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Jean C. Baudet

Sur l'origine des religions

15 Mars 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Religion

Sur l'origine des religions

L'importante question de l'origine des religions est géographique (où ?), historique (quand ?) et psychologique (comment ?). Je ne m'intéresse que médiocrement aux aspects géographiques et historiques de la question, qui concernent l'érudition, et n'ont pour le philosophe qu'une nature anecdotique. Mais par contre il me semble de la plus haute importance de réfléchir au mécanisme qui a fait apparaître, dans l'esprit humain, les éléments psychiques à l'origine des diverses religions. J'ai ainsi développé une théorie sur la naissance du fait religieux dans mon livre Curieuses histoires de la Pensée (Jourdan, Bruxelles). Il faut remonter au Paléolithique, car les préhistoriens nous montrent des témoignages de rites à caractère religieux (sépultures, statuettes interprétées comme représentant des divinités). Il faut probablement ne pas remonter au-delà de l'apparition du genre Homo, car l'on doit admettre que le développement des idées "religieuses" exigeait la possession du langage : les mythes sont des discours, exprimés dans un langage évolué. L'analyse des religions passées et actuelles montre que le fait primordial est la croyance au "sacré" (voir notamment les beaux travaux de Rudolf Otto). Avant même d'élaborer les idées complexes d'âme survivant à la mort, de démons, de dieux, de monde spirituel, les espèces humaines (H. neanderthalensis, H. sapiens et peut-être d'autres) ont dû concevoir une "différence" parmi les objets de leur environnement, les uns étant "sacrés" et les autres "profanes". C'est la distinction entre le remarquable et le banal, l'admirable et le quelconque, le dangereux et l'inoffensif, le fort et le faible, qui deviendra (après une longue élaboration d'idées de plus en plus complexes) le terrestre et le céleste, l'ordinaire et le divin, le physique et le métaphysique, le matériel et le spirituel. L'ethnographie nous fournit des milliers d'exemples de sacralisations, qui me semblent constituer le ressort psychique de l'invention des dieux. Est sacré ce qui est remarqué (les éclairs, un grand arbre, un animal dangereux, une pierre noire...), avec une typique ambivalence bénéfique-maléfique. Ainsi, avant même que ne se figent en dogmes et en liturgies les religions historiques, les hommes à l'aube de la prodigieuse aventure de la Pensée, en s'entourant de sacré, avaient réalisé un enchantement du monde (pour évoquer Marcel Gauchet : Le désenchantement du monde, 1985) et avaient jugulé leurs peurs par des élaborations fantasmatiques. Conscients que leur bien-être ne dépend pas d'eux-mêmes mais des rigueurs de leur environnement (rareté de la nourriture, maladies, prédateurs...), ils ont enchanté celui-ci en le peuplant d'abord de forces mystérieuses, puis d'entités taboues de plus en plus anthropomorphes : âmes des morts, lutins, fées, farfadets, démons, incubes et succubes, anges et archanges, dieux et déesses, ce qui conduira au dualisme d'un Platon (monde intelligible et monde sensible), d'un Descartes (corps et âme), d'un Kant (phénomène et noumène). Il est intéressant de noter que la croyance au sacré est toujours accompagnée de fanatisme : c'est l'idée même du sacré comme intouchable et absolu !

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