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Jean C. Baudet

Articles avec #philosophie tag

Yvon Quiniou et le materialisme

29 Juillet 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Matérialisme

Je continue à travailler. C’est ainsi que je viens d’achever la lecture, avec délectation, du dernier livre d’Yvon Quiniou : Misère de la philosophie contemporaine, au regard du matérialisme (L’Harmattan, Paris, 258 pages). Il a publié d’autres livres bien intéressants, comme Athéisme et matérialisme aujourd’hui (2004), Critique de la religion, une imposture morale intellectuelle et politique (2014), et surtout un très utile Pour une approche critique de l’islam (2016), d’une très cruelle actualité. Quiniou est un philosophe français marxiste (j’allais écrire « français et donc marxiste » !). Je ne suis certes pas d’accord avec toutes ses positions, mais sa vigoureuse attaque de la dérive « littéraire » des philosophes contemporains les plus médiatisés rejoint tout à fait mes analyses, et je me réjouis qu’il soit encore possible, en France postmoderne, de publier des livres qui dénoncent la poudre jetée aux yeux de l’université (et donc des médias, et donc de l’opinion publique, et donc des politiciens développant un discours de pensée unique politiquement correcte), et qui déboulonnent les statues de ceux que René Pommier dénommait les « vaches sacrées ». Quiniou a choisi de critiquer en profondeur quatre de ces penseurs sacralisés par les prosternations médiatiques : Husserl, Heidegger, Foucault, Deleuze, mais il en cite quelques autres au passage, Henri Bergson, Jacques Lacan, Félix Guattari, Jacques Derrida…

Car en effet, le courant dominant et même dominateur (on a pu parler de « terrorisme intellectuel ») de la haute intelligence européo-américaine commence avec les travaux (très solides au départ) d’Edmond Husserl qui, au début du XXème siècle, entreprend de refonder la philosophie (après Kant, après Hegel, après Marx !) pour lui donner enfin le statut gnoséologique d’une science. Mais curieusement, le grand penseur allemand se détourne de la science en train de progresser de manière inouïe (évolution biologique, psychanalyse, sociologie, histoire comparée des religions, radioactivité, quanta…), et il fonde une logomachie amphigourique inextricable sous le nom impressionnant de « phénoménologie transcendantale », qui devient un irrationalisme stérile. Husserl a voulu faire de la philosophie une science en tournant le dos à la science en train d’accélérer ses progrès de façon pourtant spectaculaire ! Suivront les œuvres (aux qualités littéraires indiscutables, Quiniou le reconnaît volontiers) de Heidegger (les existentiaux), de Foucault (l’archéologie des savoirs), de Deleuze (le plan d’immanence), détricotées de façon rigoureuse.

Pour l’auteur, la philosophie doit désormais penser « théoriquement avec la science positive et repenser son objectif, sur la base matérialiste que la science impose » (pages 9 et 10). Nous ne saurions mieux dire, sinon que nous remplacerions la notion un peu vague de « science » par le concept « STI » (science-technologie-industrie), qui a l’avantage d’exprimer le lien épistémologique entre la recherche scientifique « pure », la technique et l’économie.

Le matérialisme, nous dit fort justement Quiniou, est « une conception moniste de l’Être qui affirme que l’unité réelle du monde consiste en sa matérialité et que celle-ci ne se prouve pas par quelques boniments de prestidigitateur, à savoir la spéculation (…) Cette conception du monde affirme par conséquent l’extériorité de la réalité matérielle par rapport à la conscience (…) et elle s’applique à la pensée humaine dont l’essence est considérée comme matérielle » (p. 32).

Au vrai, Yvon Quiniou s’en prend à l’idéalisme sans cesse renaissant dans l’histoire de la philosophie, et aux divers aspects de l’anti-science d’aujourd’hui, tels que l’épistémologie constructiviste.

Je voudrais citer de nombreux passages de ce beau livre, par exemple : « Pourquoi regretter que la science ne donne pas de sens à l’aventure humaine ? Il faut admettre que celle-ci est absurde en elle-même » (p. 137).

Et voici la conclusion : « La philosophie ne peut plus être ce qu’elle a prétendu être longtemps (…) un savoir immédiat de l’être à travers la simple réflexion. Les sciences, qu’elle avait incluses en elle, se sont détachées d’elle et ont révélé, ce faisant, que la réflexion n’avait aucun pouvoir cognitif, que cela plaise ou non à ceux qui en font profession et s’en enorgueillissent » (p. 253). Je le répète depuis longtemps : l’esprit humain ne peut avoir une prise sur le réel que par la combinaison du raisonnement et de l’observation, et celle-ci a besoin de l’instrumentation (donc de la technique) pour progresser. C’est l’instrument d’observation (et de mesure) qui donne ses pouvoirs à la science, et Husserl, Heidegger, Foucault et beaucoup d’autres ont voulu l’ignorer, dans l’orgueilleux mépris de cuistres, d’intellectuels « purs », ne voulant pas se salir les mains. Ainsi, plus la science étend ses conquêtes, plus des beaux parleurs la dédaignent, entraînant l’intelligentsia dans les méandres phraséologiques de leur pensée délirante, et transformant le sublime projet philosophique de connaissance en une simple et dérisoire entreprise littéraire. Ne pas s’étonner, alors, que les peuples « manquent de repères », et qu’il y ait « une crise dans la Civilisation » !

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Sur la dualite de l'humain

26 Juillet 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Anthropologie, #Philosophie

L’anthropologie nous montre que l’humain est habité par une dualité radicale, indissociable, qui se manifeste clairement à l’observation quotidienne : homme et femme (sexologie), jeune et vieux (gérontologie), bien-voyant et myope (ophtalmologie), lettreux et matheux (psychologie), équilibré et fou (psychiatrie), actif et passif (caractérologie), bien-portant et malade (médecine), civilisé et sauvage (ethnologie), sédentaire et nomade (géographie), riche et pauvre (économie)… J’ai indiqué entre parenthèses la discipline scientifique concernée par chaque couple oppositif. Cette dualité omniprésente dans les divers aspects du phénomène humain trouve vraisemblablement sa source dans la structure duale de « l’esprit humain » (c’est-à-dire l’ensemble des facultés mentales), avec ce qu’Emmanuel Kant appelait la sensibilité (die Sinnlichkeit) et l’intelligence (die Vernunft), avec ce que Blaise Pascal appelait « le cœur et la raison », avec ce que les Grecs appelaient pathos et logos

Il faut admettre que les progrès les plus récents de la neurobiologie retrouvent cette dualité dans le fonctionnement du système nerveux central, ce qui conduit à une interprétation matérialiste de la conscience et de l’Être (Démocrite, Epicure, Lucrèce, La Mettrie, Diderot, Marx, Lénine, Freud, Onfray…).

Cette dualité coupe en deux l’ensemble des productions culturelles, c’est-à-dire la Civilisation. D’un côté il y a (dans l’ordre d’apparition au sein de l’Humanité) la Musique, le Langage, la Poésie et les Mythes, l’Art…, qui sont des réalisations successives de la sensibilité, du sentiment (recherche de la Beauté : esthétique) ; de l’autre côté il y a la Philosophie et puis la Science, qui sont des réalisations successives de l’intelligence, de la raison (recherche du Vrai : épistémique). Nous avons développé dans d’autres travaux, plus achevés, cette double assertion que la Poésie est née du Langage (pendant le Paléolithique) et que la Science est née de la Philosophie (pendant la Renaissance).

Le Bien (éthique) sera-t-il l’heureuse rencontre réconciliante du Philosophe et du Poète, dans les retrouvailles apaisées du Réel et du Rêve ? Ou l’éthique n’est-elle, comme les dieux disparus des temps anciens, qu’un espoir impossible, qu’une grandiose illusion ?

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Qu'est-ce que la philosophie ?

25 Juillet 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

Qu'est-ce que la philosophie ?

Débarrassée de ses accoutrements d’érudition (souvent pédantesque), de rhétorique (pour tenter d’impressionner les non-philosophes) et de poudre aux yeux (pour frapper l’imagination des gogos), la philosophie est EXTREMEMENT simple, contrairement par exemple au droit constitutionnel, à la biologie moléculaire, à la codicologie ou à l’astrophysique !

La philosophie consiste simplement à se demander, avec sincérité et sagacité, d’où viennent et que valent les idées que nous avons « dans la tête », idées qui souvent orientent notre action. C’est ce qu’on appelle la « critique ». Car nous savons par la simple expérience de la vie quotidienne (pas besoin d’avoir lu Gilles Deleuze…) que nos idées peuvent être « vraies » (correspondant à la réalité) ou « fausses », les idées fausses provenant d’une erreur, d’une illusion ou d’un mensonge. Il n’est pas nécessaire de connaître les arcanes de la phénoménologie transcendantale (Husserl) ou les subtilités de l’analytique existentiale (Heidegger et puis Sartre) pour savoir que nos idées proviennent de nos observations, de nos raisonnements et des traditions transmises par notre entourage. Observation : je « pense » qu’il pleut parce que je vois des gouttes d’eau sur ma fenêtre. Raisonnement : je « pense » que douze et treize font vingt-cinq parce que j’ai raisonné à partir des propriétés des nombres (que je « connais » par de nombreuses observations, du genre « deux pommes et trois pommes font cinq pommes »). Tradition : je « pense » que Paris est la capitale de la France parce qu’on me l’a dit et répété dans ma famille, à l’école, dans des livres que j’ai lus, à la télévision, etc.

L’analyse la plus approfondie possible des observations, des raisonnements et des traditions constitue donc la base indispensable de la recherche philosophique, que les doctes appellent la « théorie de la connaissance » ou, mieux encore, « épistémologie » ou « gnoséologie ».

Les non-philosophes, qui forment la grande majorité de l’Humanité, acceptent un grand nombre d’idées sans avoir l’idée de les mettre en doute. Ainsi, nombreux sont les hommes qui admettent que la Terre est plate (observation), ou qu’après la pluie viendra le beau temps (raisonnement), et les idées religieuses ou politiques proviennent de traditions qu’il serait « sacrilège » de rejeter : les chrétiens ne doutent pas qu’il y a trois personnes en Dieu, les musulmans admettent (chez certains jusqu’au fanatisme) qu’Allah est grand, et les communistes acceptent les idées de Karl Marx, sans nécessairement l’avoir lu.

La philosophie accepte les résultats des observations et des raisonnements, mais après avoir déterminé les conditions d’une observation correcte et d’un raisonnement juste (les sciences expérimentales ont amplement montré que la pratique de l’observation – métrologie – et du raisonnement – logique – nécessite un long apprentissage).

Par contre, le philosophe rejette en bloc toutes les traditions, parce que douteuses et souvent contradictoires, et même les traditions philosophiques sont impitoyablement rediscutées. Il n’admet aucune vérité « révélée ».

Et donc la philosophie consiste à critiquer, à évaluer les idées les plus diverses, y compris les plus « sacrées » : que les chats noirs portent malheur, que le Soleil tourne autour de la Terre, que tous les hommes sont égaux, que l’homosexualité est une abomination, que Jupiter est le roi des dieux, qu’il faut instaurer la dictature du prolétariat, que l’âme humaine est immortelle, qu’il faut manger cinq fruits et légumes par jour, qu’il faut accorder les participes passés…

Sera donc philosophe celui qui aura l’idée de douter de ses convictions les plus profondes, de ses fois les plus sacrées, de ses assurances les plus vénérées. Le philosophe se méfie de toutes les prétendues vérités. Il pense par lui-même, sans accorder d’attention aux discours même les plus prestigieux.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Les Belges et la philosophie

16 Juillet 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Belgique, #Philosophie

Les Belges et la philosophie

Il arrive parfois que je relise l'un ou l'autre passage de l'un ou l'autre de mes livres, et j'y prends même un scandaleux plaisir car, à tout prendre, je préfère ma prose explicite, précise et sereine à celles, inutilement obscures, alambiquées, vainement prétentieuses et ridiculement pédantesques d'un Edmond Husserl, d'un Martin Heidegger, ou même d'un Gilles Deleuze. Comme s'il fallait être amphigourique pour être "profond" ! C'est ainsi que hier, dans la soirée, je relisais, avec une joie présomptueuse et même carrément outrecuidante, la page 129 de mon ouvrage A quoi pensent les Belges ? publié en 2010 par les éditions Jourdan. J'y présentais l'ouvrage (publié en 1910) de Maurice De Wulf : Histoire de la philosophie en Belgique, un gros volume de 374 pages. Voilà ce que j'écrivais il y a quelques années - et mon appréciation sévère n'a pas changé: " Après tout, qu'est-ce que les Kant et les Platon et les Schopenhauer ont vraiment apporté à l'Humanité, par rapport à ce que lui ont donné le Belge Etienne Lenoir - le moteur qui équipera les autos et les avions, le Belge Zénobe Gramme - l'électricité, le Belge Ernest Solvay - l'industrialisation de la chimie, ou le Belge Adolphe Sax - les suaves et envoûtantes sonorités du saxophone ? ". Quelques années plus tard, je n'ai rien à modifier à ce texte, sinon peut-être que je remplacerais le mot "Belge" par le mot "Wallon".

Maurice Wulf, au terme de son enquête sérieusement érudite - il était professeur à l'Université de Louvain et disposait des richesses de la meilleure bibliothèque de Belgique -, formule sa conclusion de manière claire et distincte : " la Belgique n'a donné le jour à aucun philosophe de génie ". Cent ans plus tard, je crains bien n'avoir rien à ajouter à ce triste constat. La Belgique a donné le jour à de grands ingénieurs, fort nombreux, mais à très peu de penseurs systématiques. C'est peut-être parce que la Belgique est profondément imprégnée de christianisme (la seule université en Belgique, de 1426 à 1797, est l'Université Catholique de Louvain), que ses "intellectuels" n'ont pas su rejeter les traditions catholiques ou sont, pour la plupart, tombés dans les ornières modernes des socialismes, qui sont les résurgences sécularisées de la charité judéo-chrétienne. A quoi bon penser quand on trouve la Vérité dans les livres de Marc, de Matthieu, de Luc, de Jean et de Marx ?

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Aux editions L'Harmattan

13 Juillet 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

Aux editions L'Harmattan

Mes livres publiés par les éditions L'Harmattan (Paris) sont encore disponibles. On les trouve rarement en rayons chez les libraires, étant donné la profusion d'ouvrages actuellement édités chaque année, ce qui empêche les libraires de conserver des montagnes d'ouvrages, mais il suffit de les commander. L'Harmattan a en effet adopté la production par POD (Print On Demand). Et la distribution est internationale, la maison L'Harmattan étant bien implantée dans la plupart des pays francophones.

Mes trois livres sont : Mathématique et vérité - Une philosophie du nombre ; Le Signe de l'humain - Une philosophie de la technique ; Une philosophie de la poésie.

Ces trois ouvrages abordent divers aspects de la théorie de la connaissance (épistémologie). J'ai publié une quarantaine d'autres livres chez les éditeurs suivants : APPS (Bruxelles), Vuibert (Paris), Jourdan (Bruxelles), La Boîte à Pandore (Paris).

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Renouvier, Kant et moi

12 Juillet 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Kantisme

Hier après-midi à la Bibliothèque Royale, à Bruxelles, au Mont des Arts, près de la Gare Centrale. Je prends connaissance des deux ouvrages posthumes du polytechnicien et philosophe français Charles Renouvier (1815-1903) : Critique de la doctrine de Kant (Félix Alcan, 1906) et Les principes de la nature (Armand Colin, 1912). C’était l’époque glorieuse où la petite fraction intelligente de l’Humanité inventait la psychanalyse (Freud), la sociologie « scientifique » (Durkheim), l’étude comparée des mythes (Frazer), la phénoménologie (Husserl), la psychologie expérimentale (Pavlov), la logique mathématique (Russell), la théorie des quanta (Planck), la théorie de la relativité (Einstein), la théorie chromosomique de l’hérédité (Sutton), et découvrait l’électron (Thomson), les rayons X (Röntgen), les rayons alpha, bêta et gamma (Rutherford)…

J’ai tenté de prendre quelques notes, mais je n’arrive plus à écrire lisiblement, ma main tremble et je ne peux dessiner que des lettres mal formées et minuscules. Voilà venus les prodromes de la dégénérescence neurologique ! Je ne peux presque plus écrire. Puis-je encore penser ? L’atteinte de mon système nerveux par le vieillissement annonce-t-elle la perte prochaine de ma faculté de conceptualiser ? Certes, je parviens encore à dactylographier. Mais pendant combien de temps ?

Renouvier, dans sa critique de l’œuvre de Kant, pose d’intéressantes questions, qu’à vrai dire Kant aurait dû se poser lui-même. Il a été pertinent (c’est de Kant qu’il s’agit) en tentant d’élaborer une analyse approfondie (et même « transcendantale » !) de la raison, c’est-à-dire de l’esprit humain. Si l’on veut résoudre le problème de la connaissance, il faut d’abord connaître les caractéristiques et performances de l’instrumentum qui permet à l’homme de savoir. Mais comment est-il possible que Kant, pourtant si subtil et pénétrant (et si lucide sur les limites de ses prédécesseurs), ait cru que la raison seule puisse découvrir les possibilités cognitives de la raison ? Comment n’a-t-il pas vu le cercle vicieux du projet de critiquer la raison par l’usage seul de la raison ? Certes, Kant dans son esthétique transcendantale met en évidence le rôle décisif de la sensibilité (die Sinnlichkeit) dans le processus qui mène la conscience de l’ignorance au savoir, mais il ne va pas assez loin dans son analyse, obnubilé qu’il est par la tradition universitaire de l’idéalisme. Car Kant (comme le mainstream de la philosophie depuis Platon) est encore englué, pour étudier les facultés mentales et la conscience, dans le schéma archaïque « corps et âme », hérité des religions. Il n’a pas vu que la raison seule (aussi « pure » soit-elle, et même du fait même de cette pureté) ne peut atteindre ce qui lui est extérieur (phénoménal aussi bien que nouménal) que par le truchement d’une entité de liaison entre la sensibilité et son extérieur. Pour nous, cette entité est la Technique, qui conduit à la possibilité de vérifier (ou de falsifier) les constructions thétiques de la raison. Successeur de Kant, Hegel développera un nouvel idéalisme, voyant dans l’Histoire l’aventure de l’Esprit. On sait que Marx rectifiera l’hégélianisme, en faisant des « moyens de production » le moteur de l’Histoire. C’est-à-dire la Technique des outils, des machines et des systèmes. Kant était contemporain de la machine à vapeur et des débuts du romantisme. Il a choisi le romantisme…

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La doctrine de Jean Baudet

10 Juillet 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

En décembre 2010, quand j’ai ouvert le présent blog, je n’avais pour projet que de remplacer mon Journal « papier » (que je tenais depuis février 1962) par l’enregistrement, au jour le jour, dans une mémoire informatique, des faits « intéressants » de mon existence et de l’avancement de mon travail philosophique. Je comptais bénéficier des avantages de l’électronique pour jalonner ma démarche de recherche par des éléments significatifs de mes observations et de mes raisonnements. Car philosopher, c’est faire des phrases, c’est évaluer en permanence la validité de ses « pensées » par la consistance phraséologique. Selon la belle expression de Sylvain Bolduc, c’est s’efforcer d’atteindre la « lucidité constructive » et construire, pour le philosophe, c’est toujours assembler des mots.

Mais, contrairement à mon Journal (où j’écris encore de temps en temps), mon blog est ouvert à tous, et il y a des Japonais, des Burundais, des Canadiens, des Arabes qui me lisent. J’ai enseigné la philosophie pendant quelques années, suffisamment pour savoir que la philosophie se communique difficilement, l’esprit philosophique étant la chose la moins répandue au monde. Je ne m’étonne donc pas de l’incompréhension de nombreux lecteurs, dont certains prennent mes hypothèses pour des affirmations et mes doutes pour des délires. La psychiatrie m’a enseigné que les imbéciles sont très nombreux, et le fait qu’ils sachent naviguer sur Internet ne les rend pas moins sots.

Heureusement, il n’y a pas que des imbéciles qui s’expriment dans les réseaux sociaux électroniques, et mon blog me donne l’occasion très appréciable de recevoir les commentaires intelligents de José Fontaine, de Steve Van Laer, de Syvain Bolduc déjà cité, de Philippe Leucks, de Philippe Lemoine, de Yoko Inagawa, de Martine Rouhart, de Daniel Otto, et de bien d’autres.

Rédigé de jour en jour, mon blog n’est bien sûr pas un exposé méthodique et cohérent du « baudetisme » (le ridicule de ce vocable convient assez bien pour exprimer le fond de ma pensée, qui se moque de tous les « systèmes », aussi honorés et vénérés soient-ils par les traditions universitaires : que nous apprennent vraiment le platonisme, le thomisme, le kantisme, l’hégélianisme ?). Dans les années 1980, j’ai proposé le terme « éditologie » pour désigner ma méthode de travail, basée sur deux « croyances », 1° la valeur heuristique de l’Histoire (un reste d’hégélianisme…), 2° le primat de la Technique pour le phénomène humain (une reformulation de l’axiome marxiste de l’importance structurante des « moyens de production »). L’éditologie est donc une épistémologie historique, une généalogie des systèmes de pensée, inspirée de Hegel, d’Auguste Comte, de Marx, de Léon Brunschvicg, de Gaston Bachelard… C’est un anti-idéalisme, un anti-humanisme, un anti-bavardage.

Quelle est alors – en ce jour de juillet 2016 – ma doctrine ? Enrichie des travaux grandioses des philosophes pendant plus de deux mille ans, ma pensée se résume par la formule magistrale de Socrate : « je sais que je ne sais rien ». Je « connais » le spinozisme, le kantisme, l’électromagnétisme de Maxwell, la relativité d’Einstein, la paléoanthropologie, la phénoménologie, je sais que les électrons existent et que les fantômes n’existent pas, mais j’ignore pourquoi il y a des électrons ! Ma doctrine peut s’appeler scepticisme.

Pourtant, malgré mon pessimisme cognitif – je pense que l’homme est un être-pour-ignorer – je poursuis ma recherche, et j’écrirai encore, sans doute, dans mon blog. L’éditologie m’a au mois appris qu’il existe deux grands systèmes de pensée, farouchement inconciliables (jusqu’au fanatisme des bûchers et des guerres saintes), qui sont le matérialisme et le non-matérialisme, celui-ci formant d’innombrables doctrines : les religions (avec des dieux immatériels), les idéologies (avec des valeurs non matérielles), de nombreuses philosophies (platonisme, cartésianisme, kantisme, etc.). Le matérialisme est unifié, le non-matérialisme se conjugue en de nombreux idéalismes. Lénine a écrit quelque part une définition géniale du matérialisme et de ses ennemis, en disant que, pour le matérialisme l’être détermine la conscience alors que pour les idéalismes c’est la conscience qui détermine l’être. L’ardeur et la hargne de certains idéalismes m’effrayent plus que les deux infinis de Pascal.

En somme, le « baudetisme » (sur mes cahiers j’écris ton nom) n’est qu’une ignorance réfléchie. Mais quel « isme » peut prétendre détenir la vérité ?

Je ne sais donc pas qui a raison, le matérialiste ou les idéalistes. Mais s’il fallait choisir, il me semble que le matérialisme rend mieux compte de l’état du monde et de la condition humaine. Il examine les choses comme elles paraissent, et peut-être comme elles sont. Au contraire, les idéalistes voient les choses comme ils aimeraient qu’elles soient. L’opposition entre le matérialisme et ses ennemis est peut-être le simple combat de l’intelligence lucide et du sentiment halluciné !

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Sur la profondeur et sur l'ethique

4 Juillet 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

Sur la profondeur et sur l'ethique

Le philosophe explore l'Être jusque dans ses plus lointaines profondeurs comme l'astronome observe l'Univers jusqu'à ses plus lointaines galaxies. Ainsi le Réel, dans ses profondeurs fondatrices, est-il inaccessible, et la vie pratique, notamment celle des politiciens et des réformateurs sociaux, est basée sur les sables mouvants des sentiments et de l'émotion. Le Bien et le Mal se déduisent des déterminations de l'Être, qui ne sont encore connues, après plus de deux mille ans de philosophie, que de manière très incomplète, et les penseurs les plus profonds ne peuvent proposer que des doutes. L'astronome dispose de télescopes de plus en plus puissants, de radiotélescopes toujours plus sensibles et de spectromètres toujours plus précis, mais le philosophe ne dispose que de sa sensibilité, sa mémoire, son imagination et son intelligence, ce que les psychologues appellent les "facultés mentales". L'esprit humain est une donnée du Réel, ce qui signifie qu'il est de même nature ontologique que "ce qui existe vraiment", mais cela ne garantit point la faculté de connaître, si l'on veut du moins aller "au fond des choses". Ainsi la définition programmatique de la philosophie en révèle-t-elle les limites et, dans l'absolu, seul le scepticisme est tenable.

L'homme, cependant, ne vit pas dans les étendues glacées de l'absolu. Il vit dans une situation donnée et contraignante, dans les préoccupations des instincts, des besoins, des désirs et des douleurs. C'est avec son corps qui l'accompagne et avec ses "semblables" qui l'entourent qu'il doit vivre et mourir. S'il est philosophe, c'est-à-dire s'il sait qu'il ne sait rien, et s'il connaît donc l'indigence des éthiques et des idéologies, il doit cependant se résoudre à vivre, et doit se doter d'une éthique - de règles de vie - qu'il lui faut construire sur la seule certitude de la souffrance et de la mort. L'édification d'une éthique devient ainsi la tâche des hommes, tâche à la fois sublime et dérisoire. Ainsi, après avoir fréquenté Husserl et Heidegger et avoir appris le doute systématique avec les hommes de pensée, faut-il revenir aux beaux discours des hommes d'action, et écouter sans trop d'illusion Valls ou Macron, Junker ou Obama, Mélenchon ou Juppé, et quelques autres, comme Bernard Guillaume à Schaerbeek ou comme Françoise Schepmans à Molenbeek.

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Le monde en 2016

29 Juin 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Politique

La surface de la planète Terre, à peu près partout du Nord au Sud, est souillée par les déjections de 1,3 milliard de Chinois, de 1,2 milliard d’Indiens, et de beaucoup d’autres, ce qui est une situation absolument inédite dans la longue histoire des hommes. Pour la première fois depuis des millions d’années, l’animal humain s’est répandu universellement, dans les étendues glacées des pôles comme dans les étouffantes forêts équatoriales. Cette novation inouïe s’accompagne d’une autre nouveauté, le développement extraordinaire de la Technique, qui s’est transformée en une Technologie époustouflante. Il est banal de remarquer que l’Humanité a pu exister et croître grâce à la Technique, et que la « mondialisation » est le résultat des possibilités de la Technologie : moyens de transport et de télécommunications. Cette aventure de l’Homme est la conséquence de l’intelligence de quelques humains, des techniciens puis des ingénieurs qui, au lieu d’adorer le monde comme les primitifs, au lieu de comprendre le monde comme les philosophes puis les savants, ont voulu comprendre le monde et devenir « maîtres et possesseurs de la nature » (René Descartes). Hegel croyait pouvoir interpréter l’Histoire comme l’évolution dialectique de l’Esprit. Mais qu’est-ce que l’Esprit – l’Esprit qui toujours nie – sinon l’intelligence technicienne capable d’établir un lien entre le moi et le non-moi, entre la conscience des besoins et des désirs et le monde des ressources et des limitations ? Marx l’avait bien compris en voyant dans les « moyens de production » le moteur de l’Histoire – de la multiplication des hommes – puisque ces « moyens » ne sont rien d’autre que la Technique devenant (par une transfiguration dialectique initiée par le développement de la Science) Technologie.

Mais, dès l’invention du premier outil, la Technique se révèle clivante, instituant une séparation radicale entre ceux qui possèdent l’outil, et ceux qui ne l’ont pas. En plus, elle se révèle limitée dans ses possibilités : elle ne peut pas satisfaire tous les besoins et tous les désirs. Malgré les avancées sensationnelles de la Technologie, l’homme est encore et toujours condamné aux souffrances physiques et aux chagrins.

En 2016, l’Humanité est devenue son propre problème, la multiplication des hommes s’accélérant plus que la multiplication des ressources. Coincée entre la lithosphère, l’hydrosphère et l’atmosphère, l’anthroposphère subit les conséquences de plus en plus dévastatrices du réchauffement climatique (tornades, inondations, feux de forêt…) et son accroissement même provoque des rencontres engendrant des conflits et des guerres.

L’Humanité est donc dans une situation radicalement nouvelle ! En effet ! Et alors ? Ne savons-nous pas, depuis bien longtemps, que « tous les hommes sont mortels » ? En attendant, il faut bien vivre, et autant bénéficier du confort des avions de l’Américain William E. Boeing, du plaisir des randonnées en voitures de l’Américain Henry Ford, de la somptuosité des illuminations électriques rendues possibles grâce aux lampes de l’Américain Thomas A. Edison, des plaisirs sexuels sans soucis grâce aux pilules de l’Américain Gregory G. Pincus, en buvant du coca-cola de l’Américain John S. Pemberton (mais je préfère le beaujolais), et en composant des poèmes avec un ordinateur des Américains Bill Hewlett et Dave Packard.

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Jean Baudet lecteur de Lenine

22 Juin 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Matérialisme

Voici quelques extraits du grand livre de Lénine, Matérialisme et empiriocriticisme (1909), ouvrage délicieusement énergique et joyeusement subversif, tout à fait d’actualité en ces temps de « retour du spirituel ».

« Nous avons observé (…) dans toutes les questions de philosophie (…) la lutte entre le matérialisme et l’idéalisme. Nous avons toujours trouvé, sans exception, derrière un amoncellement de nouvelles subtilités terminologiques, derrière le fatras d’une docte scolastique, deux tendances fondamentales, deux courants principaux, dans la manière de résoudre les questions philosophiques. Faut-il accorder la primauté à la nature, à la matière, au physique, à l’univers extérieur et considérer comme élément secondaire la conscience, l’esprit, la sensation, le psychique, etc., telle est la question capitale qui continue en réalité à diviser les philosophes en deux camps importants. La cause de milliers et de milliers d’erreurs et de confusions dans ce domaine, c’est que, sous l’apparence des termes, des définitions, des subterfuges scolastiques, des jongleries verbales, on n’aperçoit pas ces deux tendances fondamentales.

Le génie de Marx et d’Engels consiste précisément en ce que, pendant une très longue période – près d’un demi-siècle – ils s’employèrent à développer le matérialisme, à faire progresser une tendance fondamentale de la philosophie, sans s’attarder à ressasser les questions gnoséologiques déjà résolues (…) en balayant impitoyablement, comme des ordures, les bourdes, le galimatias emphatique et prétentieux, les innombrables tentatives de « découvrir » une nouvelle tendance en philosophie, une nouvelle direction, etc. Le caractère purement verbal des tentatives de ce genre, le jeu scolastique de nouveaux « ismes » philosophiques, l’obscurcissement du fond de la question par des artifices alambiqués, l’incapacité à comprendre et à bien se représenter la lutte de deux tendances fondamentales de la gnoséologie, c’est ce que Marx et Engels combattirent et pourchassèrent tout au long de leur activité.

(…)

La théorie matérialiste de la connaissance est une arme universelle contre la foi religieuse, non seulement contre le religion des curés, religion ordinaire, connue de tous, mais aussi contre la religion professorale, épurée et élevée, des idéalistes obnubilés. »

Du marxisme à l’éditologie il y a filiation, mais aussi dépassement, par élimination des résidus idéalistes qui altèrent le matérialisme « dialectique » (notamment la sacralisation du prolétariat), j’y reviendrai sans doute dans de prochains billets. Mais citons quelques auteurs du « galimatias emphatique et prétentieux » qui mériteraient d’être « balayés impitoyablement » : Husserl, Jaspers, Heidegger, Gadamer, Foucault, Ricoeur, Levinas, Deleuze, Badiou. La liste n’est pas complète, hélas.

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