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Jean C. Baudet

Articles avec #histoire tag

Histoire, epistemologie, ethique

20 Décembre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Ethique, #Histoire

Dans mon livre "Curieuses histoires de la Pensée" (Jourdan, Bruxelles, 601 pages), j'ai étudié l'origine des religions et de la philosophie. A la suite de mes travaux précédents d'épistémologie et d'histoire de la science et de la technique, cela m'a conduit à proposer une théorie de la connaissance, l'éditologie, considérant le savoir comme "édité", c'est-à-dire que l'élaboration de propositions sur le réel est d'ordre social (sémiologique, linguistique...) autant que de nature psychique. Quiconque pense, pense forcément avec les mots de sa tribu, et toute pensée est une réaction émotionnelle à l'hostilité de l'environnement, tant l'environnement "naturel" que la pression sociale. Ainsi le déclenchement de la pensée, chez les hominiens bien avant l'invention du langage, est-il la Peur, à l'origine de l'élaboration noétique de l'idée de Sacré. Ensuite, avec le langage viendront les mythes, puis avec la complexification de l'organisation sociale apparaîtront les religions et la violence (qui est l'essence même du Sacré). Avec l'invention de l'alphabet (voir la grammatologie de Derrida), un petit sous-ensemble de l'Humanité entreprend la critique des traditions religieuses et de l'idée même de Sacré : c'est l'invention de la philosophie, que l'érudition attribue aux Grecs de Milet Thalès et Anaximandre.

Disposant maintenant d'une épistémologie, je suis conduit à adopter une ontologie matérialiste (mais fortement nuancée de scepticisme). Le matérialisme récusant toute idée de "valeur", il me reste la tâche - peut-être impossible - de tenter de construire une éthique, c'est-à-dire des propositions pour "vivre ensemble", qui ne seraient pas les commandements d'un dieu caché. Car certes pour le matérialiste la vie humaine n'a guère plus d'importance que la vie des baleines bleues ou que celle des morpions, mais tout de même chaque homme (et il y en a 7,5 milliards !) a une espérance de vie de plusieurs décennies. Autant les passer dans la joie de vivre, dans le bonheur de la rencontre humaine rebaptisée convivialité. L'homme est une passion inutile. Mais c'est parfois une passion bien agréable.

Une vidéo de l'auteur :

https://www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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L'histoire des ingenieurs belges

19 Novembre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Technologie, #Belgique

L'histoire des ingenieurs belges

L'historiographie de la Belgique est très riche, et comporte de nombreux ouvrages sur les peintres belges, sur les princes et les princesses de Belgique, sur les politiciens belges, sur les écrivains belges, sur les chanteurs belges, sur les pédophiles belges, sur les dessinateurs belges de bandes dessinées, etc. Cependant, un peu de réflexion mène à comprendre que les Belges ne doivent pas leur existence aux peintres, aux princes, aux politiciens, aux écrivains ! Certes, Magritte, Léopold II, Paul-Henri Spaak, Verhaeren ont accompli, chacun dans leur domaine, des oeuvres gigantesques et admirables, mais la vie même des Belges dépend davantage des constructions matérielles (les routes, les ponts, des machines agricoles, des chemins de fer...) et de l'industrie, c'est-à-dire de la Technique, que des toiles de Rubens et de Matisse, ou des oeuvres d'Eugène Ysaye ou de Joseph Jongen ! Les ingénieurs ont "construit" la Belgique, donnant à son peuple eau potable, nourriture (ingénieurs agronomes) et infrastructures, les autres lui ont apporté des ornements (toiles peintes, récits captivants, discours politiciens...). Sartre le disait déjà : chez l'homme, l'existence précède l'essence. Avant de s'évader dans la littérature ou dans la musique, ou de s'adonner aux somptueux plaisirs de la recherche philosophique, l'homme (même le Belge) doit boire et manger. Le Belge a plus besoin de bière et de frites que de poésie, et l'on n'a ni frites ni bière sans ingénieurs... Le moteur de l'Histoire n'est pas la Culture, mais la Technique, les "moyens de production", et donc les ingénieurs. Marx le savait déjà.

J'ai donc consacré une partie de mes travaux d'épistémologie et d'histoire de la science à l'étude de l'évolution de la Technique et, très concrètement, j'ai publié trois livres sur les ingénieurs belges : Les ingénieurs belges (APPS, Bruxelles, 1986, épuisé), Histoire des sciences et de l'industrie en Belgique (Jourdan, Bruxelles), Les plus grands ingénieurs belges (La Boîte à Pandore, Paris).

Ces trois ouvrages constituent une contribution "matérialiste" à l'historiographie de la Belgique. Ils posent quelques graves questions, notamment celle-ci. La Belgique aura-t-elle suffisamment d'ingénieurs pour concevoir, réaliser et utiliser les moyens technologiques qui seront nécessaires pour affronter les défis de notre temps : énergies renouvelables, limitation des émissions de gaz à effet de serre, épuisement des ressources en métaux nécessaires pour les télécommunications, dispositifs de sécurité contre le terrorisme, le banditisme et la cybercriminalité, techniques de recyclage, médicaments adaptés aux nouvelles pathologies, méthodes de dépollution.

Une vidéo de l'auteur :

https://www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Les productions culturelles

11 Novembre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Histoire

Les productions culturelles

Les productions culturelles (intellectuelles) de l'Humanité, c'est-à-dire les produits de la Pensée, sont variées et leur analyse nécessite de les replacer dans le temps de l'Histoire, car elles ne sont pas apparues en même temps. L'étude de la préhistoire, de l'ethnographie et de la psychologie cognitive montre à l'évidence que le simple est antérieur au complexe : la doctrine "philosophique" des 4 éléments d'Empédocle est venue avant (vers 440 a.c.) le tableau "scientifique" des 64 éléments de Mendéléev (1869) !

On peut envisager la chronologie suivante, au cours du lent processus d'hominisation, puis au cours de l'évolution du genre Homo. Il y eut d'abord la Technique (invention de l'outil) et la Magie (qui ne sont pas distinctes au début), puis l'invention de la Musique et de la Danse, du Langage, des Mythes, de la Poésie. Il paraît difficile de nier qu'il a fallu disposer du langage avant de produire de la poésie.

Puis apparaît la Littérature, dont la Poésie est le composant principal (il est bien connu que, chez les peuples ayant accédé à l'expression littéraire, la versification a précédé la prose), puis apparaît l'Organisation politique, puis viennent les Religions (développement de certains mythes), puis le Calcul (sous la forme rudimentaire de la comptabilité), puis la Philosophie, puis la Logique, puis la Science, puis la Technologie, puis la Prise de conscience de la finitude de l'Homme (Martin Heidegger).

Ces productions, où l'on trouve de l'admirable et du sublime, vont se dissoudre dans les idéologies terroristes et disparaître : Thanatos est plus fort qu'Eros, et la haine et la destruction sont accessibles par tous les hommes, alors que la recherche et la construction ne sont le fait que d'individus trop rares. La Civilisation (Technique + Poésie + Philosophie + Science) est mortelle.

Beaucoup des inventeurs de ces productions sont inconnus, mais l'on sait que la philosophie fut inventée par Thalès, la logique par Aristote, la science par Copernic, Kepler et Galilée.

Une vidéo de l'auteur à la librairie Filigranes, à Bruxelles :

https://www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Isabelle Fable et les entreprises

5 Novembre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Technologie

Isabelle Fable et les entreprises

L'Association royale des Ecrivains et des Artistes de Wallonie (AREAW) organise, tous les premiers mercredis du mois, à l'Espace Wallonie à Bruxelles, une séance publique où l'on présente deux ou trois livres récemment parus. Ladite association est présidée par l'enthousiaste et infatigable Joseph Bodson.

C'est ainsi qu'hier soir l'AREAW présenta à un auditoire d'habitués mon dernier livre Les plus grandes entreprises (éditions La Boîte à Pandore). Je passai trois bons quarts d'heure à être interrogé par Isabelle Fable, poète, romancière, critique littéraire et secrétaire de l'AREAW. Lors de notre dialogue nous eûmes l'occasion, Isabelle et moi, d'aborder quelques questions qui me semblent importantes aujourd'hui, comme par exemple la distinction à faire entre la Technique (qui est de toujours, remontant aux origines mêmes de l'Humanité) et la Technologie (qui apparaît seulement à la fin du XVIIIème siècle, avec la Révolution industrielle en Grande-Bretagne).

Lors du débat qui a suivi mon interview, le philosophe Jacques Sojcher a rappelé la complexité du rapport entre les soucis éthiques et certaines conséquences de l'activité industrielle et du progrès technologique. Le poète Olivier Péhéo a d'autre part rappelé, fort judicieusement, qu'au début du XIXème siècle (quand donc commence le processus d'industrialisation), une importante partie de la population d'Europe souffrait d'une misère noire, et qu'il faut donc relativiser la vision devenue dominante (un certain Karl Marx...) d'une industrialisation conduisant à la paupérisation de la classe ouvrière.

Mon livre établit l'historique des 50 plus grandes entreprises industrielles du monde, montrant en particulier les rapports décisifs entre progrès scientifique, développement technologique et esprit d'entreprise. Ce n'est ni l'hagiographie des ingénieurs Siemens, Ford, Boeing et autres, ni l'apologie du capitalisme, mais c'est une réflexion sur la condition humaine. L'homme ne peut pas se passer d'industrie et donc d'entreprises, et cela d'autant plus qu'il y a croissance démographique. Car l'homme a besoin d'Art, de Musique et de Littérature, mais il a aussi besoin de son "pain quotidien", c'est-à-dire d'entreprises agro-alimentaires, d'entreprises de construction mécanique et d'entreprises de transport et de distribution. Ne serait-ce que pour procurer de simples houes aux paysans, il faut des entreprises sidérurgiques ! Et pour amener les aliments dans les villes, il faut des camions, des chemins de fer, des bateaux, des avions, c'est-à-dire encore des entreprises !

Une vidéo de l'auteur à la librairie Filigranes, à Bruxelles :

https://www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Sur l'evolution de la pensee

1 Novembre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Philosophie

Sur l'evolution de la pensee

Il est fascinant de constater que l'histoire de la pensée humaine est dominée par quatre inventions décisives, 1° la Technique, 2° la Philosophie, 3° la Science, 4° la Technologie. L'invention de la Technique correspond - il y a des millions d'années ! - à l'apparition même de l'Humanité, puisque c'est par la fabrication d'outils que l'homme se distingue de l'animal. L'invention de la Philosophie (c'est-à-dire de la pensée libérée des enfermements des traditions) date de 600 a.c. (Thalès de Milet, en Grèce). L'invention de la Science (c'est-à-dire de la recherche intellectuelle aidée par une instrumentation) a lieu entre 1543 (Copernic, Pologne) et 1610 (Galilée, Italie). L'invention de la Technologie (qui est la Technique rendue plus efficace par la Science) se passe entre 1765 (Watt, Grande-Bretagne) et 1800 (Volta, Italie). Trois "révolutions successives", que l'on peut appeler des "moments dialectiques" (Hegel), des "états successifs" (Comte), des "évolutions des moyens de production" (Marx), des "franchissements d'obstacles épistémologiques" (Bachelard), des "changements de paradigme" (Kuhn).

Ces inventions sont décisives, car elles ont modifié en profondeur la condition humaine, c'est-à-dire le rapport entre l'humain et l'Être. D'autres inventions culturelles sont certes importantes et provoquent notre admiration : la Peinture, la Musique, les Religions, la Danse... Mais elles n'ont pas bouleversé l'Humanité jusqu'en ses fondements, et elles restent morcelées. La Technique, la Philosophie, la Science et la Technologie sont unifiées, alors qu'il y a une diversité des Arts, des Religions, des Idéologies. Cette unification est la conséquence du caractère perfectible de ces quatre productions. Il n'y a pas de "progrès" des peintures des grottes de Lascaux aux toiles de Mondrian ou de Kandinsky, ni de Mozart à Thelonious Monk, l'idée de "progrès" ne s'applique pas aux productions artistiques ou idéologiques (quel progrès chez Baudelaire ou chez Cocteau par rapport à Villon ?). Il faudrait être singulièrement aveugle pour nier qu'il y a progrès dans la vision du monde d'Aristote (Philosophie) à Newton (Science), ou qu'il y a progrès du cheval blanc de Napoléon, comme véhicule, aux avions gros porteurs de Boeing ! La logique aristotélicienne, le tableau des éléments chimiques de Mendéléev, le téléphone portable et le moteur Diesel sont universels. On ne peut pas en dire autant des religions ou des choix vestimentaires.

Une vidéo de l'auteur à la librairie Filigranes, à Bruxelles :

https://www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Sur les controverses scientifiques

30 Octobre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Science, #Epistémologie

Sur les controverses scientifiques

Dans mon récent livre Les plus grandes controverses de l'histoire de la science (La Boîte à Pandore, Paris, 279 pages), j'étudie 22 controverses importantes du domaine scientifique, telles que la question du vide (avec notamment Descartes et Pascal), celle de la génération spontanée des êtres vivants, celle des "Martiens", celle de la dérive des continents, etc. Ces 22 études montrent chacune l'importance pour l'évolution progressive de la science de la négation (Hegel) et la pertinence du concept d'obstacle épistémologique (Bachelard). Chaque grand progrès scientifique résulte d'une opposition entre deux propositions thétiques complémentaires et de l'adoption d'une des deux thèses, celle qui est confortée par l'expérience rendue possible par la réalisation d'une instrumentation toujours plus performante. L'héliocentrisme l'emporte sur le géocentrisme grâce à la lunette astronomique mise au point par Galilée, la théorie du Big Bang l'emporte sur l'idée d'un Univers statique grâce au perfectionnement des spectromètres, etc.

Ces 22 études montrent surtout que la science, contrairement à d'autres "discours de vérité" (religions, idéologies), est foncièrement anti-dogmatique. Encore ne faut-il pas se laisser emporter par la tentation du relativisme total en proclamant "la fin des certitudes". Certes, la théorie du Big Bang ou la chromodynamique quantique ne sont que des ensembles d'hypothèses dont la validation expérimentale est encore insuffisante, et les biologistes n'ont pas encore découvert de manière irréfutable si l'homosexualité résulte d'un déterminisme génétique. Mais, soyez-en sûr, la Terre est ronde et n'est pas plate, les électrons existent, bien qu'ils soient invisibles, et les molécules d'ADN contiennent des atomes de phosphore. Cela est admis unanimement par la communauté scientifique internationale. Qui distingue clairement les controverses closes (plus personne ne s'oppose à l'atomisme) et les controverses encore présentes.On ne s'étonnera pas de constater que les controverses encore actives concernent surtout les "sciences humaines" : combien y a-t-il de taxons dans le genre Homo, comment se forment les mythes, etc.

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Histoire de la physique

1 Octobre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Physique, #Histoire

Histoire de la physique

La Physique est la plus formidable, la plus extraordinaire, la plus impressionnante réalisation de l'esprit humain. Non seulement elle rassemble dans un discours hautement sophistiqué (faisant appel au langage mathématique) d'innombrables savoirs vérifiés, mais elle fournit une description opératoire de l'Univers, jusque dans l'explication de ces phénomènes étonnants que sont la Vie et la Pensée, et elle est à l'origine de la Technologie.

La Physique est ainsi une source de réflexion incontournable pour le philosophe, dont les hypothèses épistémologiques doivent tenir compte des succès des physiciens. Pour comprendre comment la Physique "fonctionne", comment elle a été construite dans un mouvement de haute pensée multiséculaire, j'ai entrepris il y a quelques années l'étude critique de l'histoire de la Physique, véritable "noyau dur" de la Science. Soit dit en passant, c'est peut-être parce que Husserl a pris la Mathématique plutôt que la Physique comme point de départ de sa réflexion que la phénoménologie s'est enlisée dans le verbalisme et la logomachie.

J'ai donc publié, chez Vuibert (Paris), une histoire de la Physique en deux volumes (avant et après 1900) : Penser le monde (2006, 287 pages), Expliquer l'Univers (2008, 427 p.). Tout récemment, j'ai publié une nouvelle version de ce travail : Histoire de la Physique (Vuibert, 2015, 333 p.). Il s'agissait, en débarrassant mon exposé de détails dont seuls les spécialistes peuvent tirer profit, de faire apparaître le plus clairement possible le cheminement intellectuel des physiciens, et de mettre en évidence les particularités de l'esprit scientifique. Comment les hypothèses se forment, comment elles sont vérifiées ou rejetées, comment les théories se construisent, depuis l'encore naïve théorie des quatre éléments (de Thalès à Empédocle et Platon) jusqu'aux somptueuses doctrines en accord avec l'expérience que sont la Relativité, les Quanta, la Chromodynamique (particules élémentaires), l'Expansion de l'Univers... La Physique se révèle être la composante la plus solide (en 2015...) de la Civilisation, une des réalisations les plus admirables de l'espèce humaine, et parcourir son histoire est un régal pour l'intelligence.

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Histoire des mathématiques

27 Septembre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Mathématiques, #Histoire

Histoire des mathématiques

En 2002, j'ai publié, chez Vuibert (Paris), un "Nouvel Abrégé d'histoire des mathématiques" de 336 pages. Après plusieurs nouveaux tirages, l'éditeur et moi-même avons décidé de publier une refonte complète de cet ouvrage, qui est disponible désormais sous le titre simplifié "Histoire des mathématiques" (352 pages). L'histoire de la connaissance des formes (géométrie) et des nombres (arithmétique) est celle des plus admirables, des plus enthousiasmantes, des plus étonnantes réalisations de l'esprit humain. Des plus décisives et importantes aussi, car les mathématiques sont la source originaire de la science et de la technologie, dont l'impact sur l'Humanité est considérable.

J'ai ainsi étudié l'invention de la Logique par Aristote, de l'Axiomatique par Euclide, de l'Algèbre par Diophante, de la Géométrie analytique par Descartes, du Calcul différentiel par Newton, du Calcul intégral par Leibniz, de la Théorie des groupes par Galois, de la Géométrie non euclidienne par Lobatchevski, de la Géométrie à n dimensions par Cayley, des Quaternions et des Vecteurs par Hamilton, de la Topologie par Listing, de la Logistique par Boole et Frege, de la Théorie des ensembles par Cantor et Dedekind...

Prenant conscience de la profondeur et de la fécondité de ces constructions intellectuelles éblouissantes, nous sommes consternés de découvrir, notamment dans les propos de certains politiciens, à quel point les rudiments les plus élémentaires de l'arithmétique sont ignorés, non seulement par les masses populaires, mais également par certains qui ne doutent pas d'appartenir à une "élite". Ils ne savent pas encore, après deux mille cinq cents ans de progrès mathématique, que ce que l'on a donné à l'Un, on ne peut plus le donner à l'Autre !

Une vidéo de l'auteur à la librairie Filigranes, à Bruxelles :

https://www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Sur les Flamands et les Wallons

16 Septembre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Belgique

Sur les Flamands et les Wallons

Dans mon ouvrage A quoi pensent les Belges ? (Jourdan, Bruxelles, 361 pages), je propose une analyse de l’évolution de la vie « intellectuelle » en Belgique, pointant évidemment la question linguistique, puisque, en Belgique comme ailleurs, on pense avec les mots de la tribu. Lors de l’accès à l’indépendance des Belges, en 1830, ceux-ci parlent soit le français, soit des patois ou dialectes flamands, brabançons, limbourgeois, wallons, picards… En simplifiant, on peut nommer trois langues vernaculaires principales (français, flamand, wallon) et une langue véhiculaire (français). Donc trois communautés principales – française, flamande, wallonne –, si l’on veut bien entendre par « communauté » tout groupe humain dont les membres peuvent communiquer, grâce au partage d’un même idiome.

Voici un extrait de mon livre, où il est question de l’écrivain Eugène Baie (1874-1863), né à Anderlecht (Bruxelles), et plus particulièrement de son étude L’épopée flamande, parue en 1903.

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Dans cet ouvrage, l’auteur propose une relecture émue de l’histoire, pour assister à la formation de la Flandre, en remontant jusqu’aux temps préhistoriques, ce qui est justifié comme suit : « C’est pendant qu’un peuple se conforme à la brutale empreinte de son milieu d’élection que sa façon de sentir nous apparaît avec le plus de relief ». Et de conclure : « comme le Flamand s’est dégagé, peu à peu, du Conquistador germain, la Flandre s’est dégagée de l’océan ».

Les conceptions de Baie conduisent à une vision de la Belgique du début du XXe siècle diamétralement opposée à celle, par exemple, d’un Edmond Picard. « Définitivement », affirme Baie, « les petites civilisations de la Flandre, de la Wallonie et, en fin de compte, de la Néerlande avortent dans l’impossibilité où elles se trouvent de concilier leurs énergies ou de discerner les moyens d’y réussir ». Il y a décidément, ajoute-t-il, « dans les provinces belges, deux races entre lesquelles se consomme un irréductible divorce de mœurs, de caractères, de langues ». Et il précise : « de souche germanique, la race flamande virile, combative, réfléchie, conserve, de ses jours de splendeur, une langue et des traditions ; d’essence latine, la race wallonne laborieuse, versatile, prompte à l’enthousiasme, a trop souvent cédé aux dépens de ses intérêts à la générosité de ses impulsions émotives. Leur génie s’est d’ailleurs traduit différemment : l’énergie du Flamand, expansive et panthéiste, s’est figée sur la toile, en la violence du geste ; la frivolité du Wallon, imaginative et primesautière, accessible à toutes les subtilités élégantes des Latins, s’est énoncée musicalement en la grâce des fioritures. Des origines, des sensibilités (… diverses font que…) la constitution du pays est fondée sur une compétition d’intérêts ».

Une telle présentation peu nuancée des Flamands et des Wallons serait considérée aujourd’hui comme un « cliché ». Il est intéressant de savoir, me semble-t-il, que le cliché date de plus de cent ans.

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Les inventions qui changerent le monde

12 Septembre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Technique, #Science

Les inventions qui changerent le monde

Si l'on prend le terme "culture" dans son sens le plus large, il désigne l'ensemble des productions intellectuelles d'un groupe humain. Les productions matérielles ne se distinguent pas selon les groupes, tous les hommes produisant du gaz carbonique, de la sueur, de l'urine et des excréments. Exemples de productions intellectuelles ou culturelles : les chapeaux pointus des Chinois, les frites à la mayonnaise des Belges, les mosquées des musulmans, la poésie des diverses communautés linguistiques, la biologie moléculaire des Américains, la musique des compositeurs allemands, le structuralisme des intellectuels français freudo-marxistes... Pour déterminer si "toutes les cultures se valent", il faut donc comparer l'impact sur l'Humanité des diverses innovations nées au sein des diverses cultures. Dans mon livre Les plus grandes inventions (La Boîte à Pandore, Paris), j'ai étudié une centaine d'inventions et de découvertes suffisamment importantes pour avoir changé la condition de vie des hommes. On ne peut nier l'importance, pour la vie même des êtres humains, de la découverte de la domestication du feu, ou de l'invention d'Internet, ou de l'invention du chemin de fer.

Les innovations les plus décisives, celles qui contribuèrent au processus d'hominisation (passage très lent, et en fait inachevé, du passage de la bête à l'homme), sont les plus anciennes, et on ne connaît pas les inventeurs : outil, feu, langage, agriculture, écriture... Quant aux inventions les plus récentes, il faut bien admettre qu'elles furent faites en Europe, en Amérique du Nord et au Japon. Il est étonnant de remarquer que, pendant l'Antiquité, les Grecs inventèrent beaucoup et les Romains inventèrent fort peu. Par innovation, j'entends les inventions et découvertes scientifiques et techniques, les seules qui influencent les conditions de vie (c'est bien le cas de l'imprimerie, de l'avion, des antibiotiques, etc.). Les "innovations" artistiques et littéraires n'ont pas ce pouvoir de "changer le monde", et les inventions de la symphonie, de la peinture abstraite, de la prose poétique, du surréalisme, du dodécaphonisme, du roman policier, aussi admirables et surprenantes furent-elles, n'ont en rien changé la vie des gens.

Alors, pour savoir si "toutes les cultures se valent", il faut, débarrassé de tout préjugé, libéré de toute idéologie, évitant tout sentimentalisme, écouter sereinement les enseignements de l'Histoire.

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