé, il ne s’agit pas d’un savoir quelconque (la « science du chauffeur de taxi »), mais d’un système de savoirs acquis selon une méthode particulière, intellectuellement très exigeante, que l’on appelle évidemment la « méthode scientifique ». Mes travaux d’histoire « des sciences » et la réflexion gnoséologique m’ont amené à définir la science comme une représentation discursive du réel acquise par la combinaison systématique d’observations à l’aide d’instruments (instrumentation : télescopes, microscopes, spectromètres…) et de raisonnements mathématisés, à l’exclusion de tout recours à des traditions ou à l’intuition. Je situe l’avènement de la science, au sens restreint du terme, en 1543, avec la publication du De revolutionibus orbium coelestium de Copernic. En tant que « système de pensée », la science s’oppose frontalement aux religions (par le rejet de toutes traditions prétendues sacrées), elle se distingue aussi de la philosophie et des idéologies, qui n’ont pas recours à l’instrumentation et ne peuvent dès lors pas vérifier leurs propositions.

Epistémologiquement et sociologiquement, la science fait partie d’un « continuum épistémique » que j’appelle STI, « science-technique-industrie », base intellectuelle de l’activité des laboratoires de recherche (S), des bureaux d’études (T) et des entreprises (I). La Civilisation est formée du couple STI et non-STI, communément appelée « culture », ou mieux « cultures », car il y a autant de cultures (musiques, mythes, idéologies, pratiques sociales…) qu’il y a de communautés distinctes. Il y a une seule STI, universelle, mais il y a des centaines de cultures, par exemple la culture anglaise et la culture écossaise. Le psychologue découvre facilement que la STI est une production de l’intelligence et que la culture est une production des sentiments : la production de théorèmes et celle de poèmes ne mettent pas en action les mêmes ressources mentales.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Sur la connaissance et la gnoseologie

8 Juillet 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Epistémologie, #Gnoséologie

Le problème épistémologique ou gnoséologique, autrement dit la question de la connaissance, est exprimé, depuis des siècles de recherche philosophique, par une formule binaire, duale, comme celui d’un lien (assez mystérieux) entre ce qui connaît et ce qui est à connaître, entre la Conscience et l’Être, entre le Sujet et l’Objet, entre le Moi et le Non-Moi, entre l’esprit humain et les choses du monde, voire entre l’Emetteur et le Récepteur, si l’on reprend les termes de la théorie de la communication, développée en 1948 par l’Américain Claude Elwood Shannon (« A mathematical theory of communication », Bell System Technical Journal 27(3) : 379-423, 1948). Voir J.C. Baudet : « L’éditologie, entre communication et cognition », Revue Générale 132(4) : 45-54, 1997. On a donc un schéma binaire de la connaissance S-O, ou mieux ternaire, si l’on prend en compte le lien L qui fonde le savoir : S-L-O. Mais analysons les concepts, en espérant que la logique soit un guide suffisant. L’Objet O, que l’on appellera comme on veut le Grand Tout, l’Être, le Réel, n’est pas autre chose que « tout ce qui existe vraiment ». Dès lors, S et L appartiennent à O, ce qui semble difficilement contestable : je fais partie de l’Univers, comme les étoiles et les microbes, et mes capacités cognitives ne suffisent pas à établir une coupure ontologique entre la conscience d’un homme et le monde ! L’Autrichien Moritz Schlick avait, déjà en 1918, pensé que le problème de la connaissance implique le monisme, l’ontologie et l’épistémologie (Erkenntnislehre) étant indissolublement liées (Allgemeine Erkenntnislehre, Julius Springer, Berlin, IX+346 p. Voir aussi : Chr. Bonnet : Moritz Schlick. Théorie de la connaissance, Gallimard, Paris, 551 p., 2009).

Avec Schlick (qui fut le fondateur du Cercle de Vienne), nous trouvons un chemin qui va du problème épistémologique au matérialisme, c’est-à-dire qui remplace l’esprit humain par les facultés mentales, par les propriétés du système nerveux central, c’est-à-dire l’âme des primitifs animistes par le cerveau accessible par le scalpel, le microscope, l’électroencéphalographie, l’imagerie médicale, c’est-à-dire tout l’attirail technologique dont se servent les « neurosciences ».

Mais la cognition – passage de l’état psychique d’ignorance à l’état de connaissance – n’en reste pas moins mystérieuse, et le lien cognitif L est une énigme. Peut-être une piste à suivre se trouve-t-elle dans la physique des particules élémentaires, où l’on étudie aussi des liens A-L-B. Si A et B sont les quarks, L est constitué de gluons. Si A et B sont les atomes, le lien qui les unit dans la molécule AB est formé d’un champ électrique produit par des photons. L’Être serait ainsi radicalement ternaire, l’existence d’une réalité quelconque impliquant son essence, c’est-à-dire l’ensemble de ses propriétés qui, pour les particules, sont la masse, le spin, la charge électrique, la charge chromodynamique, etc. La connaissance n’est plus qu’une propriété de la matière, et je connais l’Univers (des étoiles, des microbes et des hommes) parce que j’en fais partie. Mais j’ignore l’avenir, parce que je n’y suis pas encore ! C’est dans cet état de connaissance-ignorance que je dois vivre et mourir, tâcher de construire une éthique pour « vivre ensemble » avec mes « semblables », et essayer de trouver des solutions aux « défis de notre temps » : l’obscurantisme-fanatisme des religions, le chômage et la misère des « plus démunis », le réchauffement climatique avec ses inondations et ses tornades et ses incendies, et la disparition annoncée des grandes baleines et des petits pandas.

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Rationalisme, empirisme et poesie

7 Novembre 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Gnoséologie

Le drame de l'historien, c'est qu'il est impossible de rendre dans un récit linéaire toute la densité des événements de l'histoire, et que les enchaînements retenus dans l'exposé ne constituent qu'un "extrait" de la Réalité. Semblablement, le philosophe ne peut pas revenir sur la complexité du développement de sa propre pensée, et tout curriculum vitae est comme un mensonge. C'est pourtant l'obligation de la synthèse conduisant à la compréhension, car dans tout esprit en mouvement il y a des moments-clés qu'il est nécessaire de repérer.

Ainsi, puis-je - et en même temps c'est une affirmation "simpliste" - situer en 1968 le départ de mon cheminement philosophique quand, amené par les circonstances de la vie professionnelle, je suis nommé professeur de philosophie (en Afrique, ce qui est anecdotique) et que je suis donc tenu d'éclaircir l'opposition entre le rationalisme et l'empirisme, et notamment l'opposition entre la doctrine des idées innées de Descartes et celle des idées acquises de Locke. Il m'apparaît ainsi, comme cela est longuement exposé dans tous les manuels, que les idées présentes dans l'esprit humain selon Descartes impliquent une préexistence de ces idées à l'humain, ce qui conduit à l'idéalisme, c'est-à-dire à une forme plus ou moins intellectuellement transformée de platonisme, et la gnoséologie cartésienne se ramène à la théorie de la réminiscence, son ontologie étant un nouvel avatar de la vision dualiste des primitifs : un monde matériel profane ici-bas et un monde spirituel sacré dans l'au-delà : le monde des idées. Quant à l'empirisme de Locke, il admet que les idées sont "produites" dans l'esprit humain à partir des sensations provenant d'objets extérieurs, ce qui peut conduire à admettre l'homogénéité du monde (monisme ontologique), constitué d'une substance (éventuellement la substance unique de Spinoza) que l'on appellera "matière". L'opposition du corps et de l'âme se dissipe, et l'esprit humain est une fonction corporelle comme les autres.

Il m'est alors paru évident que si je pouvais exposer à mes étudiants les grandes étapes de la pensée menant au matérialisme (Hume, Kant...) ou à l'idéalisme (Fichte, Hegel...) à partir de l'antagonisme entre les idées innées et les idées acquises (entre le mystère de l'intuition et le mystère de la sensation), je devais d'une manière ou d'une autre sortir du couple rationalisme-empirisme, prendre du recul pour décider d'adopter Descartes ou Locke.

Je peux dater ma deuxième époque de 1978, quand je fonde ma revue Technologia, et que j'entreprends d'examiner la question de la connaissance en étudiant dans l'histoire comment les connaissances (religieuses, scientifiques...) ont été effectivement acquises ou construites. J'ai bien sûr une dette envers les philosophes français de l'épistémologie historique (Brunschvicg, Bachelard, Foucault) et je suis à cette époque plutôt hostile au courant phénoménologique dominant, qui me semble mener vers une espèce de poésie amphigourique qui joue avec les concepts dans une espèce d'onanisme philosophique, dont "les chemins ne mènent nulle part" (la formule est de Heidegger). J'entreprends donc l'étude des systèmes de pensée (science, technique, religions, philosophie), mais mon travail est ralenti car je suis pris par mon métier d'éditeur. J'en arrive toutefois à cerner quelques concepts : STI, éditologie...

Ma troisième époque commence en 1997, quand j'ai terminé la longue procédure de mise en liquidation de ma maison d'édition, et que je retrouve tout mon temps pour la recherche philosophique et l'écriture. Je m'égare quelque peu, dans l'ivresse du temps retrouvé, dans la production poétique, mais surtout j'entreprends un vaste programme de publications, espérant aboutir à publier une Histoire de la science, une Histoire des religions, une Histoire de la philosophie et un Exposé systématique de mes idées (empirisme logique, matérialisme, nihilisme). Je travaille à l'achèvement de ce programme.

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Propos sur l'obscur

7 Octobre 2011 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Gnoséologie

La philosophie ne s’arrête pas au constat d’impuissance de l’esprit humain. Le scepticisme redécouvert par chaque génération de philosophes ne les délivre pas du devoir de philosopher. Et d’abord, il faut tirer les conséquences de la situation gnoséologique de l’homme, que l’on peut résumer en opposant la certitude physique à l’incertitude métaphysique. Plus j’avance dans la déconstruction des savoirs (*), plus je ramène de mes enquêtes de quoi renforcer le caractère assuré (possible) de la science (l’étude de ce qui est physique, matériel, phénoménal, corporel, empirico-rationnel…) et le caractère impossible et donc vain de l’ontologie absolue. Il reste toujours, dans la Recherche (la confrontation du sujet et de l’objet), une zone d’ombre, un point aveugle – celui où ma pensée rencontre l’Être dont elle ne peut que provenir, et où elle se retourne elle-même. Penser, c’est d’abord penser sa pensée. Mais cela ne doit pas nous empêcher de profiter de la lumière. C’est peut-être, pour reprendre le lyrisme des vieilles adulations de l’Homme (Saint-Exupéry : « aucune bête ne l’aurait fait »), cela l’honneur de l’humanité : vivre dans l’incertain, dans l’obscur, mais accepter la lumière, même si elle nous paraît trop pâle.

Je crains cependant que l’obscur ne l’emporte, car les ténèbres me semblent bien armées, si l’on observe nos déchéances. Mais une flamme, peut-être ? Ah, pouvoir être !

 

(*) J’ai « achevé » ma déconstruction de la pensée scientifique, c’est-à-dire que j’ai rassemblé une documentation encyclopédique – et propédeutique dans mon projet – sur la « science », et j’ai entamé cette année la publication de l’équivalent (Curieuses histoires de la pensée, Jourdan, Bruxelles) pour la « non-science », c’est-à-dire pour les religions, les idéologies et les littératures. Est-il besoin d’ajouter qu’aucune encyclopédie ne peut être complète ?

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Les systèmes de pensée

3 Octobre 2011 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Gnoséologie, #Matérialisme

L'étude approfondie des systèmes de pensée, notamment par le biais de leur étude "archéologique" (au sens de Michel Foucault) ou de leur "déconstruction" (Jacques Derrida), nous apprend finalement qu'il est impossible - ou du moins qu'il a été impossible à toutes les générations de philosophes professionnels pendant 26 siècles - de sortir du couple oppositif "matérialisme-idéalisme". Je l'ai enseigné de multiples fois, dans ma jeunesse, j'y suis revenu dans divers exposés, tout au long de ma vie : la matière existe (je l'ai rencontrée !...), et à cela on ne peut ajouter qu'une simple alternative. Ou bien il y a "autre chose", ou bien il n'y a rien d'autre. Bien entendu, cette "autre chose" peut prendre les figures les plus diverses, et 100 milliards d'individus humains ont contribué, plus ou moins, à élaborer des idées à propos de cette "autre chose", mais cette diversité (potentielle) ne change rien à l'incontournable "autre chose ou rien".

Si l'on admet "autre chose", de nature forcément non-matérielle, on s'engage dans un idéalisme (ou dualisme, par opposition à monisme). Si on rejette cette réalité "autre", on évolue dans le matérialisme.

L'exercice est rudimentaire mais éclairant : se demander où l'on se situe dans cette opposition.

Il s'agit pour moi, au soir de ma vie, d'essayer de trouver la formulation la plus concise de cette réalité, seule et désespérante certitude. Mais en tentant de trouver cette formulation, je suis comme empêtré soit dans les pièges de l'érudition (citer des auteurs, commenter des textes...), soit dans ceux de la rhétorique et du poétique (agrémenter l'expression par des ornements "littéraires" : jeux de mots, figures de style...). Or, la réalité est brutale. La matière existe - je l'éprouve par mes souffrances physiques et par l'angoisse qu'elles entraînent. Et l'autre chose ajoute à mes douleurs. Car d'abord je ne sais pas répondre à la question de son existence. Mais ensuite et surtout, j'ignore si cette "autre chose" éventuelle peut avoir sur moi des effets maléfiques. La matière me fait souffrir, de plus en plus chaque semaine. Qu'en est-il de la non-matière, peut-être encore plus féroce et impitoyable ?

Voilà où mène la philosophie, et je retrouve les phrases désespérées de Camus dans Le mythe de Sisyphe. Oui, comme Camus, je me moque de connaître la marche des planètes ou le nombre des catégories, seul un problème importe, pour moi, c'est-à-dire pour chaque homme souffrant dans sa nuit (ceci ne concerne évidemment pas les Messieurs Je-sais-tout plus savants que deux mille six cents ans de philosophie), c'est de savoir s'il y a "autre chose". Camus appelait cela le problème du suicide, mais il n'était pas allé assez loin dans sa réflexion. Car le suicide ne règle rien, s'il y a "autre chose".

Voilà que je jette à la mer l'aveu de mes souffrances et le cri de mes questions. Sans espoir de répondre, mais peut-être parce que j'ai passé toute ma vie à écrire, à lire, à étudier et à enseigner, et que les mots me soutiennent un peu, comme un bandage bien serré soulage un blessé. Et quelle blessure que celle de ne pas savoir s'il y a autre chose, peut-être des souffrances futures plus vives encore que les douleurs actuelles qui existent.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

 

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L'honneur du scepticisme

26 Septembre 2011 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Gnoséologie

Il ne viendrait pas à cet homme, assis face à la mer immense, l'idée qu'il pourrait boire entièrement toute cette eau, car il connaît les limites de son estomac. Pourquoi ne pas admettre, simplement, que pareillement l'esprit humain est trop petit face à l'Être, et que donc la connaissance de Tout - et du Sens de ce Tout - lui est irrémédiablement interdite. Toute la haute pensée du XXème siècle a tourné autour de la finitude corporelle de l'homme, "être-pour-la-mort". Mais il convient aussi de tenir compte de l'autre finitude, intellectuelle celle-là, qui est celle qui fait de l'homme un "être-pour-l'ignorance".

Mais notre scepticisme n'est pas celui, absolu, de Pyrrhon d'Elis, il est celui, relatif, de Kant, car la science et la philosophie ont progressé depuis le temps de celui qui a clôturé par son doute radical le glorieux moment de la pensée grecque, qui éclaire encore (malgré le pyrrhonisme) l'humanité pensante. Si bien que la science et la philosophie ont encore des choses à dire (sinon, il faut se taire...). Leur but n'est pas d'annoncer la Vérité, qu'il faut se résoudre à ne pas connaître, comme nous savons que nous ne pourrons pas boire la mer du Nord, mais leur possible est encore considérable : la science et la philosophie ont pour objectif de dénoncer les erreurs, de montrer que les superstitions et les idéologies qui en dérivent sont des illusions, et même souvent des illusions dangereuses. La philosophie, ainsi, n'a plus la prétention de dire ce qui est, mais elle a encore pour tâche de dire ce qui n'est pas.

C'est moins glorieux que de mettre en phrases, avec thèses, antithèses et synthèses, la totalité de l'Univers matériel et des Réalités spirituelles, mais c'est une tâche à la portée de l'intelligence des hommes.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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