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Jean C. Baudet

Articles avec #technique tag

Propos sur les inventions

25 Décembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Science, #Technique

Le niveau de vie atteint au XXIème siècle par l’Humanité (des milliards d’individus) est le résultat du travail acharné de quelques centaines de personnes. La philosophie (Thalès), la démonstration mathématique (Euclide), l’algèbre (Diophante), les manipulations chimiques (Zosime) ont été inventées en Grèce. L’astronomie mathématisée (Kepler) a été inventée en Allemagne ; la physique expérimentale (Galilée) en Italie ; la théorie de la gravitation (Newton) en Angleterre ; la nomenclature biologique (Linné) en Suède ; la machine à vapeur (Newcomen) en Grande-Bretagne ; la chimie quantitative (Lavoisier) en France ; la pile électrique (Volta) en Italie ; l’anatomie comparée (Cuvier) en France ; l’électromagnétisme (Oersted) au Danemark ; l’automobile (Lenoir) en France ; la dynamo électrique (Gramme) en France ; la microbiologie médicale (Pasteur) en France ; la lampe à incandescence (Edison) aux Etats-Unis ; la radiographie (Röntgen) en Allemagne ; le cinéma (Lumière) en France ; la psychanalyse (Freud) en Autriche ; la théorie de la relativité (Einstein) en Suisse ; la physique nucléaire (Rutherford) en Grande-Bretagne ; la mécanique quantique (Bohr) au Danemark ; le cyclotron (Lawrence) aux Etats-Unis ; la génétique moléculaire (Watson) en Angleterre…

Voilà des faits incontestables. Reste à en tirer des conclusions…

Bien sûr, j’aurais pu plutôt que de me focaliser sur les productions scientifiques, techniques et industrielles, énoncer d’autres réalisations culturelles, et signaler les grands poèmes, les grands romans, les grandes musiques, les grands tableaux, les grands films… Mais il me semble que, de toutes les productions culturelles, celles de la STI sont les plus prégnantes, les plus structurantes pour le sort de l’Humanité. La lampe d’Edison ou les rayons X de Röntgen ont davantage, me semble-t-il, changé la condition humaine que Les Fleurs du mal (Baudelaire) ou que les neuf symphonies de Beethoven. Et pourtant ! J’admire tellement Baudelaire et Beethoven.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Technique et Technologie : deux definitions

21 Juin 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Epistémologie, #Technique, #Technologie

Technique et Technologie : deux definitions

Le philosophe doit sans cesse clarifier les termes qu’il utilise, pour atteindre les éléments déterminants (l’essence) des concepts qu’il explore, et pour tenter de dissiper les malentendus liés à des acceptions parfois très différentes chez divers auteurs. Des termes comme « raison » (logos), « principe » (archè), « matière » (hylè), etc. font l’objet, depuis plus de deux mille ans, de discussions sémantiques qui paraissent infinies… Ainsi dois-je préciser les définitions que j’ai été amené à adopter pour « technique » et « technologie », d’autant plus que « le primat de la Technique » constitue un point de départ de ma réflexion.

Ma première étude sur la question de la Technique est publiée en avril 1978 (« Ambiguïté des relations entre science et technologie », Technologia 1(1) : 17-20). Ce travail avait été rédigé quelques semaines avant la parution de l’ouvrage magistral de Bertrand Gille, Histoire des techniques (Gallimard, Paris, XIV+1652 p.), achevé d’imprimer le 30 mars 1978.

A cette époque, les termes « technique » et « technologie » sont souvent considérés, par les chercheurs (rares) qui s’intéressent à la philosophie de la pensée technicienne, comme synonymes. Voir par exemple le livre de Jean-Claude Beaune La technologie introuvable (Vrin, Paris, 285 p., 1980) et son excellent compte rendu par Maurice Daumas : « A la recherche de la technologie. A propos d’un ouvrage de Jean-Claude Beaune » (Revue d’histoire des sciences 34 : 171-176, 1981). Nombreux étaient, parmi les chercheurs de langue française, ceux qui considéraient « technologie » comme un synonyme inutile (calqué sur l’anglais technology) de « technique », oubliant le fait que la langue anglaise utilise également deux termes, technics et technology !

L’étymologie nous apporte un commencement de réponse. Le grec technè a été rendu en latin par ars (artis), qui a donné « art » en français et en anglais. A la Renaissance, la distinction sera bien établie entre les « beaux arts », les « arts libéraux » et les « arts mécaniques ». Une péjoration apparaît entre les « artistes » et les « artisans », entre l’activité noble des beaux arts (les artistes) ou des arts libéraux (les savants) et l’activité vile, « bassement matérielle », « vulgairement utilitaire », des arts mécaniques. A la fin du XVIIIème siècle, on commence à distinguer, parmi ceux-ci, les « arts et métiers » (relativement simples) et les « arts et manufactures » (plus complexes). En 1794, le Journal des Arts et Manufactures est fondé à Paris, sous la direction de la Commission exécutive d’Agriculture et des Arts.

Je vois apparaître le vocable « technologie », en 1777, dans un ouvrage de l’Allemand Johann Beckmann : Anleitung zur Technologie oder zur Kenntnis der Handwerke, Fabriken und Manufacturen (Göttingen, XXXIV+460 p.), mais bien avant le terme technologia était déjà utilisé dans des textes latins. Le mot apparaît en anglais, en 1831, chez l’Américain Jacob Bigelow : Elements of technology, taken chiefly from a course of lectures (Hilliard, Gray, Little & Wilkins, Boston, XV+521 p.) et, en 1840, en langue française, chez le Français Léon Lalanne : Essai philosophique sur la technologie (Bourgogne et Martinet, Paris, 56 p.).

Mais l’opposition entre « technique simple » et « technologie complexe » n’est pas très claire, et l’acception de technologie comme « science de la technique » ne correspond plus à l’usage actuel. Il faut approfondir au niveau des concepts.

L’analyse historique est éclairante. La Technique apparaît lors de la formation même de l’Humanité : c’est la confection d’outils (certes rudimentaires) qui distingue l’humain de l’animal. Au cours de l’Histoire, la Technique évolue, se complexifie, devient de plus en plus efficace, et au cours de la Renaissance elle va même (par l’instrumentation) faire émerger la Science de la Philosophie : c’est la « révolution copernicienne ». Au cours du XVIIIème siècle, la Science à son tour modifie profondément la Technique, permettant la « révolution industrielle » en Angleterre, c’est alors que la Technique devient Technologie.

Nous avons donc les équations « Science = Philosophie + Technique » et « Technologie = Technique + Science ». Le couple Technique-Technologie correspond à l’opposition entre « artisanal » et « industriel ».

L’analyse épistémologique confirme cette évolution historique, d’abord par la simple constatation, qui relève de la psychologie, que toujours dans l’histoire de la pensée humaine le simple devance le complexe. On a taillé la pierre avant de la polir, et on a construit des machines mécaniques à calculer (technique, Wilhelm Schickard, 1623, Blaise Pascal, 1641) avant de construire des ordinateurs (technologie).

La Technique, épistémologiquement, est le moyen du contact entre l’homme et la nature, entre le moi et le non-moi (acquisition de nourriture, protection contre le froid, etc.). Les deux réalisations primordiales de la Technique sont l’invention de l’Outil puis, des dizaines de milliers d’années plus tard, l’invention du Langage, préfiguration de la Technologie (technè + logos). Les littérateurs ont disserté abondamment sur « la main et la parole ».

Mais il faut atteindre un niveau suffisant de connaissance de la nature (par la Science) pour décupler l’efficacité technicienne : c’est l’avènement de la Technologie.

La Technique est essentiellement mécanicienne, elle met en œuvre essentiellement des mouvements. La Technologie utilise de « nouvelles énergies » comme la chaleur (la machine à vapeur de Watt), l’électricité (la pile de Volta), le magnétisme (le télégraphe d’Ampère), la fission nucléaire (le réacteur de Fermi)…

Ontologiquement, en tant que moyen de contact entre le moi et le non-moi, la Technologie est finalement, venue de l’Être (elle « respecte les lois de la nature » : conservation de la matière-énergie, augmentation de l’entropie…), ce qui dévoile l’Être. La Technique, moyen d’existence, est devenue la Technologie, chemin de connaissance.

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Les elements de la Civilisation

15 Juin 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Science, #Technique

Les elements de la Civilisation

J’appelle « Civilisation » l’ensemble de tous les moyens conçus et développés par l’homme pour comprendre et maîtriser son environnement. Il s’agit d’inventions et de découvertes réalisées par l’esprit humain au cours de son évolution, dues à des individus créatifs situés dans des conditions socio-économiques favorables à la pensée libre. Ces innovations, extrêmement nombreuses, s’accumulent au cours de l’Histoire, mais certaines sont plus lourdes de conséquences que les autres. Il me semble, par exemple, que l’invention de la machine à vapeur fut plus déterminante que celle de la pince à linge. On trouvera ci-après un inventaire, évidemment incomplet, des inventions et découvertes les plus importantes, qui constituent les éléments les plus décisifs de la Civilisation, signalées dans l’ordre chronologique de leur apparition.

Le pays où est apparue chaque innovation est indiqué par son code ISO : AT (Autriche), BE (Belgique), GB (Grande-Bretagne), etc. Le lecteur s’amusera peut-être à chercher le nom des inventeurs.

Philosophie (GR), démocratie (GR), athéisme (GR), logique (GR), mathématique démonstrative (GR), algèbre (GR), bain-marie (GR), appareil à distiller (GR), imprimerie (1451, DE), héliocentrisme (1543, PL), lunette astronomique (1609, IT), physique mathématique (1610, IT), mécanique céleste (1619, DE), circulation sanguine (1628, GB), géométrie analytique (1637, FR), machine à calculer (1641, FR), baromètre (1644, IT), crème Chantilly (1661, FR), globules du sang (1665, IT), télescope (1668, GB), spermatozoïdes (1677, NL), gravitation universelle (1687, GB), analyse infinitésimale (1687, GB), sidérurgie au coke (1709, GB), navette volante (1733, GB), classification des êtres vivants (1735, SE), machine à vapeur (1765, GB), montgolfière (1783, FR), bateau à vapeur (1788, GB), chimie quantitative (1789, FR), guillotine (1789, FR), conserverie alimentaire (1790, FR), télégraphe optique (1791, FR), lithographie (1798, DE), pile électrique (1800, IT), électrolyse (1800, GB), atomisme expérimental (1803, GB), chemin de fer (1804, GB), kaléidoscope (1816, GB), socialisme (1817, FR), thermodynamique (1824, FR), photographie (1826, FR), sociologie (1830, FR), télégraphe électrique (1837, US), théorie cellulaire (1839, DE), saxophone (1842, FR), machine à écrire (1843, US), machine frigorifique (1844, US), anesthésie (1846, GB), logique symbolique (1847, GB), convertisseur d’aciérie (1856, GB), évolution biologique (1859, GB), analyse spectrale (1859, DE), équations de l’électromagnétisme (1865, GB), voiture automobile (1865, FR), classification des éléments chimiques (1869, RU), dynamo électrique (1869, FR), théorie des ensembles (1872, DE), téléphone (1876, US), lampe à incandescence (1878, US), phonographe (1878, US), effet photoélectrique (1887, DE), ondes électromagnétiques (1888, DE), avion (1890, FR), radiocommunication (1894, GB), électron (1894, IE), cinématographe (1895, FR), rayons X (1895, DE), psychanalyse (1896, AT), radioactivité (1896, FR), radium (1898, FR), phénoménologie transcendantale (1901, DE), jazz (1902, US), théorie chromosomique de l’hérédité (1902, US), relativité (1905, CH), mécanique quantique (1913, DK), radiodiffusion (1914, BE), réactions nucléaires (1919, GB), évolution de l’Univers (1927, BE), cinéma parlant (1927, US), télévision (1927, US), existentialisme (1927, DE), cyclotron (1930, US), microscope électronique (1931, DE), neutron (1932, GB), fission nucléaire (1939, DE), réacteur nucléaire (1942, US), ordinateur (1944, US), transistor (1947, US), structure des protéines (1951, US), structure de l’ADN (1953, GB), langage FORTRAN (1954, US), satellite artificiel (1957, RU), circuit intégré (1958, US), laser (1960, US), pilule contraceptive (1960, US), quarks (1964, US), décryptage du code génétique (1965, US), exploration de la Lune (1969, US), microprocesseur (1971, US), Internet (1973, US), ordinateur personnel (1981, US).

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Sur l'histoire des techniques

29 Mars 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Technique

Sur l'histoire des techniques

Mon dernier livre vient de sortir de presse : Histoire des techniques - De l'outil au système (Vuibert, Paris, 378 pages). Une histoire passionnante, non pas des batailles, non pas des fantasmes et des illusions, mais des réels progrès qui ont vraiment changé les conditions d'existence des espèces d'hominiens, depuis la pierre taillée jusqu'à Internet et aux téléphones portables.

J'ai tenté dans cet ouvrage de réduire à l'essentiel mon étude de l'histoire des techniques parue en deux volumes, chez le même éditeur : De l'outil à la machine (2003) et De la machine au système (2004). On pourra lire ce livre comme une analyse du moteur de l'Histoire, qui est la Technique, ensemble des "moyens de production" (Marx) dont dispose l'Humanité pour tenter de répondre à ses besoins et à ses désirs, véritable "signe de l'humain" (J.C. Baudet : Le signe de l'humain, L'Harmattan, Paris, 2005). Je propose, entre autres, une analyse épistémologique du passage de la "technique" à la "technologie", point de départ des "révolutions industrielles".

La réflexion sur la Technique conduit à quelques constats ;

1° No future without technology !

2° Sine technologia vita est quasi mortis imago !

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Jean Baudet et l'Oubli de la Technique

27 Février 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Technique

On présente généralement la philosophie de Martin Heidegger comme construite sur le geste initial de sa dénonciation de « l’Oubli de l’Être » (en 1927), quand il explique qu’Anaxagore, Socrate, Platon, et puis la plupart de leurs successeurs, négligent de s’interroger sur l’Être, comme l’avaient fait (fondant la philosophie) Thalès de Milet et ses disciples. Après les présocratiques, qui avaient magistralement identifié l’Être et la physis, la philosophie s’en détourne pour instaurer une métaphysique du logos, tournant à vide. Semblablement, on pourrait dire que j’ai entamé mes réflexions en dénonçant « l’Oubli de la Technique », pointant comme conduisant à des délires d’interprétation quasi mystiques la forclusion de la Technique par la philosophie contemporaine. Le cas de Heidegger étant d’ailleurs paradoxal, d’abord parce qu’il consacre quelques grands textes à l’analyse de la Technique, mais surtout parce qu’il voit dans la Technique la plus récente (que nous préférons appeler Technologie) ce qu’il appelle « l’achèvement de la métaphysique » et, en somme, ce qui permet de dévoiler l’Être, de le mettre à nu.

En effet, en avril 1978, quand nous fondâmes une revue d’histoire de la Science et de la Technologie, le choix du titre (Technologia) n’était pas dénué d’arrière-pensées. Il s’agissait de proclamer le primat de la Technique sur la Science et sur la Culture ! Il s’agissait de critiquer la négligence du fait technicien par la plupart des courants de la pensée moderne, alors même que la Technique se transformait en Technologie et atteignait une efficacité inouïe et spectaculaire qui n’aurait pas dû échapper à des « penseurs ». Je n’étais fort heureusement pas le seul à m’intéresser philosophiquement au caractère anthropique (et donc existentiel) de la Technique (voir mon livre Le Signe d’humain, 2005), et je dois citer au moins les historiens français Maurice Daumas et Bertrand Gille, le sociologue américain Melvin Kranzberg, et les philosophes Don Ihde, Jean-Claude Beaune, Bernard Stiegler… Celui-ci a proposé une remarquable analyse de la Technique, en 1994, dans La technique et le temps. La faute d’Epiméthée.

Le mythe des Titans Epiméthée et Prométhée montre les racines profondes du rejet, voire du mépris de la Technique par l’intelligentsia, dont on trouve les traces dans la mythologie grecque, avant même le temps des philosophes d’avant Socrate. Pour ma part, j’ai analysé l’Odyssée comme une interprétation par le Poète du sentiment ambivalent de l’homme face à la Technique : fascination admirative et détestation forcenée. En concevant et en construisant le Cheval de Troie, engin technique de poliorcétique magistralement efficace pour vaincre les fortifications d’Ilion, Ulysse encourt la malédiction des dieux…

Epiméthée ayant pourvu tous les animaux de moyens de résister à l’hostilité de la Nature (course rapide, griffes puissantes, camouflage, toisons pour résister au froid…) avait – c’est sa faute – négligé de munir l’homme d’armes adéquates, le condamnant à vivre médiocrement, grattant le sol pour trouver un peu de nourriture et constamment menacé par de dangereux prédateurs. Pour réparer cette faute, Prométhée entreprend de voler aux dieux olympiens les techniques, dont le précieux art de faire du feu, de les offrir à l’humanité et donc de changer radicalement la condition humaine. Prométhée en sera cruellement puni, et la Technique (volée aux dieux !) sera maudite…

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Humanite et Technique

2 Décembre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Technique

Je voudrais consacrer ma chronique d’aujourd’hui (en ces temps de misère) à l’humanité, en rappelant d’abord qu’il ne faut pas confondre « humanité » (concept qui est l’ensemble des caractères qui distinguent l’homme de l’animal) et « Humanité » (objet observable qui est la totalité des hommes passés, présents et à venir). Le caractère le plus spécifique de l’homme, originaire et donc essentiel, est la Technique. Avant d’être un animal politique (Aristote) ou un roseau pensant (Pascal), ou un être qui rit (Rabelais), ou un étant chez qui l’existence précède l’essence (Sartre), l’humain est un singe capable de concevoir, de façonner et d’employer des outils. Tous les anthropologues s’accordent pour admettre que l’outil a été inventé bien avant l’invention du langage et donc de la pensée, de l’organisation sociale, de la culture… Il faut donc concevoir qu’au cours de l’évolution biologique des Primates (qui correspond spécialement à la complexification orthogénétique du système nerveux central, c’est-à-dire de l’intelligence), un moment critique est advenu (avant même l’apparition des espèces du genre Homo) où l’intelligence a atteint un degré suffisant permettant la conception d’outils, et cette intelligence, capable de s’intensifier, explique que l’on assiste, tout au long de la Préhistoire puis de l’Histoire, à un progrès technique constant. Il serait puéril de prétendre qu’il n’y a pas progrès de l’industrie lithique acheuléenne à la remarquable diversité des outils des Magdaléniens, ou que le progrès n’existe pas quand on passe du téléphone fixe d’Alexander Graham Bell aux smartphones actuels !

La définition de l’homme est donc claire : c’est une bête technicienne. Non pas un animal qui construit des nids (comme les oiseaux), toujours immuablement identiques, mais un animal dont l’intelligence est suffisamment développée pour concevoir sans cesse de nouvelles améliorations : pompe à feu (Savery), machine atmosphérique (Newcomen), machine à vapeur (Watt), moteur à explosion (Lenoir), moteur à allumage par compression (Diesel)… Les araignées, il y a mille ans, faisaient des toiles comme aujourd’hui, mais il ne reste plus grand-chose de l’outillage du Xème siècle !

Après l’invention de la Technique, c’est-à-dire le commencement même de l’Humanité, l’homme inventera les langues, imaginera des rites et des mythes, fondera les organisations sociales avec l’institution de la royauté et des religions, et développera la philosophie, puis la science, puis la technologie.

Quelle belle aventure ! Quel magnifique accomplissement ! Parce que son plus lointain ancêtre, à l’aspect encore si simiesque, a eu l’intelligence de frapper un caillou avec un autre caillou, obtenant l’innovation absolue d’un tranchant, l’homme a inventé des moyens de plus en plus perfectionnés pour se nourrir (pour vivre) et des systèmes de plus en plus complexes pour faire « vivre ensemble » des milliers, puis des millions d’individus. L’homme technicien a inventé des utilités, puis des futilités qui l’enchantent, le vin et les saucisses, la musique et la danse, la poésie et les romans, l’alpinisme et le tourisme en avion, la bicyclette et les chapeaux, le rock and roll et les sextoys.

N’est-ce pas admirable ? C’est l’outil – le marteau et l’enclume – qui distingue les espèces humaines des espèces animales. C’est en voulant progresser que l’Humanité s’est libérée – partiellement – des fatalités de la Nature. Même les technophobes les plus obtus n’échappent pas au primat de la Technique ! Pour rejeter le « système technicien » (Ellul), la « société de consommation » (Baudrillard), le « système militaro-industriel » (Illitch), ils utilisent quand même la Technique, diffusant leurs idées par l’imprimerie, la radio, la télévision… L’idéalisme n’est pas à une contradiction près !

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Technique et ontologie

23 Septembre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Technique

Technique et ontologie

On ne peut espérer réaliser le projet ontologique, c'est-à-dire la détermination de l'Être, que grâce au recours aux facultés cognitives de l'instance désignée par "on", formulation prudente pour dire le "moi" du philosophe, de son "esprit", puisqu'aussi bien le projet de connaître l'Être n'a de sens que s'il permet d'évaluer l'impact des propriétés de l'Être sur le futur du moi, futur qui se présente comme un paysage inconnu, inexploré, à découvrir, dont l'horizon cache toujours, malgré les progrès de l'esprit humain, un à-venir redouté. Depuis maintenant un peu plus de deux siècles, depuis les résultats navrants de la critique (Kant) qui situent désespérément le sujet à l'intérieur même de l'objet (et c'est plus qu'une intériorité topologique, c'est une appartenance consubstantielle, car il paraît difficile de soutenir que le sujet n'a pas sa source dans l'objet), la connaissance de l'Être est admise comme impossible, alors même que l'Histoire montre des territoires toujours plus vastes et plus profonds de l'Être soumis à la pénétration opérative de l'esprit de l'homme, qui par la Technique se soumet aux déterminations perçues et en reçoit en retour des effets prouvant l'adéquation de plus en plus parfaite des actions techniciennes et des résultats.

Il est vrai que la Technique n'atteint qu'une partie de l'Être, et que cette partie est peut-être, par on ne sait quel maléfice, justement la partie la moins significative des choses existant réellement (y compris leur source originaire). Il faut toutefois noter que cette partie de l'Être efficacement atteinte par la Technique correspond à de nombreux soucis non seulement de l'homme ordinaire des foules, mais aussi de l'intelligentsia la mieux éduquée. Reste que le choix ontologique (monisme ou dualisme) est à la fois impossible dans l'absolu et fortement éclairé par l'efficience technicienne. Le monde perçu (et maîtrisé par la Technique, justement parce qu'il est perceptible, qu'il donne prise aux stratégies de l'esprit) est certes étrange, jusqu'à l'absurde, mais n'en présente pas moins des cohérences qu'une herméneutique subtile doit reconnaître comme autant de signes. Et de quoi la Technique est-elle le signe ?

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Les inventions qui changerent le monde

12 Septembre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Technique, #Science

Les inventions qui changerent le monde

Si l'on prend le terme "culture" dans son sens le plus large, il désigne l'ensemble des productions intellectuelles d'un groupe humain. Les productions matérielles ne se distinguent pas selon les groupes, tous les hommes produisant du gaz carbonique, de la sueur, de l'urine et des excréments. Exemples de productions intellectuelles ou culturelles : les chapeaux pointus des Chinois, les frites à la mayonnaise des Belges, les mosquées des musulmans, la poésie des diverses communautés linguistiques, la biologie moléculaire des Américains, la musique des compositeurs allemands, le structuralisme des intellectuels français freudo-marxistes... Pour déterminer si "toutes les cultures se valent", il faut donc comparer l'impact sur l'Humanité des diverses innovations nées au sein des diverses cultures. Dans mon livre Les plus grandes inventions (La Boîte à Pandore, Paris), j'ai étudié une centaine d'inventions et de découvertes suffisamment importantes pour avoir changé la condition de vie des hommes. On ne peut nier l'importance, pour la vie même des êtres humains, de la découverte de la domestication du feu, ou de l'invention d'Internet, ou de l'invention du chemin de fer.

Les innovations les plus décisives, celles qui contribuèrent au processus d'hominisation (passage très lent, et en fait inachevé, du passage de la bête à l'homme), sont les plus anciennes, et on ne connaît pas les inventeurs : outil, feu, langage, agriculture, écriture... Quant aux inventions les plus récentes, il faut bien admettre qu'elles furent faites en Europe, en Amérique du Nord et au Japon. Il est étonnant de remarquer que, pendant l'Antiquité, les Grecs inventèrent beaucoup et les Romains inventèrent fort peu. Par innovation, j'entends les inventions et découvertes scientifiques et techniques, les seules qui influencent les conditions de vie (c'est bien le cas de l'imprimerie, de l'avion, des antibiotiques, etc.). Les "innovations" artistiques et littéraires n'ont pas ce pouvoir de "changer le monde", et les inventions de la symphonie, de la peinture abstraite, de la prose poétique, du surréalisme, du dodécaphonisme, du roman policier, aussi admirables et surprenantes furent-elles, n'ont en rien changé la vie des gens.

Alors, pour savoir si "toutes les cultures se valent", il faut, débarrassé de tout préjugé, libéré de toute idéologie, évitant tout sentimentalisme, écouter sereinement les enseignements de l'Histoire.

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Les penseurs de la Technique (liste incomplete)

22 Août 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Technique

J’ai proposé une philosophie de la Technique dans mon livre Le Signe de l’humain (L’Harmattan, Paris). Ce travail est basé sur les ouvrages des philosophes, sociologues et historiens suivants.

1787 02 27 -1879 01 10 Bigelow, Jacob

1800 -1875 Willis, Robert

1818 05 05 -1883 03 14 Marx, Karl

1844 05 23 -1922 02 24 Espinas, Alfred

1860 -1922 Du Bois-Reymond, Alard

1861 12 15 -1941 Duplan, Jean-Léopold

1873 11 04 -1940 08 15 Zschimmer, Eberhard

1878 07 22 -1956 09 26 Fèbvre, Lucien

1882 03 02 -1951 11 03 Turrettini, Fernand

1883 05 09 -1955 10 18 Ortega y Gasset, José

1884 06 30 -1966 04 12 Duhamel, Georges

1889 09 26 -1976 05 26 Heidegger, Martin

1891 08 04 Engelhardt, Viktor

1895 10 19 -1990 01 26 Mumford, Lewis

19?? Beaune, Jean-Claude

19?? Ebacher, Roger

19?? Fallot, Jean

1905 01 02 -1983 Ducassé, Pierre

1909 -1998 10 17 Russo, François

1910 12 19 -1984 03 18 Daumas, Maurice

1916 02 26 -1990 11 Laloup, Jean

1916 10 08 -2006 04 13 Gies, Joseph

1917 11 22 -1995 12 06 Kranzberg, Melvin

1920 03 29 -1980 11 30 Gille, Bertrand

1921 09 07 -2007 11 26 Ladrière, Jean

1923 10 05 -Barbour, Ian G.

1924 06 26 -Axelos, Kostas

1924 10 02 -1989 02 07 Simondon, Gilbert

1925 Florman, Samuel C.

1929 04 27 Beck, Heinrich

1929 06 18 Habermas, Jürgen

1929 06 29 McLean, George F.

1932 03 23 Lenk, Hans

1932 05 14 Bernstein, Richard J.

1933 03 23 Ferré, Frederick

1933 07 06 Durbin, Paul T.

1933 11 15 -2011 07 05 Roszak, Theodore

1934 Ihde, Don

1941 Mitcham, Carl

1944 05 31 Baudet, Jean C.

1946 03 29 Hottois, Gilbert

1946 07 28 Banse, Gerhard

1947 04 13 -1997 01 Druet, Pierre-Philippe

1947 06 22 Latour, Bruno

1948 Coriat, Benjamin

1951 Zuboff, Shoshana

1952 Hubig, Christoph

1954 Gingras, Yves

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La Cuisine source de la Technique

14 Août 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Cuisine, #Technique

La Cuisine source de la Technique

Le primat de la Technique est l'intuition première de ma philosophie, que l'on appelle "éditologie". J'ai donc consacré trois livres à une analyse critique de la Technique : De l'outil à la machine (Vuibert), De la machine au système (Vuibert) et Le signe de l'humain (L'Harmattan). Mon travail sur cette question commence en 1978 (fondation de la revue Technologia), avec un double constat : 1° la nécessité universelle de la technique ; 2° la faible présence du fait technique chez les philosophes et chez les historiens. Le primo est évident : il existe des populations sans art, sans religion ou sans philosophie, mais il n'existe pas de population sans technique !

L'analyse des origines historiques et psychologiques du fait technique montre à l'évidence que l'invention de la technique, c'est-à-dire des outils (bâton à fouir, pierre taillée, langage, feu...), a pour objectif la satisfaction des besoins nutritionnels : la cuisine est la première technique ! L'homme est le seul animal qui utilise des outils pour acquérir et préparer ses aliments. Il fallait dès lors que j'achève mon travail par une étude historique de la cuisine, ce que j'ai fait dans mon livre Histoire de la cuisine (Jourdan, Bruxelles). La Civilisation a commencé par la cuisine !!! L'homme à d'abord cherché des racines comestibles avec un bout de bois et découpé de la viande avec une pierre tranchante avant de composer des symphonies, d'observer les étoiles et d'inventer les dieux !!!

Mais on trouve toujours des contradicteurs. Pour nier que la cuisine est à la base de toutes les cultures, il faudrait aller jusqu'à ignorer que l'homme possède un tube digestif !

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