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Jean C. Baudet

Articles avec #histoire tag

A propos de Winston Churchill

24 Août 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Politique

Hier, grande et belle soirée de télévision sur une chaîne française. Le flamboyant Stéphane Bern présentait avec enthousiasme une émission, magnifiquement documentée, consacrée à la vie et aux œuvres de Winston Churchill, citoyen britannique, officier intrépide, journaliste de talent, peintre très honorable, écrivain de génie, orateur incomparable, grand fumeur et buveur considérable, et surtout politicien habile, volontaire, lucide, courageux et intelligent. Churchill, à vrai dire, fut l’homme le plus remarquable du vingtième siècle, non seulement par les traits extraordinaires de sa personnalité, avec une perspicacité et une puissance de travail purement fantastiques, mais par les conséquences de ses décisions et de ses actes. Un homme est grand non par ce qu’il est, ni même par ce qu’il fait, mais par le résultat de son action sur la condition humaine. Je ne vois guère que des hommes comme Ernest Rutherford (le découvreur du noyau des atomes) ou comme James Watson (le découvreur de la structure moléculaire de l’ADN) ou comme Bill Gates (le pionnier de la microinformatique et de l’ordinateur pour tous) à égaler Churchill par les changements décisifs qu’ils apportèrent à la condition humaine. A moins que l’on ignore ce que la maîtrise de l’énergie nucléaire, le développement du génie génétique et Internet (vaste réseau d’ordinateurs « personnels ») ont modifié dans la condition de l’Humanité ! Churchill a su vaincre le nazisme et rendre la liberté aux Européens et, par voie de conséquence, aux peuples colonisés. En quoi les œuvres, pourtant si admirées, de Picasso, de Stravinsky, de Brigitte Bardot, de Marcel Proust, de Coluche, de Husserl, ont-elles changé la condition humaine ?

Certes, Winston Churchill, premier ministre du Royaume-Uni, n’a pas vaincu tout seul le national-socialisme ! Il fut, encore grandi par les circonstances, le chef admirable d’un peuple admirable, et l’Angleterre remporta la Victoire de 1945 avec le renfort des Américains, des nations du Commonwealth et de la France. De la France, du moins, du général de Gaulle.

Churchill a vaincu le fascisme noir de Mussolini et de Hitler, et il a vu, après avoir fini le job, que la réconciliation franco-allemande serait indispensable pour vaincre le fascisme rouge de Staline.

J’étais très impressionné, ému même, hier soir, en fermant mon poste de télévision après les dernières images de ce beau « sujet ». Je me disais qu’une Humanité où l’on rencontre des hommes comme Churchill, comme de Gaulle, comme aussi Rutherford, Watson, Gates et quelques autres héros de la pensée ou de l’action, n’est peut-être pas si méprisable. Mais y a-t-il encore des Churchill, au temps des Trump, des Clinton, des Hollande ? Après le fascisme noir, après le fascisme rouge, voici venu le temps du fascisme religieux qu’est l’islamisme. Trouvera-t-on un chef clairvoyant, comme Churchill, et un peuple courageux, comme les Britanniques de 1940, pour débarrasser l’Humanité de cette peste nouvelle ?

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Une histoire de la science

3 Août 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Science, #Histoire, #Gnoséologie

Une histoire de la science

Il y a quelques mois, je faisais paraître, aux éditions La Boîte à Pandore (Paris), un ouvrage de 317 pages intitulé Les plus grandes dates de la science. Il s’agissait de résumer l’histoire de la science de manière à faire apparaître la filiation des idées (observations, hypothèses, vérifications…) qui a conduit à l’impressionnant édifice de la science de ce début de XXIème siècle : la fuite des galaxies, la chimie des protéines, la biologie moléculaire, les quarks, etc., etc. Il s’agissait, plus radicalement encore, de voir comment ces millions de savoirs (la distance de la planète Mars, la longueur d’onde des ultraviolets, la vitesse de la lumière…) se sont agrégés en une connaissance cohérente, immense, extrêmement vaste (de l’infiniment petit des quarks et des gluons à l’infiniment grand des étoiles et des trous noirs), précise, spectaculairement complexe, et constamment vérifiée par l’efficacité de la technologie. Il s’agissait de comprendre comment l’Humanité (ou du moins une petite fraction de l’Humanité) est capable d’acquérir des savoirs. Car les créateurs effectifs de la science sont étonnamment peu nombreux, parmi des milliards d’hommes, et je n’en trouve, dans toute l’histoire, que quelques centaines : Démocrite, Aristote, Ptolémée, Copernic, Kepler, Galilée, Newton, Linné, Lavoisier, Volta, Oersted, Darwin, Einstein et les autres. Y compris une quarantaine de femmes (voir mon livre Les plus grandes femmes de la science).

Le mot « science » peut être compris dans un sens très large : savoir, connaissance, qu’il avait déjà dans l’Antiquité latine : scientia, avec pour synonymes cognitio et doctrina. Mais l’épistémologie donne au terme « science » un sens plus précis, bien déterminé, il ne s’agit pas d’un savoir quelconque (la « science du chauffeur de taxi »), mais d’un système de savoirs acquis selon une méthode particulière, intellectuellement très exigeante, que l’on appelle évidemment la « méthode scientifique ». Mes travaux d’histoire « des sciences » et la réflexion gnoséologique m’ont amené à définir la science comme une représentation discursive du réel acquise par la combinaison systématique d’observations à l’aide d’instruments (instrumentation : télescopes, microscopes, spectromètres…) et de raisonnements mathématisés, à l’exclusion de tout recours à des traditions ou à l’intuition. Je situe l’avènement de la science, au sens restreint du terme, en 1543, avec la publication du De revolutionibus orbium coelestium de Copernic. En tant que « système de pensée », la science s’oppose frontalement aux religions (par le rejet de toutes traditions prétendues sacrées), elle se distingue aussi de la philosophie et des idéologies, qui n’ont pas recours à l’instrumentation et ne peuvent dès lors pas vérifier leurs propositions.

Epistémologiquement et sociologiquement, la science fait partie d’un « continuum épistémique » que j’appelle STI, « science-technique-industrie », base intellectuelle de l’activité des laboratoires de recherche (S), des bureaux d’études (T) et des entreprises (I). La Civilisation est formée du couple STI et non-STI, communément appelée « culture », ou mieux « cultures », car il y a autant de cultures (musiques, mythes, idéologies, pratiques sociales…) qu’il y a de communautés distinctes. Il y a une seule STI, universelle, mais il y a des centaines de cultures, par exemple la culture anglaise et la culture écossaise. Le psychologue découvre facilement que la STI est une production de l’intelligence et que la culture est une production des sentiments : la production de théorèmes et celle de poèmes ne mettent pas en action les mêmes ressources mentales.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Propos sur le brexit

1 Juillet 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Politique, #Histoire

En 1914, la France a eu bien besoin de la Grande-Bretagne (et aussi des USA) pour repousser la menace du germanisme. En 1940, la France a eu bien besoin de la Grande-Bretagne (et aussi des USA) pour repousser la menace du nazisme. En 2016, la France et les autres pays d’Europe ont encore bien besoin de la Grande-Bretagne (et aussi des USA) pour repousser la menace de l’islamisme.

Mais ne nous attachons pas à des considérations militaires, et encore moins à de sordides préoccupations financières et commerciales « bassement matérielles », élevons-nous au niveau des idées, des concepts, des valeurs, de l’humanisme, de la culture et de la civilisation, et de « l’honneur de l’esprit humain ».

Pensons par nous-mêmes, écartant les mensonges et les sophismes des politiciens scélérats, trompeurs des peuples (si vertueux !). Que serait l’Europe, et que serait même l’Humanité, sans les Anglais, les Gallois, les Ecossais et les Irlandais – ou du moins sans certains d’entre eux ? Que serait la Civilisation (avec un C majuscule) sans le théâtre de Shakespeare, sans la musique de Haendel, sans l’empirisme de Francis Bacon, les logarithmes de John Napier et d’Henry Briggs, la circulation sanguine de William Harvey, le libéralisme de John Locke, la gravitation universelle et la mécanique céleste d’Isaac Newton, l’économie politique d’Adam Smith, la machine à vapeur de Thomas Newcomen et de James Watt, la locomotive de Richard Trevithick, l’atomisme de John Dalton, le télégraphe électrique de Charles Wheatstone, la théorie de l’évolution de Charles Darwin, l’électromagnétisme de James Clerk Maxwell, les romans d’Arthur Conan Doyle, le pneumatique de John Boyd Dunlop, la radio d'Oliver Lodge, la logique mathématique de George Boole et de Bertrand Russell, l’électron de Joseph J. Thomson, le proton d’Ernest Rutherford, les isotopes de Frederick Soddy, le neutron de James Chadwick ? Que serions-nous sans whisky, sans chapeau boule et sans parapluie, sans sandwiches, et surtout sans tennis et sans football ?

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Les elements de la Civilisation

15 Juin 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Science, #Technique

Les elements de la Civilisation

J’appelle « Civilisation » l’ensemble de tous les moyens conçus et développés par l’homme pour comprendre et maîtriser son environnement. Il s’agit d’inventions et de découvertes réalisées par l’esprit humain au cours de son évolution, dues à des individus créatifs situés dans des conditions socio-économiques favorables à la pensée libre. Ces innovations, extrêmement nombreuses, s’accumulent au cours de l’Histoire, mais certaines sont plus lourdes de conséquences que les autres. Il me semble, par exemple, que l’invention de la machine à vapeur fut plus déterminante que celle de la pince à linge. On trouvera ci-après un inventaire, évidemment incomplet, des inventions et découvertes les plus importantes, qui constituent les éléments les plus décisifs de la Civilisation, signalées dans l’ordre chronologique de leur apparition.

Le pays où est apparue chaque innovation est indiqué par son code ISO : AT (Autriche), BE (Belgique), GB (Grande-Bretagne), etc. Le lecteur s’amusera peut-être à chercher le nom des inventeurs.

Philosophie (GR), démocratie (GR), athéisme (GR), logique (GR), mathématique démonstrative (GR), algèbre (GR), bain-marie (GR), appareil à distiller (GR), imprimerie (1451, DE), héliocentrisme (1543, PL), lunette astronomique (1609, IT), physique mathématique (1610, IT), mécanique céleste (1619, DE), circulation sanguine (1628, GB), géométrie analytique (1637, FR), machine à calculer (1641, FR), baromètre (1644, IT), crème Chantilly (1661, FR), globules du sang (1665, IT), télescope (1668, GB), spermatozoïdes (1677, NL), gravitation universelle (1687, GB), analyse infinitésimale (1687, GB), sidérurgie au coke (1709, GB), navette volante (1733, GB), classification des êtres vivants (1735, SE), machine à vapeur (1765, GB), montgolfière (1783, FR), bateau à vapeur (1788, GB), chimie quantitative (1789, FR), guillotine (1789, FR), conserverie alimentaire (1790, FR), télégraphe optique (1791, FR), lithographie (1798, DE), pile électrique (1800, IT), électrolyse (1800, GB), atomisme expérimental (1803, GB), chemin de fer (1804, GB), kaléidoscope (1816, GB), socialisme (1817, FR), thermodynamique (1824, FR), photographie (1826, FR), sociologie (1830, FR), télégraphe électrique (1837, US), théorie cellulaire (1839, DE), saxophone (1842, FR), machine à écrire (1843, US), machine frigorifique (1844, US), anesthésie (1846, GB), logique symbolique (1847, GB), convertisseur d’aciérie (1856, GB), évolution biologique (1859, GB), analyse spectrale (1859, DE), équations de l’électromagnétisme (1865, GB), voiture automobile (1865, FR), classification des éléments chimiques (1869, RU), dynamo électrique (1869, FR), théorie des ensembles (1872, DE), téléphone (1876, US), lampe à incandescence (1878, US), phonographe (1878, US), effet photoélectrique (1887, DE), ondes électromagnétiques (1888, DE), avion (1890, FR), radiocommunication (1894, GB), électron (1894, IE), cinématographe (1895, FR), rayons X (1895, DE), psychanalyse (1896, AT), radioactivité (1896, FR), radium (1898, FR), phénoménologie transcendantale (1901, DE), jazz (1902, US), théorie chromosomique de l’hérédité (1902, US), relativité (1905, CH), mécanique quantique (1913, DK), radiodiffusion (1914, BE), réactions nucléaires (1919, GB), évolution de l’Univers (1927, BE), cinéma parlant (1927, US), télévision (1927, US), existentialisme (1927, DE), cyclotron (1930, US), microscope électronique (1931, DE), neutron (1932, GB), fission nucléaire (1939, DE), réacteur nucléaire (1942, US), ordinateur (1944, US), transistor (1947, US), structure des protéines (1951, US), structure de l’ADN (1953, GB), langage FORTRAN (1954, US), satellite artificiel (1957, RU), circuit intégré (1958, US), laser (1960, US), pilule contraceptive (1960, US), quarks (1964, US), décryptage du code génétique (1965, US), exploration de la Lune (1969, US), microprocesseur (1971, US), Internet (1973, US), ordinateur personnel (1981, US).

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Sur les connaissances humaines

1 Juin 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Science, #Epistémologie

Sur les connaissances humaines

Le brave Emmanuel Kant admirait, disait-il, deux choses : les étoiles au-dessus de sa tête et la loi morale dans son cœur. Pour ma part, ces deux « spectacles » m’indiffèrent, et d’ailleurs je ne trouve aucune injonction morale « dans mon cœur ». Mais ce que j’admire, jusqu’à la fascination, c’est l’immensité de la bêtise de tant d’hommes, d’une part, et la profondeur de l’intelligence humaine qui se manifeste dans les inventions et découvertes de si peu de chercheurs, d’autre part. A chacun ses admirations ! Je suis davantage impressionné par la découverte du boson de Higgs-Englert que par les petits points lumineux de la Grande Ourse, et si le bon Blaise Pascal était effrayé par les deux infinis de la grandeur et de la petitesse, je suis, moi, admiratif devant les deux extrêmes de la bêtise si répandue et de l’intelligence créatrice si rare.

Mais ces inventions et découvertes, dues à si peu d’hommes, comment furent-elles possibles ? C’est la question à laquelle tente de répondre l’épistémologie, la gnoséologie, la méthodologie, l’éditologie.

L’Humanité au sens large (espèces des genres Australopithecus, Ardipithecus, Homo et apparentés) existe depuis quelques millions d’années, et se distingue des autres groupes d’animaux par l’impressionnant développement du système nerveux central (encore faut-il que les êtres possédant un gros cerveau aient l’idée de s’en servir). Ce qui saute aux yeux de tous ceux qui étudient l’histoire de l’apparition et du développement des connaissances, c’est le contraste saisissant entre une très longue période où les connaissances, peu nombreuses, se développent très lentement, et une seconde période, très courte (quelques siècles), ou brusquement une invention ou une découverte fait comme exploser l’accumulation des savoirs. C’est comme si un ressort, tout à coup, se détendait, entraînant une profusion de nouvelles connaissances.

Prenons l’exemple de la connaissance de la « matière », de la substance des choses que l’on peut voir, sentir, toucher… Pendant des millions d’années, les seules connaissances dans ce domaine consistent à savoir distinguer les objets comestibles des non-comestibles, et les matériaux durs (certaines pierres) des substances molles ou friables, ne convenant pas pour la confection d’outils. La connaissance du cru et du cuit n’apparaît qu’avec la découverte de la maîtrise du feu et l’importante invention de la cuisine. Il faut entrer dans l’ère scripturale pour voir apparaître des idées générales sur la nature des choses, que l’on peut à la rigueur appeler des « théories », bien qu’elles soient fort naïves. Chez les Grecs, c’est la théorie des quatre éléments (Empédocle, vers 440 avant Jésus). Chez les Chinois, l’idée se développe de cinq éléments, sans qu’on puisse établir si ces idées apparurent indépendamment, ou s’il y eut une filiation conceptuelle (des Grecs vers la Chine ou des Chinois vers la Grèce ?). Tant chez les Chinois que chez les Hellènes, l’idée des éléments se perpétuera pendant des siècles sans susciter de quelconques progrès dans la connaissance de la matière. Il y aura bien l’apparition de l’hermétisme (alchimie) avec Zosime de Panopolis, la théorie des trois principes (mercure, soufre, sel) avec Paracelse, la théorie du phlogistique avec Stahl, ce sont des innovations (d’ailleurs fallacieuses) qui ne font pas progresser la connaissance de manière sensible. Mais en 1789, c’est la révolution ! Lavoisier publie son Traité élémentaire de chimie, et du jour au lendemain d’autres chercheurs adoptent les idées de l’auteur, et les résultats s’accumulent, avec Berthollet, Gay-Lussac, Dalton, Avogadro, Davy, Berzelius, et la chimie est née en tant que « science ». En deux siècles, on accumule des milliers de faits positifs, amplement vérifiés, c’est une véritable explosion de savoirs, et l’on connaît bientôt la matière jusqu’aux molécules, jusqu’aux atomes, jusqu’aux quarks et aux bosons !

Quelques philosophes ont bien étudié ce déclenchement soudain (et récent) du processus de progrès scientifique. Gaston Bachelard l’a appelé « franchissement d’un obstacle épistémologique », Thomas Kuhn « changement de paradigme », Alexandre Koyré « révolution galiléenne ». Chaque discipline scientifique, après une très longue préhistoire peu féconde, naît véritablement d’un événement relativement récent. C’est ainsi que l’astronomie devient « scientifique » et progresse de manière spectaculaire à partir de 1543 (Copernic, héliocentrisme) ou de 1610 (Galilée, lunette astronomique). La physique devient une science en 1610 (Galilée, chute des corps), la chimie en 1789 (Lavoisier), la biologie en 1839 (Schwann, théorie cellulaire).

C’est dire que l’étude de la pensée scientifique peut passer rapidement sur l’étude des étoiles avant 1543, sur l’étude des forces et des mouvements avant 1610, sur l’étude de la matière avant 1789, sur l’étude des êtres vivants avant 1839. La « science », c’est-à-dire la connaissance vérifiée (notamment par les applications techniques), a donc connu deux époques, une longue enfance (quelques millions d’années) et une maturité (quelques siècles). L’esprit scientifique n’apparaît qu’au XVIème siècle, et les expressions de « science grecque », « science babylonienne », etc., sont pour l’épistémologie des abus de langage.

Peut-on prévoir une troisième époque de la recherche intellectuelle, la déchéance et la mort ? L’écart grandissant entre les connaissances de ceux qui savent et celles de ceux qui ne savent pas engendre chez beaucoup un sentiment d’exclusion et un ressentiment qui vont jusqu’à développer des mouvements d’idées « anti-science ». Avec lesquels se mélangent l’obscurantisme et le fanatisme religieux qui progressent de jour en jour. C’est qu’il est difficile pour les hommes qui se croient fils des dieux d’admettre qu’ils habitent une petite planète perdue (1543) et qu’ils sont des bêtes comme le gorille ou le chacal (1839). Tout indique le retour des idées d’avant 1543 : un nouveau Moyen Âge !

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Pour une bibliographie du gnosticisme

25 Mai 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Religion, #Gnosticisme

Jusqu’à la moitié du XVIIIème siècle, les savants, les érudits, les philologues, les historiens n’ont disposé, pour étudier le gnosticisme, que des ouvrages (grecs ou latins) des pères de l’Eglise chrétienne, qui ne voyaient dans les gnostiques que d’abominables mécréants. On ne possédait aucune œuvre gnostique originale, les chrétiens ayant soigneusement détruit tout livre d’inspiration gnostique. Mais comme les théologiens du christianisme naissant les citaient souvent (avec horreur), on était en droit de supposer que les gnostiques représentaient un important courant religieux au temps de l’Empire romain.

Cette absence de sources authentiques dura jusqu’aux environs de 1755, quand le Britannique Anthony Askew fit l’acquisition d’un manuscrit (provenant d’Egypte) de 178 pages, le « Codex de Londres », qui contient un texte gnostique, sans nom d’auteur, intitulé Pistis Sophia (« Foi et sagesse »). Cet ouvrage aurait été rédigé vers 330 de l’ère chrétienne. Il rapporte notamment un dialogue entre Jésus et Marie Madeleine : le prophète juif révèle à sa disciple les secrets de la destinée humaine. La découverte de ce texte est à l’origine des élucubrations que des esprits imaginatifs développeront à propos des relations amoureuses de Jésus et de Marie de Magdala.

Quelques années plus tard, en 1773, un autre Britannique, James Bruce, fait en Egypte l’achat d’un manuscrit de 78 feuillets de papyrus (la « Collection d’Oxford »), qui contient deux ouvrages gnostiques, le Livre du grand traité initiatique et la Topographie céleste.

En 1896, l’Allemand Carl Schmidt achète, au Caire, un manuscrit que l’on appellera le « Papyrus de Berlin ». Il comporte quatre livres, l’Evangile selon Marie, le Livre des secrets de Jean, la Sagesse de Jésus et l’Acte de Pierre. Si bien que quand le XXème siècle commence, avec le développement de l’étude scientifique du fait religieux, l’on dispose d’un corpus restreint de sept textes, hélas non datés et sans noms d’auteur.

La situation va changer de manière spectaculaire à la fin de l’an 1945. On découvre en Haute- Egypte, à Nag Hammadi, une bibliothèque de treize codex rassemblant de nombreux textes gnostiques, actuellement conservés au Caire. La recherche sur les sectes gnostiques se développe considérablement. Une édition complète, en fac-similé, de tous ces textes est réalisée, avec l’aide de l’UNESCO, de 1972 à 1977.

En 1974, à l’initiative de Jacques E. Ménard, la Bibliothèque Copte de Nag Hammadi, BCNH, est fondée par l’Université Laval à Québec (Canada). La BCNH entreprend la traduction en français et l’édition des textes. Ce travail est actuellement achevé pour l’ensemble de la bibliothèque.

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Philippe Fleury et le gnosticisme

24 Mai 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Religion, #Gnosticisme

Philippe Fleury et le gnosticisme

L’histoire des religions est une intéressante et très instructive collection de fantasmes partagés socialement, qui très souvent conduisent au fanatisme d’une grande violence, montrant à quel point, dans les espèces humaines, Thanatos est proche d’Eros. Je viens de lire l’excellent petit ouvrage (107 pages), qui vient de paraître, du philosophe Philippe Fleury (professeur au Lycée de Nîmes) : Figures du gnosticisme (L’Harmattan, Paris).

Le gnosticisme fut un des courants religieux les plus importants du temps de l’Empire romain, assez mystérieux, d’une part parce que ses adeptes cultivaient l’ésotérisme et formaient des sectes plus ou moins secrètes, et d’autre part parce que les chrétiens, devenant dominants dans l’Empire, persécutaient cruellement les gnostiques, condamnant ces « hérétiques » et brûlant leurs livres, si bien que pendant des siècles l’érudition a dû se contenter, pour étudier ce phénomène religieux, des textes des pères de l’Eglise, adversaires résolus des gnostiques. La situation de la recherche scientifique a complètement changé en 1945, avec l’extraordinaire découverte de la bibliothèque de Nag Hammadi (en Egypte), comportant 13 cahiers renfermant de nombreux textes gnostiques. Ces ouvrages sont des textes dogmatiques et il ne s’y trouve que très peu d’informations historiques, si bien que l’on a actuellement une bonne documentation pour décrire les croyances gnostiques, mais que la chronologie (et donc la filiation des idées) reste largement méconnue. On n’est guère renseigné sur les biographies des fondateurs de sectes : Ménandre, Satornil, Carpocrate, Basilide, Valentin et les autres.

Le professeur Fleury ne propose donc pas une histoire du gnosticisme, mais a voulu résumer le contenu dogmatique des croyances relatives à la gnose, ce qui le conduit à une définition : « un dualisme anticosmique, eschatologique et sotériologique, basé sur une théologie apophatique et sur une anthropologie tripartite ». Pour les gnostiques, il existe deux mondes, le monde matériel (le Mal, œuvre du démiurge) et le monde céleste (le Bien). Et l’homme est formé de trois instances : le corps (soma), l’âme (psyché) et l’esprit (pneuma).

Philippe Fleury analyse très finement le dualisme gnostique par rapport au dualisme du mazdéisme perse, au dualisme judaïque (le créateur et les créatures), au dualisme de Platon et de Plotin. Peut-être n’a-t-il pas été assez loin dans sa déconstruction du gnosticisme. N’aurait-il pas dû reconnaître que le gnosticisme est une réaction de l’intelligence imaginative à la peur (le sentiment tragique de la vie), qui invente une ontologie duale pour disculper le divin de la responsabilité des souffrances « ici-bas », et à l’espoir (les lendemains qui chantent), qui invente un salut par la gnose ? Rechercher les sources psychologiques du gnosticisme ne conduirait-il pas à définir le marxisme comme un gnosticisme laïc, revenu sur terre, avec la dualité du prolétariat et du capitalisme, et le salut à la fin de la lutte des classes ?

J’ai, il n’y a guère, publié la synthèse de mes études du gnosticisme dans mon livre Histoire de la pensée de l’an un à l’an mil (Jourdan, Bruxelles).

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Une nouvelle histoire de la philosophie

28 Avril 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Histoire

Une nouvelle histoire de la philosophie

Voilà ! Mon dernier livre est paru ! Sous le titre Les plus grandes dates de la philosophie, je viens de faire publier, par les éditions La Boîte à Pandore (Paris), un ouvrage de 379 pages qui résume et explique l’histoire de la philosophie. Bien entendu, c’est une histoire « résumée », qui s’efforce de mettre en évidence les penseurs essentiels, ceux qui ont vraiment fait progresser la réflexion philosophique, depuis Thalès de Milet jusqu’à Michel Onfray. Il sera donc vain de me reprocher d’être « incomplet » (connaissez-vous une histoire « complète » de la philosophie ?), ou de me critiquer parce que j’ai « oublié » tel auteur obscur du Moyen Âge ou tel professeur, évidemment éminent, du Collège de France. C’est d’ailleurs le principal mérite du travail historique, de séparer l’essentiel de l’accessoire, et de retenir Auguste Comte, et de négliger Léon Ollé-Laprune. Car il s’agit non pas seulement d’aligner des dates et des noms, mais il fallait surtout montrer la filiation des idées, mettre à jour les mécanismes mentaux (négation, analogie, généralisation…) qui firent que l’on passe de Platon à Aristote, ou de Kant à Fichte puis à Hegel…

En fait, cet ouvrage est vraiment mon « dernier livre » car, prétextant l’objectif d’écrire une histoire de la philosophie, c’est-à-dire de la plus haute et plus exigeante pensée, il s’efforce également de proposer une synthèse de mes propres réflexions, qui m’ont amené à une hésitation indécidable entre le scepticisme (les sophistes et Pyrrhon) et le matérialisme (Spinoza, La Mettrie, Nietzsche…).

La « morale de l’histoire » ? Vers 600 avant notre ère, Thalès invente la philosophie, c’est-à-dire la pensée libre (le « libre examen » des choses et des valeurs), la pensée libérée des traditions religieuses, et la pratique philosophique s’arrête au début du Moyen Âge, sous les coups fanatiques et furieux du christianisme (et de l’islam). Les soi-disant « philosophes » médiévaux sont en fait des théologiens, sans exception, acceptant sans le moindre esprit critique les évangiles ou le Coran. La pratique de la philosophie reparaît, en terre chrétienne, au XVIème siècle, et se développe jusqu’à nos jours. Mais peut-être qu’un nouveau Moyen Âge se prépare, la pensée libre disparaissant bientôt sous les coups de l’islamisme. L’homo sapiens sera-t-il remplacé par l’homo credulus ?

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Propos sur la science

27 Avril 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Science, #Histoire

Propos sur la science

J’ai publié, de 1986 à ce jour, 31 livres concernant l’histoire de la science, de la technique et de l’industrie (STI), à quoi il convient d’ajouter, depuis 1969, de nombreux articles dans des revues spécialisées et des ouvrages collectifs. Toute cette production textuelle représente plusieurs milliers de pages imprimées, et constitue la base de mon travail philosophique. Car celui-ci s’est développé à partir d’une idée simple, à savoir l’unicité, l’universalité et l’efficacité de la science comme système de pensée, contrastant avec ce qu’il en est avec les « non-sciences » (littératures, mythes, religions, idéologies). On peut éventuellement contester la valeur de la science (encore que je vois mal un homme instruit s’opposer à l’héliocentrisme ou nier la circulation sanguine), mais on ne peut raisonnablement contester qu’elle est unifiée, qu’elle est devenue universelle (les savants de Corée du Nord utilisent les mêmes méthodes que ceux d’Afrique du Sud ou d’Iran) et qu’elle produit une technologie efficace, d’une efficacité tellement redoutable, même, que son utilisation pose de sérieux problèmes à l’Humanité.

Ces 31 livres ont été publiés par quatre éditeurs : APPS (Bruxelles), Vuibert (Paris), Jourdan (Bruxelles), La Boîte à Pandore (Paris).

Cette étude approfondie de la science, qui a examiné toutes les époques (de la Préhistoire à la fin du XXIème siècle) et toutes les disciplines (mathématiques, astronomie, physique, etc.), fut accompagnée par l’examen (moins extensif, il est vrai) d’autres systèmes de pensée : les littératures, les religions, la philosophie. Tout cela m’a conduit à devoir remarquer une succession dans le temps, correspondant au développement successif 1° des littératures, 2° des mythes, 3° des religions, 4° de la philosophie, 5° de la science, 6° de la technologie, et à me prononcer sur la valeur gnoséologique de ces formations discursives qui se suivent dans l’Histoire.

On en vient ainsi à devoir considérer que la science actuelle, presque entièrement mondialisée et pratiquée aussi bien en France que chez les Boliviens ou les Chinois, est comme un immense fleuve (des millions de textes décrivant des faits, des hypothèses, des théories) dont la lointaine source se trouve chez les Grecs, à Milet, en 600 avant notre ère ! A la « science grecque » (qui est plutôt une proto-science), se sont agrégés de nouveaux savoirs romains, indiens, arabes, européens (en Europe, en Amérique et dans le Commonwealth) et, à partir de l’extrême fin du XIXème siècle, japonais. Au siècle suivant, presque toutes les nations apportent leur contribution à la recherche scientifique et à la transmission de l’esprit scientifique.

Mais ne nous trompons pas ! Quand je dis « les Grecs », « les Japonais », il ne s’agit chaque fois que d’un très petit nombre de chercheurs, infime même par rapport à la population dont ils font partie. Tous les Japonais ne sont pas des Yukawa (ou des Toyoda, en technologie) et tous les Français ne sont pas des Lavoisier, des Pasteur, des Curie ou des Bourbaki. Utiliser l’histoire de la science, de la technique et de l’industrie pour alimenter un nationalisme serait pure sottise. Et je continue de me demander : pourquoi le Grec Thalès a-t-il inventé la philosophie (la recherche libre), et pourquoi, en 1543, le Bruxellois Vésale et le Polonais Copernic ont-ils inventé la science ? Est-ce que l’esprit scientifique souffle où il veut ?

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Quelles sont les sources de l'identite francaise ?

16 Avril 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #France

Quels sont les textes fondateurs de la culture française, et donc de l’identité des Français ? Quels sont les textes qui, radicalement, à la source même de la réciprocité des idées dans les régions « gauloises », ont créé l’esprit français, héritier comme on sait de la rationalité gréco-romaine, de l’éthique chrétienne et de la sombre mystique des Germains ? Car le Français d’aujourd’hui est, en couches de plus en plus profondes, germain (c’est-à-dire franc ou frank), chrétien, romain, grec. Ces strates idéologiques apparurent avant même la formation de la langue française, mais orientèrent fortement la vision du monde des Français pendant plusieurs siècles.

Il ne s’agit pas de repérer les œuvres les plus « belles », les chants les plus « désespérés », les ouvrages les plus « littéraires », mais d’identifier les textes qui ont forgé le génie français, la culture française, l’identité française, la manière française de penser singulièrement l’universel.

1637 : Discours de la méthode pour bien conduire sa raison, & chercher la vérité dans les sciences. Plus la dioptrique, les météores et la géométrie, qui sont des essais de cete méthode (René Descartes)

1674 : L’Art poétique (Nicolas Boileau)

1748 : De l’esprit des loix, ou du rapport que les lois doivent avoir avec la constitution de chaque gouvernement (Montesquieu)

1759 : Candide ou l’optimisme (Voltaire)

1789 : Traité élémentaire de chimie, présenté dans un ordre nouveau et d’après les découvertes modernes (Antoine-Laurent de Lavoisier)

1825 : Physiologie du goût, ou Méditations de gastronomie transcendante, ouvrage théorique, historique et à l’ordre du jour (Jean Anthelme Brillat-Savarin)

1840 : Qu’est-ce que la propriété ? ou Recherches sur le principe du droit et du gouvernement (Pierre Joseph Proudhon)

1844 : Les trois mousquetaires (Alexandre Dumas)

1863 : Vie de Jésus (Ernest Renan)

1865 : Introduction à l’étude de la médecine expérimentale (Claude Bernard)

1897 : Cyrano de Bergerac (Edmond Rostand)

1897 : Le suicide, étude de sociologie (Emile Durkheim)

1931 : Les aventures du commissaire Maigret (Georges Simenon)

1939 : Eléments de mathématique. Théorie des ensembles (Nicolas Bourbaki)

1939 : Pensées d’un biologiste (Jean Rostand)

1942 : L’étranger (Albert Camus)

1943 : L’être et le néant. Essai d’ontologie phénoménologique (Jean-Paul Sartre)

1946 : Paroles (Jacques Prévert)

1970 : Le hasard et la nécessité. Essai sur la philosophie naturelle de la biologie moderne (Jacques Monod)

1987 : La défaite de la pensée (Alain Finkielkraut)

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