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Jean C. Baudet

Articles avec #science tag

Propos sur les inventions

25 Décembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Science, #Technique

Le niveau de vie atteint au XXIème siècle par l’Humanité (des milliards d’individus) est le résultat du travail acharné de quelques centaines de personnes. La philosophie (Thalès), la démonstration mathématique (Euclide), l’algèbre (Diophante), les manipulations chimiques (Zosime) ont été inventées en Grèce. L’astronomie mathématisée (Kepler) a été inventée en Allemagne ; la physique expérimentale (Galilée) en Italie ; la théorie de la gravitation (Newton) en Angleterre ; la nomenclature biologique (Linné) en Suède ; la machine à vapeur (Newcomen) en Grande-Bretagne ; la chimie quantitative (Lavoisier) en France ; la pile électrique (Volta) en Italie ; l’anatomie comparée (Cuvier) en France ; l’électromagnétisme (Oersted) au Danemark ; l’automobile (Lenoir) en France ; la dynamo électrique (Gramme) en France ; la microbiologie médicale (Pasteur) en France ; la lampe à incandescence (Edison) aux Etats-Unis ; la radiographie (Röntgen) en Allemagne ; le cinéma (Lumière) en France ; la psychanalyse (Freud) en Autriche ; la théorie de la relativité (Einstein) en Suisse ; la physique nucléaire (Rutherford) en Grande-Bretagne ; la mécanique quantique (Bohr) au Danemark ; le cyclotron (Lawrence) aux Etats-Unis ; la génétique moléculaire (Watson) en Angleterre…

Voilà des faits incontestables. Reste à en tirer des conclusions…

Bien sûr, j’aurais pu plutôt que de me focaliser sur les productions scientifiques, techniques et industrielles, énoncer d’autres réalisations culturelles, et signaler les grands poèmes, les grands romans, les grandes musiques, les grands tableaux, les grands films… Mais il me semble que, de toutes les productions culturelles, celles de la STI sont les plus prégnantes, les plus structurantes pour le sort de l’Humanité. La lampe d’Edison ou les rayons X de Röntgen ont davantage, me semble-t-il, changé la condition humaine que Les Fleurs du mal (Baudelaire) ou que les neuf symphonies de Beethoven. Et pourtant ! J’admire tellement Baudelaire et Beethoven.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Physique et métaphysique

18 Décembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Science

Que sont devenus les anges, les archanges et les chérubins des croyances primitives, l’apeiron d’Anaximandre, le logos d’Héraclite, les 4 éléments d’Empédocle, les atomes de Démocrite, les Idées de Platon, les catégories d’Aristote, les éons de Plotin, les 3 personnes divines des théologiens du Moyen Âge, la pierre philosophale des alchimistes, les 3 principes de Paracelse, les tourbillons de Descartes, le conatus de Spinoza, les monades de Leibniz, les noumènes de Kant, l’Esprit (Geist) de Hegel, la Volonté de Schopenhauer, le Sur-Homme de Nietzsche, l’Englobant de Jaspers, les existentiaux de Heidegger ?

De toutes ces entités proposées par l’imagination des métaphysiciens, seuls les atomes se sont révélés correspondre au Réel, sous la forme précisée (et rendue observable) par Dalton, par Ampère, par Avogadro… La physique et la chimie des XIXème et XXème siècles ont amplement, par des millions d’expériences de plus en plus sophistiquées, vérifié l’existence des atomes, les astronomes les trouvant dans les étoiles, les géologues dans les roches, les botanistes dans les plantes, les zoologistes dans le corps des animaux. Dans tous les domaines, la technologie se développe à partir du concept d’atome, et aucun homme instruit ne doute que la matière soit formée de corpuscules !

Ainsi la métaphysique qui, pendant 26 siècles, a mobilisé les facultés mentales les plus subtiles et les plus pénétrantes de l’Humanité, a produit de nombreuses hypothèses, dont une seule s’est finalement avérée « vraie », prouvée par la convergence des expériences et par l’efficacité des techniques. Les atomes « existent » parce que les ingénieurs métallurgistes peuvent prévoir les opérations qui permettront d’extraire du fer métallique de certaines pierres rougeâtres, parce que les ingénieurs nucléaires peuvent prévoir les opérations qui permettront de produire de l’électricité à partir de pechblende, parce que les ingénieurs électroniciens peuvent construire des ordinateurs, des téléviseurs, des téléphones, prouvant d’ailleurs en outre l’existence des électrons, qu’aucun métaphysicien n’avait prévue, même dans ses méditations les plus « profondes ».

Fécondité de la physique, et stérilité de la métaphysique. Cela ne donne-t-il pas à penser ?

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Les trois etapes de la science

11 Décembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Science

Je voudrais, aujourd’hui, poursuivre ma réflexion entamée dans mon billet précédent, intitulé « Les bases historiques de l’épistémologie ». Sur les rapports entre science et philosophie, d’abord, je reprends à mon compte les définitions du philosophe et mathématicien britannique Bertrand Russell, qui disait que la science est ce que l’on sait, et la philosophie ce que l’on ne sait pas encore. La formule est brutale, « simpliste » diront les subtils, et pourtant force est de constater qu’il existe de nombreuses propositions « scientifiques » devenues des certitudes, alors que l’on chercherait vainement une seule proposition « philosophique » faisant l’unanimité des hommes instruits. Personne ne met plus en doute, aujourd’hui, l’héliocentrisme (Copernic, 1543) ou l’atomisme (Dalton, 1803) ou la relativité (Einstein, 1905), alors que les philosophes ne sont toujours pas parvenus à nous dire si, oui ou non, il existe une vie après la mort ! Pendant des siècles, l’astronomie fut une branche de la philosophie (on disait philosophia naturalis), et elle devint un chapitre de la science dès que le mouvement des corps célestes devint vérifiable. Il faut noter d’ailleurs que l’adoption de l’héliocentrisme, de l’atomisme et de nombreuses autres « vérités scientifiques » rencontra en leur temps de brutales oppositions (procès de Galilée, etc.).

Dans mon billet précédent, j’ai rappelé que les progrès récents de l’épistémologie ont conduit à une analyse en somme très simple de l’esprit humain (déjà magistralement esquissée par Kant en 1781), qui voit dans le processus d’acquisition des savoirs la mise en œuvre de seulement deux facultés, qui collaborent : la sensibilité (l’observation, déjà existante chez les animaux) et l’intelligence (le raisonnement, déjà en germe chez l’animal).

Il est alors stimulant et très fascinant de se rendre compte que la science a été construite par l’Humanité en trois étapes, que trois grandes dates marquèrent le développement de la « méthode scientifique ». La première étape, fondatrice de ce que l’on appellera l’esprit scientifique, est datée d’environ 600 avant notre ère, c’est l’apparition de la philosophie, qui est le rejet des traditions, par Thalès et Anaximandre de Milet. Quelques hommes, d’ailleurs bien rares, commencent de « penser par eux-mêmes », se méfiant des idées, largement invérifiables, des prêtres, des poètes, des législateurs, ou du simple « bon sens »… La rareté de ces audacieux penseurs confirme la thèse de l’historien belge des sciences Jean Pelseneer, qui faisait de la science une activité éminemment aristocratique.

La deuxième étape de l’édification de la science commence en 387 (avant la naissance supposée du Christ), avec la fondation de l’Académie par Platon. Celui-ci entame une prodigieuse analyse du raisonnement, travail qui sera poursuivi de manière proprement géniale par son élève Aristote. Cette « logique » permettra aux mathématiciens grecs (puis viendront les Indiens, puis les Byzantins, puis les Arabes…) de construire un immense, admirable et même sublime corps de connaissance (Euclide, Archimède, Apollonius, Hipparque, Nicomaque, Ptolémée, Diophante…).

La troisième étape est la formidable amélioration des possibilités observationnelles par l’instrumentation. On peut la dater de 1543, quand Copernic livre les résultats de ses observations du mouvement des planètes à l’aide du quadrant gradué. A vrai dire, les astronomes grecs avaient déjà réalisé des observations astronomiques quantitatives, mais les circonstances sociopolitiques ne permirent pas à l’instrumentation fruste des Grecs de se développer. Il fallut attendre la Renaissance pour assister au développement réellement « explosif » de l’instrumentation : instruments de dissection (Vésale, 1543), lunette astronomique (Galilée, 1610), thermoscope puis thermomètre, verrerie de laboratoire, baromètre, microscope, télescope, jusqu’à nos accélérateurs de particules et nos sondes spatiales…

Trois moments : 600 (libération de la pensée), 387 (règles du raisonnement et mathématiques démonstratives), 1543 (instrumentation). Un résultat : la science, c’est-à-dire la base de la Civilisation.

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Une histoire de la science

3 Août 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Science, #Histoire, #Gnoséologie

Une histoire de la science

Il y a quelques mois, je faisais paraître, aux éditions La Boîte à Pandore (Paris), un ouvrage de 317 pages intitulé Les plus grandes dates de la science. Il s’agissait de résumer l’histoire de la science de manière à faire apparaître la filiation des idées (observations, hypothèses, vérifications…) qui a conduit à l’impressionnant édifice de la science de ce début de XXIème siècle : la fuite des galaxies, la chimie des protéines, la biologie moléculaire, les quarks, etc., etc. Il s’agissait, plus radicalement encore, de voir comment ces millions de savoirs (la distance de la planète Mars, la longueur d’onde des ultraviolets, la vitesse de la lumière…) se sont agrégés en une connaissance cohérente, immense, extrêmement vaste (de l’infiniment petit des quarks et des gluons à l’infiniment grand des étoiles et des trous noirs), précise, spectaculairement complexe, et constamment vérifiée par l’efficacité de la technologie. Il s’agissait de comprendre comment l’Humanité (ou du moins une petite fraction de l’Humanité) est capable d’acquérir des savoirs. Car les créateurs effectifs de la science sont étonnamment peu nombreux, parmi des milliards d’hommes, et je n’en trouve, dans toute l’histoire, que quelques centaines : Démocrite, Aristote, Ptolémée, Copernic, Kepler, Galilée, Newton, Linné, Lavoisier, Volta, Oersted, Darwin, Einstein et les autres. Y compris une quarantaine de femmes (voir mon livre Les plus grandes femmes de la science).

Le mot « science » peut être compris dans un sens très large : savoir, connaissance, qu’il avait déjà dans l’Antiquité latine : scientia, avec pour synonymes cognitio et doctrina. Mais l’épistémologie donne au terme « science » un sens plus précis, bien déterminé, il ne s’agit pas d’un savoir quelconque (la « science du chauffeur de taxi »), mais d’un système de savoirs acquis selon une méthode particulière, intellectuellement très exigeante, que l’on appelle évidemment la « méthode scientifique ». Mes travaux d’histoire « des sciences » et la réflexion gnoséologique m’ont amené à définir la science comme une représentation discursive du réel acquise par la combinaison systématique d’observations à l’aide d’instruments (instrumentation : télescopes, microscopes, spectromètres…) et de raisonnements mathématisés, à l’exclusion de tout recours à des traditions ou à l’intuition. Je situe l’avènement de la science, au sens restreint du terme, en 1543, avec la publication du De revolutionibus orbium coelestium de Copernic. En tant que « système de pensée », la science s’oppose frontalement aux religions (par le rejet de toutes traditions prétendues sacrées), elle se distingue aussi de la philosophie et des idéologies, qui n’ont pas recours à l’instrumentation et ne peuvent dès lors pas vérifier leurs propositions.

Epistémologiquement et sociologiquement, la science fait partie d’un « continuum épistémique » que j’appelle STI, « science-technique-industrie », base intellectuelle de l’activité des laboratoires de recherche (S), des bureaux d’études (T) et des entreprises (I). La Civilisation est formée du couple STI et non-STI, communément appelée « culture », ou mieux « cultures », car il y a autant de cultures (musiques, mythes, idéologies, pratiques sociales…) qu’il y a de communautés distinctes. Il y a une seule STI, universelle, mais il y a des centaines de cultures, par exemple la culture anglaise et la culture écossaise. Le psychologue découvre facilement que la STI est une production de l’intelligence et que la culture est une production des sentiments : la production de théorèmes et celle de poèmes ne mettent pas en action les mêmes ressources mentales.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Les elements de la Civilisation

15 Juin 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Science, #Technique

Les elements de la Civilisation

J’appelle « Civilisation » l’ensemble de tous les moyens conçus et développés par l’homme pour comprendre et maîtriser son environnement. Il s’agit d’inventions et de découvertes réalisées par l’esprit humain au cours de son évolution, dues à des individus créatifs situés dans des conditions socio-économiques favorables à la pensée libre. Ces innovations, extrêmement nombreuses, s’accumulent au cours de l’Histoire, mais certaines sont plus lourdes de conséquences que les autres. Il me semble, par exemple, que l’invention de la machine à vapeur fut plus déterminante que celle de la pince à linge. On trouvera ci-après un inventaire, évidemment incomplet, des inventions et découvertes les plus importantes, qui constituent les éléments les plus décisifs de la Civilisation, signalées dans l’ordre chronologique de leur apparition.

Le pays où est apparue chaque innovation est indiqué par son code ISO : AT (Autriche), BE (Belgique), GB (Grande-Bretagne), etc. Le lecteur s’amusera peut-être à chercher le nom des inventeurs.

Philosophie (GR), démocratie (GR), athéisme (GR), logique (GR), mathématique démonstrative (GR), algèbre (GR), bain-marie (GR), appareil à distiller (GR), imprimerie (1451, DE), héliocentrisme (1543, PL), lunette astronomique (1609, IT), physique mathématique (1610, IT), mécanique céleste (1619, DE), circulation sanguine (1628, GB), géométrie analytique (1637, FR), machine à calculer (1641, FR), baromètre (1644, IT), crème Chantilly (1661, FR), globules du sang (1665, IT), télescope (1668, GB), spermatozoïdes (1677, NL), gravitation universelle (1687, GB), analyse infinitésimale (1687, GB), sidérurgie au coke (1709, GB), navette volante (1733, GB), classification des êtres vivants (1735, SE), machine à vapeur (1765, GB), montgolfière (1783, FR), bateau à vapeur (1788, GB), chimie quantitative (1789, FR), guillotine (1789, FR), conserverie alimentaire (1790, FR), télégraphe optique (1791, FR), lithographie (1798, DE), pile électrique (1800, IT), électrolyse (1800, GB), atomisme expérimental (1803, GB), chemin de fer (1804, GB), kaléidoscope (1816, GB), socialisme (1817, FR), thermodynamique (1824, FR), photographie (1826, FR), sociologie (1830, FR), télégraphe électrique (1837, US), théorie cellulaire (1839, DE), saxophone (1842, FR), machine à écrire (1843, US), machine frigorifique (1844, US), anesthésie (1846, GB), logique symbolique (1847, GB), convertisseur d’aciérie (1856, GB), évolution biologique (1859, GB), analyse spectrale (1859, DE), équations de l’électromagnétisme (1865, GB), voiture automobile (1865, FR), classification des éléments chimiques (1869, RU), dynamo électrique (1869, FR), théorie des ensembles (1872, DE), téléphone (1876, US), lampe à incandescence (1878, US), phonographe (1878, US), effet photoélectrique (1887, DE), ondes électromagnétiques (1888, DE), avion (1890, FR), radiocommunication (1894, GB), électron (1894, IE), cinématographe (1895, FR), rayons X (1895, DE), psychanalyse (1896, AT), radioactivité (1896, FR), radium (1898, FR), phénoménologie transcendantale (1901, DE), jazz (1902, US), théorie chromosomique de l’hérédité (1902, US), relativité (1905, CH), mécanique quantique (1913, DK), radiodiffusion (1914, BE), réactions nucléaires (1919, GB), évolution de l’Univers (1927, BE), cinéma parlant (1927, US), télévision (1927, US), existentialisme (1927, DE), cyclotron (1930, US), microscope électronique (1931, DE), neutron (1932, GB), fission nucléaire (1939, DE), réacteur nucléaire (1942, US), ordinateur (1944, US), transistor (1947, US), structure des protéines (1951, US), structure de l’ADN (1953, GB), langage FORTRAN (1954, US), satellite artificiel (1957, RU), circuit intégré (1958, US), laser (1960, US), pilule contraceptive (1960, US), quarks (1964, US), décryptage du code génétique (1965, US), exploration de la Lune (1969, US), microprocesseur (1971, US), Internet (1973, US), ordinateur personnel (1981, US).

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Sur les connaissances humaines

1 Juin 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Science, #Epistémologie

Sur les connaissances humaines

Le brave Emmanuel Kant admirait, disait-il, deux choses : les étoiles au-dessus de sa tête et la loi morale dans son cœur. Pour ma part, ces deux « spectacles » m’indiffèrent, et d’ailleurs je ne trouve aucune injonction morale « dans mon cœur ». Mais ce que j’admire, jusqu’à la fascination, c’est l’immensité de la bêtise de tant d’hommes, d’une part, et la profondeur de l’intelligence humaine qui se manifeste dans les inventions et découvertes de si peu de chercheurs, d’autre part. A chacun ses admirations ! Je suis davantage impressionné par la découverte du boson de Higgs-Englert que par les petits points lumineux de la Grande Ourse, et si le bon Blaise Pascal était effrayé par les deux infinis de la grandeur et de la petitesse, je suis, moi, admiratif devant les deux extrêmes de la bêtise si répandue et de l’intelligence créatrice si rare.

Mais ces inventions et découvertes, dues à si peu d’hommes, comment furent-elles possibles ? C’est la question à laquelle tente de répondre l’épistémologie, la gnoséologie, la méthodologie, l’éditologie.

L’Humanité au sens large (espèces des genres Australopithecus, Ardipithecus, Homo et apparentés) existe depuis quelques millions d’années, et se distingue des autres groupes d’animaux par l’impressionnant développement du système nerveux central (encore faut-il que les êtres possédant un gros cerveau aient l’idée de s’en servir). Ce qui saute aux yeux de tous ceux qui étudient l’histoire de l’apparition et du développement des connaissances, c’est le contraste saisissant entre une très longue période où les connaissances, peu nombreuses, se développent très lentement, et une seconde période, très courte (quelques siècles), ou brusquement une invention ou une découverte fait comme exploser l’accumulation des savoirs. C’est comme si un ressort, tout à coup, se détendait, entraînant une profusion de nouvelles connaissances.

Prenons l’exemple de la connaissance de la « matière », de la substance des choses que l’on peut voir, sentir, toucher… Pendant des millions d’années, les seules connaissances dans ce domaine consistent à savoir distinguer les objets comestibles des non-comestibles, et les matériaux durs (certaines pierres) des substances molles ou friables, ne convenant pas pour la confection d’outils. La connaissance du cru et du cuit n’apparaît qu’avec la découverte de la maîtrise du feu et l’importante invention de la cuisine. Il faut entrer dans l’ère scripturale pour voir apparaître des idées générales sur la nature des choses, que l’on peut à la rigueur appeler des « théories », bien qu’elles soient fort naïves. Chez les Grecs, c’est la théorie des quatre éléments (Empédocle, vers 440 avant Jésus). Chez les Chinois, l’idée se développe de cinq éléments, sans qu’on puisse établir si ces idées apparurent indépendamment, ou s’il y eut une filiation conceptuelle (des Grecs vers la Chine ou des Chinois vers la Grèce ?). Tant chez les Chinois que chez les Hellènes, l’idée des éléments se perpétuera pendant des siècles sans susciter de quelconques progrès dans la connaissance de la matière. Il y aura bien l’apparition de l’hermétisme (alchimie) avec Zosime de Panopolis, la théorie des trois principes (mercure, soufre, sel) avec Paracelse, la théorie du phlogistique avec Stahl, ce sont des innovations (d’ailleurs fallacieuses) qui ne font pas progresser la connaissance de manière sensible. Mais en 1789, c’est la révolution ! Lavoisier publie son Traité élémentaire de chimie, et du jour au lendemain d’autres chercheurs adoptent les idées de l’auteur, et les résultats s’accumulent, avec Berthollet, Gay-Lussac, Dalton, Avogadro, Davy, Berzelius, et la chimie est née en tant que « science ». En deux siècles, on accumule des milliers de faits positifs, amplement vérifiés, c’est une véritable explosion de savoirs, et l’on connaît bientôt la matière jusqu’aux molécules, jusqu’aux atomes, jusqu’aux quarks et aux bosons !

Quelques philosophes ont bien étudié ce déclenchement soudain (et récent) du processus de progrès scientifique. Gaston Bachelard l’a appelé « franchissement d’un obstacle épistémologique », Thomas Kuhn « changement de paradigme », Alexandre Koyré « révolution galiléenne ». Chaque discipline scientifique, après une très longue préhistoire peu féconde, naît véritablement d’un événement relativement récent. C’est ainsi que l’astronomie devient « scientifique » et progresse de manière spectaculaire à partir de 1543 (Copernic, héliocentrisme) ou de 1610 (Galilée, lunette astronomique). La physique devient une science en 1610 (Galilée, chute des corps), la chimie en 1789 (Lavoisier), la biologie en 1839 (Schwann, théorie cellulaire).

C’est dire que l’étude de la pensée scientifique peut passer rapidement sur l’étude des étoiles avant 1543, sur l’étude des forces et des mouvements avant 1610, sur l’étude de la matière avant 1789, sur l’étude des êtres vivants avant 1839. La « science », c’est-à-dire la connaissance vérifiée (notamment par les applications techniques), a donc connu deux époques, une longue enfance (quelques millions d’années) et une maturité (quelques siècles). L’esprit scientifique n’apparaît qu’au XVIème siècle, et les expressions de « science grecque », « science babylonienne », etc., sont pour l’épistémologie des abus de langage.

Peut-on prévoir une troisième époque de la recherche intellectuelle, la déchéance et la mort ? L’écart grandissant entre les connaissances de ceux qui savent et celles de ceux qui ne savent pas engendre chez beaucoup un sentiment d’exclusion et un ressentiment qui vont jusqu’à développer des mouvements d’idées « anti-science ». Avec lesquels se mélangent l’obscurantisme et le fanatisme religieux qui progressent de jour en jour. C’est qu’il est difficile pour les hommes qui se croient fils des dieux d’admettre qu’ils habitent une petite planète perdue (1543) et qu’ils sont des bêtes comme le gorille ou le chacal (1839). Tout indique le retour des idées d’avant 1543 : un nouveau Moyen Âge !

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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De la science et de la philosophie

3 Mai 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Science, #Philosophie

De la science et de la philosophie

Mon itinéraire intellectuel fut une longue marche partant de la science pour aboutir à la philosophie, c'est-à-dire de la physique à la métaphysique, en passant par les littératures, les mythes et les religions. Ce parcours fut émaillé d'une quarantaine de livres et de nombreux articles, ainsi que de quelques poèmes. Pendant cinquante années, j'ai tenté de comprendre comment l'esprit humain fonctionne et progresse, ce qui impliquait une attention toute particulière à l'histoire de la science et à l'histoire de la philosophie.

Je viens de résumer tout ce travail, fait d'érudition historienne et de réflexion épistémologique, dans deux ouvrages de synthèse, tout récemment parus chez La Boîte à Pandore (Paris) : Les plus grandes dates de la science (317 pages), Les plus grandes dates de la philosophie (319 p.). Il s'agissait non seulement d'effectuer, pour la science et pour la philosophie, une opération de réduction à l'essentiel, c'est-à-dire de résumer au plus simple 26 siècles de pensée philosophique et de recherche scientifique, en écartant fermement les soi-disant subtilités du bavardage et les fausses profondeurs des logomachies, mais il fallait en outre exposer, dans la simplicité, les acquis de mes propres réflexions. En rejetant également les charmes fallacieux de l'anecdote et de l'érudition pointilliste.

Si je mérite quelques émules, c'est me semble-t-il d'avoir fondu en une seule recherche l'histoire de la science et celle de la philosophie, et aussi l'histoire de la technique et l'histoire des religions, jetant ainsi quelques bases d'une histoire critique des systèmes de pensée.

Et le résultat de toutes ces recherches est d'une simplicité lumineuse : tandis que la science propose des vérités vérifiables et que les religions veulent imposer des vérités invérifiables, la philosophie pose les questions importantes, et n'a pas encore les réponses.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Propos sur la science

27 Avril 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Science, #Histoire

Propos sur la science

J’ai publié, de 1986 à ce jour, 31 livres concernant l’histoire de la science, de la technique et de l’industrie (STI), à quoi il convient d’ajouter, depuis 1969, de nombreux articles dans des revues spécialisées et des ouvrages collectifs. Toute cette production textuelle représente plusieurs milliers de pages imprimées, et constitue la base de mon travail philosophique. Car celui-ci s’est développé à partir d’une idée simple, à savoir l’unicité, l’universalité et l’efficacité de la science comme système de pensée, contrastant avec ce qu’il en est avec les « non-sciences » (littératures, mythes, religions, idéologies). On peut éventuellement contester la valeur de la science (encore que je vois mal un homme instruit s’opposer à l’héliocentrisme ou nier la circulation sanguine), mais on ne peut raisonnablement contester qu’elle est unifiée, qu’elle est devenue universelle (les savants de Corée du Nord utilisent les mêmes méthodes que ceux d’Afrique du Sud ou d’Iran) et qu’elle produit une technologie efficace, d’une efficacité tellement redoutable, même, que son utilisation pose de sérieux problèmes à l’Humanité.

Ces 31 livres ont été publiés par quatre éditeurs : APPS (Bruxelles), Vuibert (Paris), Jourdan (Bruxelles), La Boîte à Pandore (Paris).

Cette étude approfondie de la science, qui a examiné toutes les époques (de la Préhistoire à la fin du XXIème siècle) et toutes les disciplines (mathématiques, astronomie, physique, etc.), fut accompagnée par l’examen (moins extensif, il est vrai) d’autres systèmes de pensée : les littératures, les religions, la philosophie. Tout cela m’a conduit à devoir remarquer une succession dans le temps, correspondant au développement successif 1° des littératures, 2° des mythes, 3° des religions, 4° de la philosophie, 5° de la science, 6° de la technologie, et à me prononcer sur la valeur gnoséologique de ces formations discursives qui se suivent dans l’Histoire.

On en vient ainsi à devoir considérer que la science actuelle, presque entièrement mondialisée et pratiquée aussi bien en France que chez les Boliviens ou les Chinois, est comme un immense fleuve (des millions de textes décrivant des faits, des hypothèses, des théories) dont la lointaine source se trouve chez les Grecs, à Milet, en 600 avant notre ère ! A la « science grecque » (qui est plutôt une proto-science), se sont agrégés de nouveaux savoirs romains, indiens, arabes, européens (en Europe, en Amérique et dans le Commonwealth) et, à partir de l’extrême fin du XIXème siècle, japonais. Au siècle suivant, presque toutes les nations apportent leur contribution à la recherche scientifique et à la transmission de l’esprit scientifique.

Mais ne nous trompons pas ! Quand je dis « les Grecs », « les Japonais », il ne s’agit chaque fois que d’un très petit nombre de chercheurs, infime même par rapport à la population dont ils font partie. Tous les Japonais ne sont pas des Yukawa (ou des Toyoda, en technologie) et tous les Français ne sont pas des Lavoisier, des Pasteur, des Curie ou des Bourbaki. Utiliser l’histoire de la science, de la technique et de l’industrie pour alimenter un nationalisme serait pure sottise. Et je continue de me demander : pourquoi le Grec Thalès a-t-il inventé la philosophie (la recherche libre), et pourquoi, en 1543, le Bruxellois Vésale et le Polonais Copernic ont-ils inventé la science ? Est-ce que l’esprit scientifique souffle où il veut ?

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Toute l'histoire de la science...

11 Avril 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Science, #Histoire

Toute l'histoire de la science...

J'ai résumé dans un seul volume de 317 pages et en 32 "grandes dates" toute l'histoire de la science : Les plus grandes dates de la science (éditions La Boîte à Pandore). C'est le récit de la plus impressionnante et de la plus importante aventure de l'esprit humain. Certes, il y eut l'histoire de la musique, avec les impressionnantes oeuvres de Mozart, de Beethoven, de Stravinsky, de Messiaen, de Miles Davis et de Thelonious Monk. Bien sûr, il y eut l'histoire des arts plastiques, avec les impressionnantes oeuvres de Phidias, de Velasquez et de Niki de Saint Phalle. Evidemment qu'il y eut l'histoire de la philosophie, avec les impressionnantes oeuvres de Schopenhauer et d'Alain Finkielkraut. Et surtout, bien entendu, il y eut l'extraordinaire histoire des littératures - et je voudrais rendre hommage à Homère, à Chrétien de Troyes, à Alexandre Dumas et à Arthur Conan Doyle (et je n'oublie pas les écrivains de la belgitude).

Mais la science a ceci de particulier qu'elle est progressive, constamment perfectible, et qu'elle est organiquement cumulative. Les tableaux de Modigliani s'ajoutent aux tableaux de Van Gogh, les symphonies de Mahler s'ajoutent aux symphonies de Beethoven mais, par exemple, le tableau de Mendéléev (1869), les quanta de Planck (1900), le modèle atomique de Bohr (1913), l'équation de Schrödinger (1926) ne font pas que se suivre, mais constituent des étapes du dévoilement de l'Être par l'esprit. Chacun aura ses admirations, et j'ai les larmes aux yeux quand je réécoute le Sacre du printemps, ou le Boléro de Ravel, ou What a beautiful world, par Louis Armstrong, ou quand je débouche une bouteille de bourgogne. Mais mon émotion est plus forte encore quand je passe des équations de Lorentz aux équations d'Einstein, ou quand je retrace, grande date après grande date, les progrès constants de Lavoisier à Dalton, de Dalton à Avogadro, d'Avogadro à van der Waals... On a les héros qu'on peut.

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Une chronologie des sciences

6 Mars 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Science, #Epistémologie

Mon dernier livre vient de paraître ! Aux éditions La Boîte à Pandore (Paris), sous le titre Les plus grandes dates de la science, en 317 pages sobrement illustrées. Après avoir publié de nombreux ouvrages critiques et détaillés consacrés à l'histoire de la pensée scientifique, qui constituent une base nécessaire à la recherche épistémologique (quelle est la "valeur" de la science ?), il me fallait mettre à la disposition du grand public une synthèse commode et de lecture aisée de ces travaux. C'est-à-dire résumer et expliquer en 317 pages l'apparition, le développement (d'abord très lent puis de plus en plus rapide) et l'épanouissement de la mathématique, de l'astronomie, de la physique, de la chimie et de la biologie. Laissant de côté les innombrables détails de l'histoire de ce progrès fascinant de la pensée, j'ai voulu identifier les "grands moments" de la constitution de la méthode scientifique et de ses principaux acquis. Il est fascinant de voir comment la communauté scientifique (une fraction bien faible de l'Humanité) est passée, concernant les êtres vivants, du fixisme des naturalistes (Linné) à l'évolutionnisme de Lamarck et de Darwin, et comment l'évolution biologique fut vérifiée par la découverte de la structure moléculaire de l'ADN (Watson). Il est époustouflant de voir comment l'on est passé d'une vision du monde géocentrique (Ptolémée) à l'héliocentrisme de Copernic, à l'Univers fixe dans le temps et l'espace de Newton, à l'Univers en expansion d'Einstein, Hubble et Lemaître. Il est bouleversant de suivre le passage, concernant la constitution de la matière, de la théorie des quatre éléments (théorie archaïque et naïve) à la chromodynamique quantique des particules élémentaires, dûment vérifiée par les expériences des physiciens "des hautes énergies", et notamment par la découverte du boson de Higgs en 2012.

Peut-être l'homme cultivé et ouvert du XXIème siècle en conviendra-t-il : il faut connaître Voltaire et Confucius, Le Pen et Mélenchon, Simone de Beauvoir et Brigitte Bardot, mais il faut aussi connaître - si l'on se veut ouvert et cultivé - les grandes dates de l'histoire de la science !

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