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Jean C. Baudet

Articles avec #philosophie tag

Penser, c'est s'exposer

24 Septembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Biographie, #Philosophie

Penser, c'est s'exposer

Ceci est mon 810ème billet dans ce blog. J'ai créé ce blog en décembre 2010, et cela fait donc maintenant plusieurs années que je livre au public du monde entier - pourvu qu'il sache lire le français et qu'il accepte les servitudes de la lecture sur écran -, avec assiduité, mes pensées au jour le jour... Je livre ainsi ma pensée brute, parfois brutale, sans apprêts ni finition littéraire, à quelques centaines de lecteurs, réguliers ou occasionnels, approbateurs ou scandalisés par mes idées généralement politiquement incorrectes. Je remercie d'ailleurs les Français, les Canadiens, les Flamands, les Bruxellois, les Wallons, les Suisses, les Luxembourgeois, les Marocains, les Algériens, les Tunisiens, les Sénégalais, les Ivoiriens, les Gabonais, les Congolais, les Rwandais, les Burundais et tous les autres qui viennent visiter ce blog. Grâce à quelques tags (#Poésie, #Cuisine, #Science, etc.), ils peuvent facilement retrouver mes messages sur des thèmes précis, et connaître l'évolution au cours du temps de mon travail philosophique, exposé au grand jour.

Plus de 800 articles, cela fait l'équivalent d'une demi-douzaine de livres en librairie. Ma production "électronique" reste modeste par rapport à ma production "papier" (42 titres).

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Les mysteres de l'Etre

12 Septembre 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

Les mysteres de l'Etre

La détermination de la ligne de démarcation entre la science et la philosophie est un thème majeur de la recherche philosophique. Il s’agit de distinguer le travail du chercheur scientifique de celui du philosophe, soit en reconnaissant des différences dans la méthode (les facultés mentales du sujet mises en œuvre), soit en découvrant des différences dans l’objet même de la recherche. C’est-à-dire que l’on se place, pour opposer la science à la philosophie, soit dans une perspective gnoséologique, soit dans une perspective ontologique. Ces deux perspectives n’étant d’ailleurs distinguées que verbalement, par commodité d’expression, parce qu’une réflexion suffisamment poussée montre que la question de la Connaissance et la question de l’Être sont inextricablement liées !

Nous pouvons dire, en première approximation, et presque en forme de boutade, que le chercheur scientifique étudie et s’efforce de comprendre ce qu’il voit, alors que le philosophe tente d’étudier et de comprendre ce qu’il ne voit pas. Les propositions de la science sont « claires et distinctes », et toujours vérifiables (dans les limites de l’instrumentation disponible pour observer le réel), quand celles de la philosophie comportent souvent un caractère mystérieux, ineffable, c’est-à-dire fortement émotionnel, et intrinsèquement invérifiable. L’objet de la science est l’Univers, l’objet de la philosophie est l’Être. Il y a dans cette idée d’Univers quelque chose de concret, de solide, d’évident, peut-être même de vulgaire, qui contraste avec les résonances mystiques ou poétiques (sentimentales et « indicibles ») liées à l’idée d’Être. Remarquons cependant que pour les penseurs matérialistes (de Thalès à Lénine…) l’Univers et l’Être coïncident parfaitement, et la distinction entre science et philosophie disparaît. Elle n’est maintenue que par la tradition universitaire qui, pour des raisons pratiques (le recrutement des élèves), sépare encore les facultés « des sciences » des facultés « de philosophie et lettres ». L’adjonction des belles-lettres à la philosophie est d’ailleurs significative, et l’opposition entre le caractère noble de la philosophie et le caractère populaire de la science (avec ses « manipulations » qui rappellent le travail manuel des manants) est un trait remarquable de la culture occidentale.

Mais qu’est-ce que l’Être ? L’Univers, et rien que l’Univers, décrit dans son immense complexité par les astronomes, les physiciens, les chimistes, les biologistes et les anthropologues ? Ou l’Être est-il l’Univers plus « quelque chose », ce quelque chose n’étant pas de nature matérielle (sans quoi, il ferait partie de l’Univers !) ? L’étude historique critique des systèmes de pensée, y compris dans le temps présent, montre clairement que l’apparition de cette idée d’un « quelque chose d’immatériel », c’est-à-dire d’inaccessible par les sens, correspond à l’apparition des comportements (rites) et des croyances (mythes) à l’origine du fait religieux. Ce fait religieux apparaîtrait, d’après les préhistoriens, il y a cent mille ans, quand la philosophie n’apparaît qu’il y a 2 600 ans, avec l’œuvre de Thalès. La science est encore plus récente, ne commençant à accumuler des résultats qu’à partir du XVIème siècle !

Que l’idée d’une différence entre l’Être et l’Univers ait sa source dans une croyance élaborée par l’homme de Neandertal (Homo neanderthalensis) devrait donner à penser à ceux des hommes qui prétendent réfléchir librement, sans accepter le joug de traditions quelconques. Que l’Être soit égal à l’Univers des galaxies et des étoiles, ou qu’il soit plus grand que lui, il est mystérieux et tragique. Peut-être, comme le pensait Démocrite il y a plus de deux millénaires, n’est-il formé que de particules. Peut-être, comme le pensent les religieux, contient-il autre chose ? Comment savoir ? Il me semble que l’étude critique de l’origine et de l’évolution des religions conduit au matérialisme, ce « quelque chose » qui distinguerait l’Être de l’Univers n’étant finalement qu’une manifestation de l’Espoir des humains, manifestation bien matérielle de l’instinct qui pousse tous les vivants à persévérer dans l’existence, et à rêver de vie éternelle.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

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Le scepticisme et le stoicisme indepassables

26 Août 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Scepticisme

Le scepticisme et le stoicisme indepassables

Il faut se rendre à l’évidence ! Vingt-six siècles de philosophie, depuis le glorieux fondateur Thalès de Milet jusqu’à nos jours déboussolés, n’ont pas conduit l’élite intellectuelle de l’Humanité (les masses se contentent des religions et des idéologies) à résoudre le problème de la Connaissance (gnoséologie) ni celui de l’Action (éthique). Nous ne savons pas ce que nous pouvons savoir, et nous ignorons ce que nous devons faire. C’est-à-dire qu’en matière de connaissance, nous ne sommes pas plus loin que le scepticisme de Pyrrhon d’Elis, qui fonde une école de philosophie à Athènes en 322 avant notre ère : les facultés intellectuelles de l’esprit humain sont insuffisantes pour connaître le tout du monde. C’est une détermination de ce que plus tard on appellera la finitude de l’homme : la connaissance absolue est absolument impossible. C’est-à-dire, aussi, qu’en matière d’action, de comportement (et donc de politique), nous ne savons pas s’il existe des « valeurs » qui s’imposent à nous pour nous donner des règles de vie : pouvons-nous accepter l’avortement, la peine de mort, les drogues, le burkini, l’ingénierie fiscale ? Nous n’avons qu’une seule certitude : les souffrances et la mort sont inéluctables. Nous ne pouvons que l’accepter, et tenter d’élaborer des règles de vie et de résignation pour orienter nos existences jusqu’à la fin inéluctable. Cela signifie que nous ne sommes pas plus loin que le stoïcisme de Zénon de Cittium, qui fonde une école de philosophie à Athènes en 301.

Est-ce à dire que la philosophie est inutile, qu’il ne faut pas « perdre son temps » à lire Aristote, Spinoza, Schopenhauer et Michel Onfray ? Je ne le pense pas. Il me semble même que l’étude de la philosophie nous apprend le doute, nous incite à user en toutes choses d’esprit critique, et à nous prémunir contre les objurgations des prophètes, les imprécations des prêtres, les espérances des idéologues, les rêves fallacieux (mais si consolateurs…) des poètes. La philosophie nous apprend à nous méfier des illusions, et à rejeter les fanatismes. C’est là, dans un tragique non-savoir, que se trouve « l’honneur de l’humanité ». Nous devrons nous en contenter.

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De l'idealisme au materialisme

18 Août 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Matérialisme

De l'idealisme au materialisme

La logique nous permet d’affirmer qu’il n’y a que deux ontologies possibles, le matérialisme et le non-matérialisme. Si l’on n’admet pas que cette alternative épuise les possibilités de la pensée philosophique, il vaut mieux s’occuper d’autre chose que de chercher à connaître les déterminations de l’Être ! Ou bien seule existe la matière, ou bien il existe la matière et autre chose, qui doit forcément être non-matérielle. Bien sûr, la notion un peu vague de « matière » doit être analysée jusqu’au niveau du concept, mais aussi vague soit-elle la notion de matière est « claire et distincte ». Est matière tout ce qui est de même nature que le corps humain (des os, du sang, des muscles), et en particulier tout ce qui est accessible par les sens (éventuellement aidés par une instrumentation forcément matérielle : microscopes, télescopes, etc.). L’unicité ontologique du corps humain (et plus largement du corps des êtres vivants) fait qu’il n’existe qu’une seule matière, et donc qu’un seul matérialisme. Mais il est possible d’envisager de nombreux non-matérialismes, selon les entités non-matérielles dont l’existence est admise. Par exemple, la religion hindouiste admet l’existence de nombreux dieux (de nature immatérielle), le christianisme admet l’existence d’un monde spirituel avec un dieu unique, des anges, des démons et les âmes (immatérielles) des hommes, le cartésianisme admet l’existence, à côté de la matière (appelée « étendue » par Descartes), de la pensée, etc.

Ainsi, le matérialisme est un monisme, les non-matérialismes sont des dualismes. On les appelle des idéalismes ou spiritualismes. Certains auteurs distinguent les idéalismes des spiritualismes, mais il s’agit toujours bien d’admettre l’existence autonome d’entités non-matérielles. Le terme « autonome » est indispensable. Les matérialistes acceptent évidemment l’existence de la pensée (sinon, comment philosopher ?), des idées, de la volonté, de l’inconscient, etc., mais il s’agit de réalités produites par la matière. Selon une formule, je crois, de Feuerbach, pour le matérialiste « c’est l’être qui produit la conscience, et pas la conscience qui produit l’être ».

Comment puis-je orienter mon travail d’étude et de réflexion pour pouvoir décider de la position à adopter ? Je remarquerai d’abord que si le matérialisme « a raison », cela revient à admettre que la philosophie coïncide avec la science, car alors l’Univers des physiciens, des astronomes et des biologistes coïncide avec l’Être (l’ensemble de tout ce qui existe vraiment). Même l’éthique et la politique dépendent alors de la science, puisque les « valeurs » ne sont pas ontologiquement autonomes par rapport à la matière (les idées d’humanité, de justice, etc., n’étant plus que des productions du système nerveux central).

Dois-je approfondir l’histoire de la philosophie, depuis le premier matérialiste (Thalès de Milet) jusqu’aux matérialistes contemporains (Badiou, Comte-Sponville, Quiniou, Onfray…) ? Dois-je par exemple réétudier en profondeur le « grand passage », vers 1840, en Allemagne, de l’idéalisme de Georg W.F. Hegel au matérialisme de Frédéric Engels et de Karl Marx ? Devrais-je relire, crayon en main, les œuvres de Friedrich von Schelling, d’Arthur Schopenhauer, de Max Stirner, de Bruno Bauer, de David Friedrich Strauss, de Jakob Friedrich Reiff, de Ludwig Feuerbach, de Friedrich Albert Lange ? L’érudition m’apportera-t-elle la grande réponse à la grande question de l’Être : y a-t-il une scission dans l’Être, ou le Réel coïncide-t-il parfaitement avec le Monde des scientifiques ? Les idéalismes, et notamment les religions, sont-ils des mystifications, sont-ils des productions des « facultés mentales » (l’activité du système nerveux) imaginées astucieusement par les forces biologiques pour rendre la vie supportable ? Je relis en ce moment L’essence du christianisme de Feuerbach, dans la traduction de 1968 de Jean-Pierre Osier. J’essaye de reconstituer la filiation des idées qui, avec les travaux de Reiff, de Feuerbach, d’Engels et finalement de Marx, conduisirent du schéma hégélien « l’Esprit fit apparaître la Nature » au schéma inverse du matérialisme « la Nature fit apparaître l’Esprit ».

En relisant ces grands penseurs, ces grands Allemands qui étudièrent avec le plus de profondeur et de subtilité la question de l’Être, rejetant dans l’archaïsme les pensées encore naïves et débutantes d’Anaxagore et de Platon, vais-je, un jour prochain, pouvoir me décider pour ou contre les idéalismes, et savoir enfin si j’ai une âme ? Et si Marx avait raison ?

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Sur le scepticisme philosophique

9 Août 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Scepticisme

Sur le scepticisme philosophique

La raison humaine n’est pas assez puissante pour connaître seule la totalité de l’Être, cela est difficilement contestable. C’est la position philosophique que l’on appelle « scepticisme », pour la première fois soutenue par Pyrrhon d’Elis (d’où « pyrrhonisme »), et peut-être déjà avant lui par les sophistes Protagoras d’Abdère et Gorgias de Léontium. Les textes manquent pour préciser ce point d’histoire. La raison humaine n’est qu’une partie du tout de l’Être, et comment la partie, munie de ses seules ressources (intelligence, mémoire, imagination, intuition), pourrait-elle atteindre le tout, qui la dépasse de toutes parts ? Il y a d’ailleurs un argument du scepticisme qui, pour sembler simpliste, est cependant imparable : il est impossible pour quiconque d’avoir lu tous les livres…

Mais si la raison des hommes est impuissante seule, elle peut se faire aider par l’observation et, mieux encore, par l’instrumentation. La pensée humaine est alors guidée dans certaines directions, elle est assistée dans ses choix, et elle peut même vérifier certaines de ses « idées ». Aussi vénérable soit la raison humaine, seule elle ne peut reconstruire le monde. Soutenue par l’observation à l’aide d’instruments de plus en plus sophistiqués, elle peut en connaître (et de mieux en mieux au cours de l’Histoire) les lois, et il est remarquable que ces lois soient de mieux en mieux vérifiées. Grâce à ses télescopes, l’astronome connaît de mieux en mieux les étoiles et, à l’aide de ses microscopes, le biologiste a inventorié les microbes les plus inattendus. La raison seule ne peut pas affirmer « Dieu existe », ni « Dieu n’existe pas », ni « tous les hommes sont égaux », et le scepticisme triomphe toujours des assertions uniquement « rationnelles » (c’est-à-dire basées sur l’exercice du raisonnement sans le concours de l’observation). Mais l’homme qui raisonne et qui observe est passé du doute à la certitude pour affirmer que « les électrons existent ». Il ne voit certes pas les électrons de manière immédiate, mais il utilise son ordinateur, son téléphone, son rasoir électrique (si du moins il se rase), bref toute une technologie basée sur l’existence des électrons, établie il y a un peu plus d’un siècle par Crookes, Thomson, Perrin et quelques autres. Le lecteur qui voudrait me contredire devrait aller jusqu’à nier l’existence d’Internet !

Ainsi l’Humanité s’est-elle tragiquement divisée en deux camps, en un dramatique face à face entre d’un côté le petit groupe des philosophes (animés par le doute) et des scientifiques (animés par l’expérience) et de l’autre côté la troupe immense des « croyants », animés par le respect (qui peut aller jusqu’au fanatisme et à la violence) de traditions invérifiées.

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Sur le Vrai et sur le Beau

7 Août 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Axiologie

On observe assez facilement que toute activité est un effort pour atteindre quelque chose de désirable, que j’appellerai une « valeur ». Cela correspond à l’observation quotidienne, naïve (je veux dire sans présupposés), ou, plus « scientifiquement », cela découle de la réflexion sur les activités « imaginées » (l’observation directe est évidemment impossible) des hominiens quand ils entreprirent de faire l’effort d’améliorer leur condition par la Technique, qui vise à atteindre l’Utile (l’Outil) – la valeur primordiale pour la perpétuation de l’existence. Ainsi la Technique, fondatrice d’humanité, peut être pensée comme un « effort pour éliminer, ou du moins atténuer, l’effort ». Quittant un moment le champ philosophique pour m’exprimer de manière « littéraire », je pourrais ajouter que la Démocratie, valeur promue haut et clair par les nations, est « un effort pour éliminer les forts »…

Toute activité a donc son but, cela me semble indiscutable. Le Divertissement a pour « valeur » l’Agréable (et aussi l’Oubli). L’Agriculture a pour valeur la Nourriture. La Manducation, la Satiété. La Science et la Philosophie, par des chemins différents, le Vrai. L’Art, le Beau. La Politique, la Sécurité des citoyens et l’Organisation des sociétés.

Certains auteurs, plus littérateurs que philosophes, appellent cela « Amour », et l’on peut dire en effet que le Divertissement est l’amour de l’Agréable, que la Technique est l’amour de l’Utile, la Technologie, l’amour de l’Efficace, la Science, l’amour du Vrai, l’Art, l’amour du Beau, et ainsi de suite.

Les cuistres, les pédants, les snobs et les gogos me diront que voilà une philosophie bien simple, voire simpliste, et il me citeront avec délectation l’un ou l’autre apophtegme de l’abondante production hégélo-husserlo-heideggério-gadamérienne, haussant la réflexion « au niveau » de la dialectique triadique ou de l’analytique existentiale. Mais si le but de la philosophie est le Vrai, et si le Vrai est certainement d’une complexité extrême et d’une difficulté abyssale, la philosophie est une activité de l’homme vivant, de l’homme concret qui d’abord a besoin de nourriture, d’outils, d’ordre et de beauté, et qui ne peut entreprendre sa réflexion (car il a besoin aussi de vérité) qu’à partir des humbles expériences (agréables ou douloureuses) de son vécu. Dans sa base concrète, la philosophie doit être simple et directe, compréhensible par « la ménagère de 50 ans », et doit se méfier des mystifications du verbalisme et des ratiocinations. Avant d’être un Dasein, ou « un être dans l’être duquel il est question de son être », un humain pénétré d’interrogations est d’abord José ou Isaac, Martine ou Mohamed, Françoise ou Bernard.

Avant d’être peut-être un « fils de Dieu » (d’après la Genèse), un « animal politique » (Aristote) ou une « passion inutile » (Sartre), ou « l’annonce du Surhomme » (Nietzsche), l’homme est d’abord un tube digestif, enfermé dans un sac de peau, dont une extrémité produit des paroles et l’autre des excréments. Et nombreux sont les humains qui ne produisent qu’à une extrémité du tube.

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Yvon Quiniou et le materialisme

29 Juillet 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Matérialisme

Je continue à travailler. C’est ainsi que je viens d’achever la lecture, avec délectation, du dernier livre d’Yvon Quiniou : Misère de la philosophie contemporaine, au regard du matérialisme (L’Harmattan, Paris, 258 pages). Il a publié d’autres livres bien intéressants, comme Athéisme et matérialisme aujourd’hui (2004), Critique de la religion, une imposture morale intellectuelle et politique (2014), et surtout un très utile Pour une approche critique de l’islam (2016), d’une très cruelle actualité. Quiniou est un philosophe français marxiste (j’allais écrire « français et donc marxiste » !). Je ne suis certes pas d’accord avec toutes ses positions, mais sa vigoureuse attaque de la dérive « littéraire » des philosophes contemporains les plus médiatisés rejoint tout à fait mes analyses, et je me réjouis qu’il soit encore possible, en France postmoderne, de publier des livres qui dénoncent la poudre jetée aux yeux de l’université (et donc des médias, et donc de l’opinion publique, et donc des politiciens développant un discours de pensée unique politiquement correcte), et qui déboulonnent les statues de ceux que René Pommier dénommait les « vaches sacrées ». Quiniou a choisi de critiquer en profondeur quatre de ces penseurs sacralisés par les prosternations médiatiques : Husserl, Heidegger, Foucault, Deleuze, mais il en cite quelques autres au passage, Henri Bergson, Jacques Lacan, Félix Guattari, Jacques Derrida…

Car en effet, le courant dominant et même dominateur (on a pu parler de « terrorisme intellectuel ») de la haute intelligence européo-américaine commence avec les travaux (très solides au départ) d’Edmond Husserl qui, au début du XXème siècle, entreprend de refonder la philosophie (après Kant, après Hegel, après Marx !) pour lui donner enfin le statut gnoséologique d’une science. Mais curieusement, le grand penseur allemand se détourne de la science en train de progresser de manière inouïe (évolution biologique, psychanalyse, sociologie, histoire comparée des religions, radioactivité, quanta…), et il fonde une logomachie amphigourique inextricable sous le nom impressionnant de « phénoménologie transcendantale », qui devient un irrationalisme stérile. Husserl a voulu faire de la philosophie une science en tournant le dos à la science en train d’accélérer ses progrès de façon pourtant spectaculaire ! Suivront les œuvres (aux qualités littéraires indiscutables, Quiniou le reconnaît volontiers) de Heidegger (les existentiaux), de Foucault (l’archéologie des savoirs), de Deleuze (le plan d’immanence), détricotées de façon rigoureuse.

Pour l’auteur, la philosophie doit désormais penser « théoriquement avec la science positive et repenser son objectif, sur la base matérialiste que la science impose » (pages 9 et 10). Nous ne saurions mieux dire, sinon que nous remplacerions la notion un peu vague de « science » par le concept « STI » (science-technologie-industrie), qui a l’avantage d’exprimer le lien épistémologique entre la recherche scientifique « pure », la technique et l’économie.

Le matérialisme, nous dit fort justement Quiniou, est « une conception moniste de l’Être qui affirme que l’unité réelle du monde consiste en sa matérialité et que celle-ci ne se prouve pas par quelques boniments de prestidigitateur, à savoir la spéculation (…) Cette conception du monde affirme par conséquent l’extériorité de la réalité matérielle par rapport à la conscience (…) et elle s’applique à la pensée humaine dont l’essence est considérée comme matérielle » (p. 32).

Au vrai, Yvon Quiniou s’en prend à l’idéalisme sans cesse renaissant dans l’histoire de la philosophie, et aux divers aspects de l’anti-science d’aujourd’hui, tels que l’épistémologie constructiviste.

Je voudrais citer de nombreux passages de ce beau livre, par exemple : « Pourquoi regretter que la science ne donne pas de sens à l’aventure humaine ? Il faut admettre que celle-ci est absurde en elle-même » (p. 137).

Et voici la conclusion : « La philosophie ne peut plus être ce qu’elle a prétendu être longtemps (…) un savoir immédiat de l’être à travers la simple réflexion. Les sciences, qu’elle avait incluses en elle, se sont détachées d’elle et ont révélé, ce faisant, que la réflexion n’avait aucun pouvoir cognitif, que cela plaise ou non à ceux qui en font profession et s’en enorgueillissent » (p. 253). Je le répète depuis longtemps : l’esprit humain ne peut avoir une prise sur le réel que par la combinaison du raisonnement et de l’observation, et celle-ci a besoin de l’instrumentation (donc de la technique) pour progresser. C’est l’instrument d’observation (et de mesure) qui donne ses pouvoirs à la science, et Husserl, Heidegger, Foucault et beaucoup d’autres ont voulu l’ignorer, dans l’orgueilleux mépris de cuistres, d’intellectuels « purs », ne voulant pas se salir les mains. Ainsi, plus la science étend ses conquêtes, plus des beaux parleurs la dédaignent, entraînant l’intelligentsia dans les méandres phraséologiques de leur pensée délirante, et transformant le sublime projet philosophique de connaissance en une simple et dérisoire entreprise littéraire. Ne pas s’étonner, alors, que les peuples « manquent de repères », et qu’il y ait « une crise dans la Civilisation » !

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Sur la dualite de l'humain

26 Juillet 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Anthropologie, #Philosophie

L’anthropologie nous montre que l’humain est habité par une dualité radicale, indissociable, qui se manifeste clairement à l’observation quotidienne : homme et femme (sexologie), jeune et vieux (gérontologie), bien-voyant et myope (ophtalmologie), lettreux et matheux (psychologie), équilibré et fou (psychiatrie), actif et passif (caractérologie), bien-portant et malade (médecine), civilisé et sauvage (ethnologie), sédentaire et nomade (géographie), riche et pauvre (économie)… J’ai indiqué entre parenthèses la discipline scientifique concernée par chaque couple oppositif. Cette dualité omniprésente dans les divers aspects du phénomène humain trouve vraisemblablement sa source dans la structure duale de « l’esprit humain » (c’est-à-dire l’ensemble des facultés mentales), avec ce qu’Emmanuel Kant appelait la sensibilité (die Sinnlichkeit) et l’intelligence (die Vernunft), avec ce que Blaise Pascal appelait « le cœur et la raison », avec ce que les Grecs appelaient pathos et logos

Il faut admettre que les progrès les plus récents de la neurobiologie retrouvent cette dualité dans le fonctionnement du système nerveux central, ce qui conduit à une interprétation matérialiste de la conscience et de l’Être (Démocrite, Epicure, Lucrèce, La Mettrie, Diderot, Marx, Lénine, Freud, Onfray…).

Cette dualité coupe en deux l’ensemble des productions culturelles, c’est-à-dire la Civilisation. D’un côté il y a (dans l’ordre d’apparition au sein de l’Humanité) la Musique, le Langage, la Poésie et les Mythes, l’Art…, qui sont des réalisations successives de la sensibilité, du sentiment (recherche de la Beauté : esthétique) ; de l’autre côté il y a la Philosophie et puis la Science, qui sont des réalisations successives de l’intelligence, de la raison (recherche du Vrai : épistémique). Nous avons développé dans d’autres travaux, plus achevés, cette double assertion que la Poésie est née du Langage (pendant le Paléolithique) et que la Science est née de la Philosophie (pendant la Renaissance).

Le Bien (éthique) sera-t-il l’heureuse rencontre réconciliante du Philosophe et du Poète, dans les retrouvailles apaisées du Réel et du Rêve ? Ou l’éthique n’est-elle, comme les dieux disparus des temps anciens, qu’un espoir impossible, qu’une grandiose illusion ?

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Qu'est-ce que la philosophie ?

25 Juillet 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

Qu'est-ce que la philosophie ?

Débarrassée de ses accoutrements d’érudition (souvent pédantesque), de rhétorique (pour tenter d’impressionner les non-philosophes) et de poudre aux yeux (pour frapper l’imagination des gogos), la philosophie est EXTREMEMENT simple, contrairement par exemple au droit constitutionnel, à la biologie moléculaire, à la codicologie ou à l’astrophysique !

La philosophie consiste simplement à se demander, avec sincérité et sagacité, d’où viennent et que valent les idées que nous avons « dans la tête », idées qui souvent orientent notre action. C’est ce qu’on appelle la « critique ». Car nous savons par la simple expérience de la vie quotidienne (pas besoin d’avoir lu Gilles Deleuze…) que nos idées peuvent être « vraies » (correspondant à la réalité) ou « fausses », les idées fausses provenant d’une erreur, d’une illusion ou d’un mensonge. Il n’est pas nécessaire de connaître les arcanes de la phénoménologie transcendantale (Husserl) ou les subtilités de l’analytique existentiale (Heidegger et puis Sartre) pour savoir que nos idées proviennent de nos observations, de nos raisonnements et des traditions transmises par notre entourage. Observation : je « pense » qu’il pleut parce que je vois des gouttes d’eau sur ma fenêtre. Raisonnement : je « pense » que douze et treize font vingt-cinq parce que j’ai raisonné à partir des propriétés des nombres (que je « connais » par de nombreuses observations, du genre « deux pommes et trois pommes font cinq pommes »). Tradition : je « pense » que Paris est la capitale de la France parce qu’on me l’a dit et répété dans ma famille, à l’école, dans des livres que j’ai lus, à la télévision, etc.

L’analyse la plus approfondie possible des observations, des raisonnements et des traditions constitue donc la base indispensable de la recherche philosophique, que les doctes appellent la « théorie de la connaissance » ou, mieux encore, « épistémologie » ou « gnoséologie ».

Les non-philosophes, qui forment la grande majorité de l’Humanité, acceptent un grand nombre d’idées sans avoir l’idée de les mettre en doute. Ainsi, nombreux sont les hommes qui admettent que la Terre est plate (observation), ou qu’après la pluie viendra le beau temps (raisonnement), et les idées religieuses ou politiques proviennent de traditions qu’il serait « sacrilège » de rejeter : les chrétiens ne doutent pas qu’il y a trois personnes en Dieu, les musulmans admettent (chez certains jusqu’au fanatisme) qu’Allah est grand, et les communistes acceptent les idées de Karl Marx, sans nécessairement l’avoir lu.

La philosophie accepte les résultats des observations et des raisonnements, mais après avoir déterminé les conditions d’une observation correcte et d’un raisonnement juste (les sciences expérimentales ont amplement montré que la pratique de l’observation – métrologie – et du raisonnement – logique – nécessite un long apprentissage).

Par contre, le philosophe rejette en bloc toutes les traditions, parce que douteuses et souvent contradictoires, et même les traditions philosophiques sont impitoyablement rediscutées. Il n’admet aucune vérité « révélée ».

Et donc la philosophie consiste à critiquer, à évaluer les idées les plus diverses, y compris les plus « sacrées » : que les chats noirs portent malheur, que le Soleil tourne autour de la Terre, que tous les hommes sont égaux, que l’homosexualité est une abomination, que Jupiter est le roi des dieux, qu’il faut instaurer la dictature du prolétariat, que l’âme humaine est immortelle, qu’il faut manger cinq fruits et légumes par jour, qu’il faut accorder les participes passés…

Sera donc philosophe celui qui aura l’idée de douter de ses convictions les plus profondes, de ses fois les plus sacrées, de ses assurances les plus vénérées. Le philosophe se méfie de toutes les prétendues vérités. Il pense par lui-même, sans accorder d’attention aux discours même les plus prestigieux.

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Les Belges et la philosophie

16 Juillet 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Belgique, #Philosophie

Les Belges et la philosophie

Il arrive parfois que je relise l'un ou l'autre passage de l'un ou l'autre de mes livres, et j'y prends même un scandaleux plaisir car, à tout prendre, je préfère ma prose explicite, précise et sereine à celles, inutilement obscures, alambiquées, vainement prétentieuses et ridiculement pédantesques d'un Edmond Husserl, d'un Martin Heidegger, ou même d'un Gilles Deleuze. Comme s'il fallait être amphigourique pour être "profond" ! C'est ainsi que hier, dans la soirée, je relisais, avec une joie présomptueuse et même carrément outrecuidante, la page 129 de mon ouvrage A quoi pensent les Belges ? publié en 2010 par les éditions Jourdan. J'y présentais l'ouvrage (publié en 1910) de Maurice De Wulf : Histoire de la philosophie en Belgique, un gros volume de 374 pages. Voilà ce que j'écrivais il y a quelques années - et mon appréciation sévère n'a pas changé: " Après tout, qu'est-ce que les Kant et les Platon et les Schopenhauer ont vraiment apporté à l'Humanité, par rapport à ce que lui ont donné le Belge Etienne Lenoir - le moteur qui équipera les autos et les avions, le Belge Zénobe Gramme - l'électricité, le Belge Ernest Solvay - l'industrialisation de la chimie, ou le Belge Adolphe Sax - les suaves et envoûtantes sonorités du saxophone ? ". Quelques années plus tard, je n'ai rien à modifier à ce texte, sinon peut-être que je remplacerais le mot "Belge" par le mot "Wallon".

Maurice Wulf, au terme de son enquête sérieusement érudite - il était professeur à l'Université de Louvain et disposait des richesses de la meilleure bibliothèque de Belgique -, formule sa conclusion de manière claire et distincte : " la Belgique n'a donné le jour à aucun philosophe de génie ". Cent ans plus tard, je crains bien n'avoir rien à ajouter à ce triste constat. La Belgique a donné le jour à de grands ingénieurs, fort nombreux, mais à très peu de penseurs systématiques. C'est peut-être parce que la Belgique est profondément imprégnée de christianisme (la seule université en Belgique, de 1426 à 1797, est l'Université Catholique de Louvain), que ses "intellectuels" n'ont pas su rejeter les traditions catholiques ou sont, pour la plupart, tombés dans les ornières modernes des socialismes, qui sont les résurgences sécularisées de la charité judéo-chrétienne. A quoi bon penser quand on trouve la Vérité dans les livres de Marc, de Matthieu, de Luc, de Jean et de Marx ?

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