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Jean C. Baudet

Les Belges et la poésie

31 Décembre 2012 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Belgique, #Poésie

Pensee belgeJ'ai publié trois livres sur les Belges, m'intéressant bien sûr à l'intellectualité en Belgique, aux contributions des Belges à l'intelligence, et non aux charmes des rivages scaldiens ou mosans, à la grisaille des nuages, ou à je ne sais quels souvenirs d'enfance. C'est ainsi que j'ai donné au public "Les ingénieurs belges" (APPS, Bruxelles, 1986, épuisé), "Histoire des sciences et de l'industrie en Belgique" (Jourdan, Bruxelles, 2007) et "A quoi pensent les Belges" (Jourdan, 2010). Alors que je m'intéressais à ceux qui ont fait la Belgique (les ingénieurs, les industriels et les banquiers), je veux dire qui l'on faite substantiellement, et à ceux qui ont pensé (les philosophes, les historiens et certains écrivains), j'avais également le projet d'écrire une "histoire de la poésie en Belgique". Je me suis documenté, j'ai beaucoup lu (on lit plus vite un recueil de poèmes belges qu'un livre de physique), j'ai dépouillé de nombreuses revues littéraires belges (souvent éphémères), et j'ai rédigé 6.084 fiches, concernant au total 1.106 poètes belges (morts ou vivants), s'exprimant en français ou en flamand (j'ai peu approfondi l'étude de la poésie belgo-flamande, qui me touche peu, allez savoir pourquoi).

Mais voilà ! Soit que j'ai commencé à ressentir le poids des ans et que ma combativité écrivante s'est ramollie, soit que j'ai trouvé qu'au fond la poésie des Flamands (Verhaeren), des Bruxellois (Quinot) et des Wallons (Carême) est fort peu intéressante, souvent mièvre voire carrément gnan-gnan, soit que j'ai calculé que les ventes d'un livre sur les poètes belges resteraient minimes (qui va acheter un livre où l'on parle de Jean Marschouw ou, pire, de Maurice Maeterlinck ?), soit que j'ai estimé que j'avais mieux à faire, ne serait-ce que relire Baudelaire et Vigny, j'ai finalement renoncé à ce projet. Et donc, le public ne saura jamais ce que je pense des poèmes d'Yves Namur, d'Eric Brogniet, d'Yves Caldor, de Jacques Goyens, d'Isabelle Bielecki, d'Evelyne Wilwerth, de Louis Mathoux, de Philippe Leuckx, de Lucien Noullez, de Pierre Guérande, de Michel Ducobu, de Thierry-Pierre Clément, et de quelques autres.

Mais, comme disait un poète français :

Après que les poètes (belges) ont disparu

Leurs chansons courent encore dans les rues,

et, comme le disait un autre poète français :

Ce sont de drôles de types qui vivent de leur plume

Ou qui ne vivent pas, c'est selon la saison...

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La déchéance de l'Europe

30 Décembre 2012 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Politique

 

Toute l'Histoire n'est que la synthèse de quelque 100 milliards d'existences humaines. Celles-ci connaissent toutes le même destin : naissance, croissance, décrépitude, disparition. La montée en qualité du Sujet de l'Histoire - l'Humanité - n'est possible que par le fait des pensées et des actes de quelques hommes. On l'appelle Civilisation. Qui ne peut progresser que par les effets cumulés de pensées "vraies" et d'actes "bons". Mais aussi vraies soient leurs pensées et aussi bons leurs actes, les hommes ne peuvent pas éviter les déterminations de leur condition : l'essence de l'humain précède les existences ! Il s'agit des "données" de la Nature. Et d'abord, les pensées vraies sont rares et les actes bons incertains. Les hommes, nus et incapables de penser et d'agir à la naissance, sont pour la plupart destinés à ne développer que fort peu leurs aptitudes "vraies" et "bonnes". Non seulement l'Humanité comporte un pourcentage élevé de crétins congénitaux, mais les systèmes éducatifs à mettre en place pour développer les aptitudes civilisationnelles chez les enfants sont complexes, et délicats, et dès lors coûteux.

Depuis quelques années - depuis 1933 avec Monsieur Hitler, ou peut-être déjà depuis 1870 avec Monsieur Bismarck - l'Europe, qui fut pendant quelques siècles le moteur civilisateur de l'Humanité, sombre dans la déchéance et l'abjection. L'Europe qui a donné au reste de l'Humanité la logique (Aristote), l'algèbre (Diophante), l'expérimentation physico-mathématique (Galilée), l'opéra (Monteverdi) et la phénoménologie (Husserl) n'a plus à proposer que les sketches vulgaires et abêtissants de quelques humoristes et les gesticulations pornographiques de quelques chanteurs, ou des idéologies déniant les évidences de la technique et de l'économie. Pour entretenir des misérables toujours plus nombreux, les élites politico-démagogiques des pays européens empruntent l'argent nécessaire aux Chinois, aux Indiens et aux Arabes, auxquels ces mêmes pays ont d'ailleurs appris... la technique et l'économie.

La déchéance européenne, qui apparaît sous forme de dettes publiques abyssales, de budgets monstrueusement déficitaires, de systèmes d'enseignement stupidement inadaptés aux évolutions du monde, conduit à des comportements de plus en plus aberrants.

Les populations européennes sont marquées par l'obésité, par la surdité, par la drogue, par la violence, l'envie, le vieillissement, les troubles du comportement sexuel, et par des anomalies cognitives. Ces populations pensent que "chacun a sa vérité" (!), que "tous les hommes sont égaux" (!!), qu'il "vaut mieux donner que recevoir" (!!!). Elles n'en ont donc plus pour longtemps.

Pour bien comprendre l'ampleur de l'apport civilisationnel des Européens, voir mon "Histoire générale des sciences et des techniques" (Vuibert, Paris, 2002-2015, onze volumes). On consultera aussi avec profit, me semble-t-il, mes livres récents "Curieuses histoires des inventions" (Jourdan, Bruxelles, 2011) et "Les grands destins qui ont changé le monde" (Jourdan, 2012).

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles)
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Sur l'axiologie : le Vrai, le Beau, le Bien

24 Décembre 2012 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

L'axiologie est cette partie de la philosophie qui étudie les "valeurs". Cette préoccupation remonte aux premiers penseurs de l'Antiquité grecque. Platon, par exemple, faisait du "Bien" la valeur suprême. La tradition a retenu trois valeurs principales, qui ont fait l'objet en 1853 d'un livre de Victor Cousin (1792-1867) qui a connu un succès considérable : "Du Vrai, du Beau, du Bien" (chez Didier, Paris).

La réflexion moderne a conduit à distinguer valeurs et pseudo-valeurs. Une valeur s'impose à tous, elle fait l'objet d'un consensus universel, et n'est ignorée que par les enfants, les primitifs, les malades mentaux et, peut-être, les poètes. Elle est objective, liée mystérieusement au Non-Moi, s'imposant sans échappatoire possible à ma liberté et à ma spontanéité. L'expérience du Vrai, qui est une valeur (étudiée par la Logique), débouche sur la question de la transcendance. Une pseudo-valeur est élaborée par un Moi (ou par un groupe), et n'a donc qu'une valeur subjective, non universalisable. Le Beau (étudié par l'Esthétique) est clairement une pseudo-valeur. Il suffit de visiter un musée quelconque ou de feuilleter un manuel d'histoire de l'art pour voir à quel point le Beau dépend de l'espace et du temps. Le Bien (étudié par l'Ethique) n'est également qu'une pseudo-valeur, comme les débats politiques d'hier et d'aujourd'hui le démontrent à suffisance.

J'ai apporté une contribution à l'axiologie dans deux ouvrages montrant l'un le rapport entre la découverte des nombres et le Vrai ("Mathématique et vérité", L'Harmattan, Paris, 2005), l'autre le rapport entre le Vrai et la Technique ("Le Signe de l'humain", L'Harmattan, 2005).

Il reste donc une tâche à accomplir par "les hommes de bonne volonté" : tenter, à partir du Vrai (de la coïncidence entre le pensé et le réel), de construire un Bien accepté par tous. Quant au Beau, les artistes nous en donnent de toutes les couleurs et pour tous les goûts. Leurs beautés sont relatives ? Certes. Mais que cela ne nous empêche pas d'écouter Beethoven ou Léo Ferré (1), ou Louis Armstrong (2). Ou même Jean Sablon (3).

 

(1) Avec le temps va tout s'en va / On oublie le visage et l'on oublie la voix.

(2) Life can be so sweet / On the sunny side of the street.

(3) Vous qui passez sans me voir...

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Sur l'affaire Depardieu (suite)

23 Décembre 2012 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Il importe d'être rigoureux et de rester loin des passions. Pour la philosophie, l'affaire Depardieu ne consiste pas à savoir si l'on aime ou si l'on n'aime pas Gérard. Il n'est pas davantage question de juger le niveau de son talent d'acteur, ni la valeur des films dans lesquels il est intervenu. On n'a pas besoin de philosophes, il y a des critiques et des groupies pour ça. Il n'est pas question d'avoir de la sympathie ou de l'antipathie pour un homme qui, jusqu'à preuve du contraire, fait son métier comme il peut, en restant je crois dans la légalité, ce que l'on ne peut pas dire des cambrioleurs, des meurtriers, des terroristes et des marchands de drogues. Ni d'ailleurs de certains politiciens donneurs de leçons.

La question philosophique est de savoir si ce cas nous permet de tirer des conclusions universalisables, permettant peut-être de fonder une éthique, c'est-à-dire une morale basée non sur des traditions plus ou moins douteuses, ou sur des émotions forcément subjectives, mais sur des principes pouvant être admis comme universels. Je vois plusieurs choses. D'abord, il me paraît acceptable qu'une société quelle qu'elle soit, Belgique, France, Union Européenne, et même Humanité dans son entier, ait besoin davantage d'hommes de talents que de délinquants et de criminels. Si l'on ne me concède pas cela, je retourne à mes chères études... Certes, un homme vaut un homme, il n'est pas question de le nier, mais un médecin instruit, habile et efficace vaut mieux qu'un médecin ignorant et maladroit. Ceci dit, je n'ai rien contre les médecins, mais enfin il me semble que les sociétés s'en passent difficilement. Ensuite, et c'est le noeud de l'affaire Depardieu, il me semble qu'un homme, quel qu'il soit, talentueux ou médiocre, a le droit de s'installer où il veut, c'est-à-dire en réalité où il lui est possible de s'installer. Va-t-on reprocher aux retraités belges de choisir de résider en France ou en Espagne plutôt que de rester sous la pluie de "leur" pays ? Le droit à l'émigration me paraît indiscutable. Et il me semble que, pour passer ses vieux jours, il faut soigneusement peser le pour et le contre du "pays d'accueil". Au fait, en choisissant la Belgique, Gérard Depardieu a-t-il fait le meilleur choix ?

 

Pour info : Télé Bruxelles

Canal C (Namur)

www.canalc.be/index.php?option=com_content&view=article&id=100001595:entree-libre-de-jean-baudet-&catid=114:entree-libre&Itemid=56

Librairie Filigranes (Bruxelles)
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Sur l'affaire Depardieu

21 Décembre 2012 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Voilà, je vais encore me faire détester par le "peuple de gauche" et par les thuriféraires de la "pensée unique", mais comme j'aime penser librement, loin des troupeaux, sous les invectives et les jurons ! Or donc, voici comment j'examine l'affaire Depardieu, belle sottise. Il me semble que l'on ne peut que s'accorder sur ceci, qu'un peuple, une nation, une collectivité humaine quelconque a besoin de talents, qu'il s'agisse d'acteurs, d'ingénieurs, de musiciens, de plombiers ou de poètes, et bien entendu aussi d'industriels, de chauffeurs de taxi et de banquiers (je suis moins sûr de l'utilité sociale des philosophes). Par contre, je pense que ledit peuple n'a pas besoin de voleurs, d'assassins, de terroristes, de vendeurs de drogues, de pédophiles, de profiteurs du système social ou d'astrologues prédisant la fin du monde. Car il ne faut pas de tout pour faire un monde, il suffit de gens compétents dans leur activité, et de bonne volonté (c'est bientôt Noël).

 

Conclusion : la France et la Belgique ont besoin entre autres de bons acteurs, et Gérard Depardieu joue bien la comédie, comme les patrons d'ArcelorMittal font de l'acier de  bonne qualité, et comme Amélie Nothomb fait de bons romans. Il est donc de la dernière sottise, de la part de certains Français de vilipender notre ami Gérard pour vouloir quitter la France, et de la part de certains Belges de vouloir lui refuser la nationalité belge. Car enfin, n'a-t-on pas, dans un esprit très "droits de l'homme", ou très "liberté, égalité", n'a-t-on pas construit l'Union Européenne précisément pour permettre aux Européens la libre circulation,c'est-à-dire de s'installer comme ils le souhaitent au Nord de la Suède, au Sud de la Grèce, ou en Belgique ? Et qu'ils sont sots et ridicules, ces socialistes belges, qui font la fine bouche pour accueillir un homme de talent, doué d'un bon pouvoir d'achat (c'est-à-dire d'un bon pouvoir de payer des impôts et de contribuer au PIB), mais qui voudraient accueillir à bras ouverts des malandrins venus de je ne sais où, sans formation et sans capacité contributive.

 

Mais examinons la chose du point de vue de l'éthique. Quoi de plus éthique pour un homme que de choisir son lieu de résidence en faisant le compte des avantages et des inconvénients ? Car enfin, Depardieu n'est pas venu en Belgique parce qu'il y a des banques à dévaliser, ou parce que la justice belge est laxiste vis-à-vis des agresseurs de vieilles femmes et des adolescents meurtriers. Je vois mal Depardieu braquant une banque, sauf dans ses films. Il est tout à fait honteux, de la part de certains commentateurs, de parler de "fraude" fiscale, quand il s'agit simplement de calcul, d'arithmétique parfaitement légale. Depardieu s'installe dans un pays où les impôts sont moins élevés, exactement comme je ne commets aucune faute morale ou légale en achetant mon pain chez un boulanger moins cher.

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Anne Sauvagnargues et Gilles Deleuze

20 Décembre 2012 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Hier après midi, à la Bibliothèque Royale (près de la Gare Centrale), lu le début du beau livre d'Anne Sauvagnargues : "Deleuze. L'empirisme transcendantal" (PUF, Paris, 438 pages, 2009). Hier soir, après cette lecture épuisante, j'assiste à la présentation du dernier roman d'Anne-Michèle Hamesse, "Les années Victoire" (éditions Novelas, Bruxelles), un ouvrage largement autobiographique. Après un sobre repas, un peu tard par rapport à mes habitudes, et deux verres de Nuits-Saint-George, j'essaye de regarder l'une ou l'autre des chaînes de télévision françaises ou belges que mon récepteur est capable de capter, mais je ne résiste pas à la bêtise grossière des humoristes, ni à la vacuité des "séries", ni à l'idéologie des journalistes "toujours du même côté". Et j'attends le sommeil en relisant quelques pages de Spinoza.

 

Noté chez Sauvagnargues : "L'empirisme transcendantal consiste en une clinique de la pensée, qui cherche à garantir un empirisme purgé des illusions de la transcendance, en exposant les modes opératoires de la pensée". Parbleu ! J'aurais dû, en concevant les premiers linéaments de l'éditologie, faire passer mes concepts par la "clinique de la pensée"... Car Sauvagnargues précise : "La clinique transcendantale de la pensée décrit ainsi l'écart pathologique entre la création de concepts, et la bêtise, qui cantonne la pensée à reproduire le bien connu". Il faudra qu'un jour je me donne le temps de réfléchir à cette définition de la bêtise : "reproduire le bien connu". Suis-je vraiment bête quand je dis - ce qui est bien connu - que la Terre tourne autour du Soleil ?

 

J'ai aussi noté, dans le livre de l'exégète de la pensée deleuzienne : "Un rapport très neuf se noue entre littérature et philosophie" (à propos de l'intérêt de Deleuze pour l'oeuvre de Marcel Proust). Et aussi : "L'expérience littéraire met la pensée aux prises avec une expérience radicale". Je le veux bien. Il y a certainement un rapport (et je préciserais même un rapport complexe, dialectique, et peut-être même transcendantal) entre littérature et philosophie. N'ai-je pas moi-même, in tempore non suspecto (je veux dire avant la parution du livre de Sauvagnargues), publié "Une philosophie de la poésie" (L'Harmattan, Paris, 2006), qui étudiait les rapports entre poésie et philosophie ?

 

Mais quelque chose me trouble. J'ai beau cherché dans mes souvenirs de lecture, je ne parviens pas à trouver un seul concept qui viendrait du vaste monde des poèmes, des romans et des pièces de théâtre ! Et d'ailleurs, pourquoi la science ne fait-elle pas usage, pour avancer, des "expériences littéraires" ? Faut-il vraiment passer par Proust ou par Balzac pour observer la société, et par Molière ou Giraudoux pour découvrir qu'il y a des sots, des avares, des voleurs, des ambitieux, des généreux (souvent avec l'argent des autres), etc... 

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Monisme ou dualisme

19 Décembre 2012 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Ne disposant pour les périodes anciennes que d'une documentation très pauvre, les historiens de la philosophie ne peuvent reconstituer les origines de la Pensée que par le moyen de l'hypothèse, c'est-à-dire de l'imagination dirigée par l'introspection (cfr J.C. Baudet : Curieuses histoires de la Pensée, Jourdan, 2011). C'est ainsi que l'on s'accorde à attribuer l'invention même de la philosophie au Grec Thalès, il y a deux mille et six cents ans. Et l'on admet aussi que Thalès a adopté une ontologie moniste : la Réalité faite d'une seule substance, avec une seule origine ou élément, rompant ainsi avec les pensées plus primitives des groupes sociaux admettant de dualisme fait d'une Réalité créée et d'une Réalité créatrice et transcendante. Le monde des hommes (la Terre) et le monde des esprits et des dieux (le Ciel). Platon théorisera : le monde sensible et le monde intelligible.

 

De Thalès à nos jours, il ne s'est guère présenté que des ontologies monistes ou dualistes, qui se développent autour de la question de l'origine ou cause. Ou le monde que nous percevons épuise la Réalité et a son origine en lui-même (l'Être provenant de l'Être), ou le monde que nous percevons provient d'une Réalité "autre", de nature ontologiquement différente, par exemple le monde des Idées de Platon, ou la divinité créatrice des religions. Une seule réalité ou deux réalités distinctes, l'une cependant moins "réelle" que l'autre (elle tire son existence de l'autre). Aucun penseur notable n'a construit une ontologie à partir de trois réalités ou plus.

 

Tout le malheur des hommes vient du fanatisme lié à certaines pensées dualistes, comme la pensée dominante à Athènes qui a condamné Socrate en 399, comme le christianisme au Moyen Âge, comme l'islam aujourd'hui, ou encore comme les socialismes et les écologismes qui ont laïcisé la pensée duale, et ne parviennent pas à penser hors du cadre du Bien et du Mal, du Cow Boy et de l'Indien, du Riche détestable et du Pauvre gentil.

 

Pour info : Télé Bruxelles

Canal C (Namur)

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Manola Antonioli et Gilles Deleuze

18 Décembre 2012 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Lecture, hier après-midi à la Bibliothèque Royale, à Bruxelles, de l'ouvrage de Manola Antonioli : "Deleuze et l'histoire de la philosophie" (1999). Je rassemble quelques matériaux pour une éventuelle monographie sur Deleuze. Mais je ne sais évidemment pas si j'arriverai au bout d'un tel projet.

L'auteur analyse très finement le travail historique de Deleuze, consacré surtout, comme on sait, à Spinoza, Leibniz, Hume, Nietzsche et Bergson. Mais une analyse fine est-elle suffisante, et par exemple (page 59) quand Antonioli nous dit de l'empirisme transcendantal "il ne s'agit pas de la foi naïve dans une expérience immédiate, mais d'une recherche patiente et artiste des conditions de possibilité de l'expérience", va-t-elle suffisamment "au fond des choses" ?

Elle nous dit aussi que faire de l'histoire de la philosophie, c'est "penser au présent les philosophies du passé". Fort joliment dit ! Mais ne faut-il pas poursuivre l'analyse, et constater que "penser au présent" est en réalité impossible, puisque dès que l'on pense au présent, il est déjà passé, et que d'ailleurs le philosophe ne s'intéresse pas au présent mais au futur. Il s'agit, en étudiant Spinoza et les autres, non pas d'étudier ce que l'on a pensé hier ou avant-hier, mais d'essayer de découvrir ce que ces pensées anciennes et figées dans des textes peuvent nous apprendre pour vivre demain...

La commentatrice de Deleuze se laisse parfois aller jusqu'à l'abscons, comme trop souvent Deleuze lui-même. Mais elle a quelques formules claires et percutantes, comme celle-ci : "L'ennemi le plus redoutable de la pensée n'est pas l'erreur, mais la bêtise".

Et si je devais mériter des émules, ce serait me semble-t-il pour avoir tenté de développer une philosophie claire et simple, hostile à la bêtise. Non pas, bien sûr, que je tienne la Réalité pour simple et lumineuse. Certes, la recherche de l'unité sous le multiple caractérise l'esprit humain, ou du moins l'esprit philosophique depuis Thalès. Mais je pense que la mission du philosophe n'est pas seulement de connaître et de décrire la Réalité - aussi complexe soit-elle éventuellement - mais qu'elle est aussi de présenter cette complexité le plus simplement qu'il est possible, si du moins la philosophie a bien pour but d'éclairer les hommes sur leur condition. Et ce n'est pas parce que la condition humaine est obscure, voire absurde, qu'il faut le dire obscurément, ni parce que l'Être nouménal est peut-être inatteignable que l'on ne peut pas dire en phrases claires et distinctes son incognoscibilité.

Encore est-il que je ne m'adresse ni à des enfants ni à des oligophrènes, et que la recherche du véritable vaut bien un effort intellectuel, sans doute.

Pour info : Télé Bruxelles

Canal C (Namur)

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Prospection botanique au Nord-Kivu (Congo ex-belge)

17 Décembre 2012 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Botanique

J'ai relu, hier soir, quelques pages de mon Journal des années 1973 à 1975. C'est qu'en octobre 1973 j'ai vécu un changement de métier radical : après avoir enseigné pendant plusieurs années la philosophie au Burundi, voilà que j'étais envoyé au Kivu, par la Coopération belge avec les pays sous-développés, comme botaniste-prospecteur. Tout en philosophant, j'avais en effet acquis une formation en biologie à l'Université de Bujumbura, notamment chez le professeur José Lewalle qui enseignait la biologie végétale, la taxonomie et la phytogéographie.

 

Me voilà donc à Butembo, où je suis installé à l'ITSAV, Institut Technique Supérieur Agricole et Vétérinaire, avec une double mission. Il me fallait d'abord réorganiser le Service de botanique de l'Institut, qui était pratiquement à l'abandon depuis l'indépendance (1960). Il me fallait ensuite constituer des collections botaniques pour l'enseignement et la recherche. J'ai donc, jusqu'en juin 1975, parcouru les forêts et les savanes à la recherche de plantes intéressantes, le long de l'axe qui va de Goma à Beni. Prospection qui ne s'est pas faite dans les meilleures conditions, d'ailleurs, parce qu'après le "premier choc pétrolier" il y avait, dans cette région éloignée, de graves pénuries de carburant. Et c'est ainsi que je me souviens que, le 15 mars 1974, j'ai récolté un spécimen de Vigna parkeri ssp. maranguensis, à Butembo, et que, le 28 décembre 1974, à Musienene, j'ai récolté des échantillons de Crotalaria cleomifolia.

 

Chaque plante récoltée formait un ou plusieurs "exsiccata", ou planches d'herbier. Un exemplaire était déposé dans le Service de botanique de Butembo, et des doubles étaient envoyés au Jardin botanique de Belgique à Meise, et aussi - quand la récolte était suffisante - au Museum d'Histoire naturelle de Paris, au Royal Botanical Garden de Kew, au British Museum de Londres, et à l'East African Herbarium de Nairobi. J'ai aussi récolté des graines pour constituer, à Butembo, une collection vivante, ou pour les envoyer à la Faculté Agronomique de Gembloux (équipe de recherches sur les Phaséolinées dirigée par Guy Le Marchand). J'ai aussi envoyé quelques échantillons de bois au Musée d'Afrique de Tervueren, pour la xylothèque.

 

Voilà ma modeste contribution à l'étude de la "biodiversité" - le terme n'était pas encore connu vers 1973. Extrêmement modeste : j'ai récolté quelques centaines d'espèces (surtout des Papilionaceae), alors que les botanistes, depuis Carl von Linné (1753), ont décrit et nommé environ 300 000 espèces de plantes !

 

Quand on voit ce qu'on fut sur terre et ce qu'on laisse... Et je me demande ce que, à Butembo, sont devenues mes collections...

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Du Journal au Blog

16 Décembre 2012 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

J'ai commencé de tenir mon "Journal", plus ou moins régulièrement, en février 1962, en plein hiver. Je me souviens des neiges d'antan, dans les rues de Bruxelles et sur les pelouses du Parc du Palais d'Egmont. Maintenant, au soir de ma vie, dans un hiver beaucoup moins neigeux, j'ai remplacé le travail stérile du diariste par le remplissage, tout aussi infécond, de mon "Blog". C'est à la fois plus et moins facile d'écrire en frappant du bout des doigts sur les touches d'un clavier réagissant à la moindre pression digitale et dont on suit les effets sur un écran lumineux que de faire des phrases avec un stylographe qu'il faut serrer entre le pouce et l'index et promener selon des contours compliqués sur du papier blanc. Et voilà que j'ai des cahiers remplis des jours de ma vie, et 357 articles "postés" sur mon Blog. Différences : 1° grâce aux merveilles de l'électronique, je peux plus facilement retrouver mes textes "électroniques" que mes textes "papyriques", 2° alors que mon Journal est intime et réservé à son seul auteur, mon Blog est visible par l'Univers, même s'il n'est lisible et compréhensible que par ceux qui ont reçu une bonne formation intellectuelle.

 

Mais cela intéresse-t-il les intelligents de savoir que, jeudi 13 décembre 2012, je suis allé avec ma femme à Lens, pour y visiter l'extension du Louvre que les pouvoirs publics français y ont installée en puisant dans la caisse d'un Etat fortement endetté ? Et doivent-ils savoir que j'ai déjeuné dans un restaurant sympathique d'un steak tartare, pendant que mon épouse se régalait d'une caille aux raisins ? Doivent-ils savoir que, vendredi, j'ai passé l'après-midi à étudier les rapports établis par Gilles Deleuze entre l'Être Unitaire (voir Parménide) et le Devenir (voir Héraclite) ? Doivent-ils apprendre que, mercredi 12, j'étais au Palais des Académies, dans la salle Stévin, où se réunissait le Comité national belge de Logique, d'Histoire et de Philosophie des sciences, et faut-il même qu'ils sachent que j'étais assis à côté de Brigitte Van Tiggelen ? Doivent-ils, ces visiteurs qui passent de blog en blog à la vitesse de l'électron, savoir que j'ai discuté, dans la cafétaria de la Bibliothèque Royale, avec le poète belge Liza Leyla, et que nous parlâmes de poésie et de Destutt de Tracy ? Doivent-ils, ces lecteurs d'écrans cathodiques ou plats, que je salue au passage, connus ou inconnus, sympathiques ou patibulaires, être informés d'un échange d'idées que j'ai eu avec l'écrivain Jacques Goyens, à propos de l'utilité des blogs ? Faut-il également que je leur fasse part d'une conversation avec ma fille Sylvianne à propos de mon dernier livre "Les grands destins qui ont changé le monde" ? Faut-il en outre que je révèle à la Terre entière (et même aux Extraterrestres suffisamment civilisés pour pouvoir capter notre trafic Internet et lire nos blogs...) que, vendredi vers onze heures, le facteur de mon quartier a pris la peine de sonner pour me remettre en mains propres la dernière livraison de la "Revue Générale" ? Dans laquelle livraison est publié mon article "L'origine de l'écologie et les sources de l'écologisme", qui est le texte retravaillé d'une conférence que j'ai donnée à l'association Les Amis de la Nature, à Evere, il y a quelques mois.

 

Faut-il que je continue d'écrire, dans mon Blog, dans mon Journal, ou ailleurs ? Autant demander s'il faut que je continue de vivre.

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