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Jean C. Baudet

Pourquoi l'Histoire des sciences ?

29 Avril 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Science

Technologia.jpgA la fin d'une vie, il est convenable de se poser cette question. Pourquoi ai-je consacré - depuis 1969, date de ma première publication - une partie importante de ma vie de penseur, de philosophe, d'intellectuel, à l'Histoire des sciences, ou plus exactement à l'Histoire de la Science, de la Technique et de l'Industrie ? Ce qui a donné 17 livres publiés, quelques manuscrits restés inachevés, et plusieurs dizaines d'articles édités dans des revues ou des ouvrages collectifs ? Sans compter la fondation de la revue Technologia, en 1978, que j'ai dirigée pendant plus de dix ans. Pourquoi, puisque en raison d'une loi inéluctable, chaque heure passée à réfléchir ou à rédiger dans le domaine de l'HSTI était perdue à jamais pour la philosophie, pour l'herméneutique chercheuse de sens, ou pour la création littéraire ? Pourquoi lire Copernic, Einstein ou Diophante, ce qui signifie immédiatement ne pas lire les divers ouvrages d'Alain Badiou, ou tel livre que me recommande chaleureusement tel ami ? Pourquoi ai-je bâti mon oeuvre sur l'examen critique des travaux des savants, des ingénieurs et des industriels, alors que j'aurais pu relire une cinquième fois la Critique de la raison pure ou une huitième fois les Méditations cartésiennes ? Pourquoi cette dilection particulière pour les expériences de physique, pour les théories subtilement mathématisées, et en somme pourquoi admirai-je davantage le Théorème de Pythagore ou la Théorie des quanta que le Code civil ou le Manifeste du parti communiste ? Pourquoi cet intérêt peut-être suspect, pathétique en somme, pour les vases en verre des laboratoires, pour les électromètres et les galvanomètres, pour les microscopes, et pour les vieux livres de "chymie", de philosophia naturalis ou de bromatologie ?

Je suis là, avec ma bibliographie, avec mes 55.684 fiches informatisées, avec des dossiers accumulés pendant toute une vie et qui deviennent trop lourds pour le vieil homme que je suis devenu, héritier de Montucla, de Hoefer, de Sarton, de Bachelard, de Daumas...

Pourquoi cette vie courbée sur des collections de vieilles revues au papier devenu cassant, le Journal des Sçavans, les Acta eruditorum, et en compagnie, tout bien compté, des meilleurs esprits du passé ? Et si c'était de l'orgueil, en réalité, le magnifique et somptueux orgueil de passer son temps avec Lavoisier et Mendéléev plutôt qu'avec Marx, Nietzsche et Freud, et avec les autres maniaques extasiés de l'humanisme ? N'est-ce pas, pendant que ma vie s'achève, comme un immense et joyeux pied de nez aux pignoufs prétentieux, aux cuistres pédants et aux imposteurs ?

 

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