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Jean C. Baudet

Articles récents

Metaphysique et biologie

23 Avril 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Métaphysique, #Biologie

Pour comprendre la condition humaine (connaître le « sens de l’existence »), et donc pour tenter de construire une éthique et de proposer un « projet de société », il importe évidemment de tenir compte du fait que l’être humain est un être vivant. Il s’agit de ne pas oublier que l’homme a un corps, dont les déterminations sont de mieux en mieux connues par la biologie qui ne cesse de préciser sa description de l’humain. Il faut lire Carl von Linné, Charles Darwin, Claude Bernard, James Watson, Jacques Monod, Christian De Duve et leurs nombreux successeurs. La biologie explique la vie comme une propriété de la matière (voir J.C. Baudet : Penser le Vivant, et du même : La Vie expliquée par la chimie).

Reste alors à savoir si la biologie, avec ses scalpels, ses microscopes et ses chromatographes, est capable de dire le tout de l’homme, ou si un réel non corporel, immatériel, méta-physique (c’est-à-dire, étymologiquement, sur-naturel) et donc extrasensoriel détermine transcendentalement la vie humaine, réel dont l’étude révèlerait de la métaphysique.

Je ne vois que deux positions tenables. Ou bien la vie humaine est exclusivement matérielle dans ses fondements, et la biologie est compétente pour en connaître les dispositions – c’est la position du matérialisme. L’homme est de même nature que les cailloux et que le sable. Ou bien l’homme est un corps matériel plus quelque chose – c’est la position des idéalismes.

Il est hautement significatif qu’il n’y ait qu’un matérialisme (la matière est la même pour tous), alors que l’histoire de la pensée nous montre une multitude d’idéalismes, selon ce qu’ils disent de ce quelque chose. Ces idéalismes, opposés les uns aux autres, sont les religions (christianisme, islam, déisme…) et les idéologies (humanisme, libéralisme, socialisme…). Voir J.C. Baudet : Curieuses histoires de la pensée, et du même : Histoire de la pensée.

Pour le matérialisme, qui trouve dans la biologie une description suffisante de l’être humain, la mort est la fin sans lendemain de l’existence. Les idéalismes admettent généralement qu’un quelque chose (valeur, âme, esprit…) subsiste après la mort corporelle.

Ainsi je pourrais dire, de manière sans doute un peu trop littéraire, que la biologie a pour objectif d’expliquer la Vie, quand la métaphysique a pour but d’expliquer la Mort.

Pour le matérialiste, l’homme n’est qu’un tube digestif nanti de quelques organes périphériques, vivant en société comme les abeilles et les gorilles.

Pour l’idéaliste, l’homme est un tube digestif ayant une « valeur », souvent considérée comme « sacrée », capable de composer des sonates, des symphonies et des poèmes, à même d’inventer la biologie moléculaire et les nanotechnologies, en mesure d’édifier les camps d’extermination du Goulag et de massacrer d’autres tubes digestifs au nom d’Allah.

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Bibliographie de Jean Baudet

19 Avril 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Biographie, #Littérature

De 1969 à nos jours, j’ai publié un ouvrage de biologie végétale, un roman, deux recueils de poésie et 40 livres, soit de philosophie, soit d’histoire des systèmes de pensée (religion, philosophie, science), sans compter plusieurs centaines d’articles et de poèmes.

Mais mon œuvre n’est pas achevée, et j’édite encore, dans ce blog (depuis 2010), de courts textes qui constituent comme les pages d’un « journal intime » dévoilées au public (aléatoire et improbable), qui donnent, au jour le jour, le récit d’un voyage métaphysique qui est une descente aux Enfers, un lent dévoilement de l’Être qui est comme un obscène strip-tease de la Mort, un cheminement vers la Souffrance ultime et vers le Néant.

Je ne tente plus guère d’orner des fleurs de la poésie et de la rhétorique les résultats désolants de ma recherche, et je n’offre pas à mes lecteurs des pensées roboratives, des alignements de concepts parégoriques et des conseils de bonheur. Mais j’écris encore, je confectionne encore des guirlandes de mots avec les termes de mes observations introspectives et de mes raisonnements ontologiques, je continue encore de communiquer à des lecteurs disparates (qui n’ont en commun que de savoir lire le français) les fruits amers de mes investigations. Je passe, jour après jour, en construisant des phrases comme un enfant édifiant un éphémère château de sable sur une plage ensoleillée, de l’Être au Néant, et tout en écrivant je me méfie de la littérature, qui est un cache-misère, un fatras charmeur de rêveries sentimentales, un paradis artificiel (Baudelaire), un alcool (Apollinaire), une tentation d’exister (Cioran), de dérisoires illuminations (Rimbaud).

Mais peut-être y a-t-il une « valeur », un « sens », une « espérance », dans cet acharnement à penser, à écrire et à partager mes doutes avec des hommes et des femmes que je connais, et avec d’autres que je ne connais pas : « frères humains », disait Villon…

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Des nouvelles de Jean Baudet

17 Avril 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Biographie

Cela fait maintenant plusieurs mois que je ne sors plus. Je me promène, chaque jour, de ma chambre à ma bibliothèque, et je vais quelquefois dans mon jardin (aujourd’hui, le lilas est en fleurs). Je ne me rends plus aux réunions de l’Association des Ecrivains Belges (AEB), de l’Association Royale des Ecrivains et des Artistes de Wallonie (AREAW), du Centre National belge d’Histoire des Sciences (CNHS), de l’Association des Journalistes Périodiques Belges et Etrangers (AJPBE), et d’autres groupements similaires. Je ne pousserai sans doute plus jamais la lourde porte de la Maison des Ecrivains, chaussée de Wavre, à Ixelles, et je ne déambulerai plus dans les vastes couloirs de la Bibliothèque Royale (siège du CNHS).

Le temps a fait son œuvre, et je commence à m’éteindre. Je ne verrai plus mes amis. Déjà, je n’écris plus « à la main », mais j’arrive encore à dactylographier sur le clavier de mon ordinateur, et j’alimente ce blog avec les fruits vénéneux de ma pensée. Car je pense encore, tant que je suis.

Parfois, il arrive que je reçoive un courrier électronique d’un écrivain, d’un historien des sciences, d’un journaliste, me demandant de mes nouvelles. J’avoue que cela me procure un certain plaisir, et me plonge dans les charmes magiques de la nostalgie.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Propos sur les entreprises

9 Avril 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Economie, #Technologie

L’Humanité est formée d’hommes et de femmes qui ont des besoins. Ceci est une base de réflexion qui me semble incontournable si l’on veut analyser la condition humaine. Pour satisfaire ces besoins, il faut des biens et des services. Voilà un premier pas dans mon raisonnement qui me semble également exact. Pour produire et pour distribuer ces biens et ces services, il faut des entreprises de production, de transport et de commercialisation. Comment le nier ? Pour créer des entreprises, il ne faut pas nécessairement des ouvriers (robotisation), ni des employés (informatisation), ni même des cadres (intelligence artificielle). Mais il faut impérativement des entrepreneurs (le patronat), des capitaux (les banques et les actionnaires) et des clients solvables (les marchés). Voilà ce que nous enseigne l’histoire économique depuis le XVIIIème siècle, quand eut lieu, en Grande-Bretagne, la Révolution industrielle, qui fut le passage de la Technique à la Technologie (c’est-à-dire de l’empirisme à la rationalité). De 1979 à 1996, quand j’éditais le magazine Ingénieur et Industrie, j’ai pu observer dans le détail ce remplacement inéluctable des ouvriers par la Machine et des employés par l’Ordinateur. J’ai vu disparaître, jour après jour, des milliers d’emplois (Cockerill, MBLE, ACEC…). Aujourd’hui, le processus de désouvriérisation de l’économie continue. L’usine d’ordinateurs et de robots sans main-d’œuvre est devenue une réalité. Les dirigeants politiques feraient bien de tenir compte de cette réalité pour « inverser la courbe du chômage ».

Karl Marx a bien vu que les « moyens de production » (la Technique, et donc le Capital) étaient le moteur de l’Histoire, mais il n’est pas arrivé à comprendre que le passage de la Technique à la Technologie – qui avait lieu sous ses yeux – allait faire disparaître (ou du moins amenuiser fortement) le prolétariat. D’abord les ouvriers sans qualification furent remplacés par les machines, puis les ouvriers qualifiés, les techniciens, et même une partie des ingénieurs furent remplacés par l’automatisation et puis par la digitalisation.

Il est évident que mon propos n’est pas une analyse complète de la situation économique en 2017. Pour se risquer à des considérations prospectives, il convient encore de tenir compte de l’explosion démographique, et de l’évolution des courants de pensée. Mais comment ne pas admettre que si la Technique a fondé l’Humanité (l’invention de l’outil fait sortir l’homme de la condition animale), la Technologie est en train de bouleverser toutes ses « valeurs » ?

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La philosophie, la psychologie et l'histoire

6 Avril 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

Je l’ai déjà dit dans ce blog, il faudra, un jour, pour comprendre l’Être (et donc les discours sur l’Être), croiser les résultats de deux disciplines : l’Histoire des systèmes de pensée, et la Psychologie. L’Histoire nous permet d’observer comment les idées se transmettent et se transforment au cours du temps, quand la Psychologie se donne pour objectif de déterminer comment les idées se forment dans l’esprit humain. L’Histoire des systèmes de pensée utilise aujourd’hui la méthode qu’elle utilisait déjà, il y a plus de deux mille ans, peu de temps après l’invention de la philosophie. Il s’agit de lire et de comparer les textes, accessibles grâce à l’édition (d’où l’éditologie). On ne voit pas de nouvelle méthode à venir qui bouleverserait la manière d’étudier les textes, et les émules d’Emile Bréhier travailleront encore longtemps en lisant des livres, comme le faisaient déjà Platon au temps de l’Académie, et Aristote après lui. Par contre, la Psychologie connaît depuis quelques décennies les grandes révolutions des « neurosciences » et de l’intelligence artificielle, qui auront sans doute pour l’Humanité qui pense des conséquences plus décisives encore que la révolution copernicienne pour l’astronomie ou la révolution darwinienne pour la biologie.

En tout cas, ce que nous ont appris jusqu’ici tant la Psychologie que l’Histoire, c’est que l’évolution des idées procède par dichotomies successives, car à toute idée « A » correspond, tôt ou tard, l’idée « non-A ». L’évolution de la haute pensée n’est qu’une suite d’oppositions, et Démocrite s’oppose à Empédocle, Aristote à Platon, Spinoza à Descartes, etc. Et les études psychologiques montrent également des dualités permanentes dans l’esprit humain, et notamment l’opposition profonde et constante entre ceux qui développent leurs idées sous l’empire de la raison (les facultés intellectives) et ceux qui pensent dirigés par le cœur (les facultés affectives). L’on pourrait même, ici, aller jusqu’à réactiver la vieille doctrine chinoise du yin et du yang, et opposer la pensée rationnelle de l’éternel masculin à la pensée sentimentale de l’éternel féminin. Les oppositions structurent en effet clairement l’évolution de la philosophie : rationalisme et mysticisme, matérialisme et idéalisme, scepticisme et dogmatisme, différencialisme et égalitarisme, athéisme et théisme (ou déisme), etc. Mais je n’ai évidemment pas dit que les hommes sont tous rationnels et que les femmes sont toutes mystiques !

Bientôt, les ingénieurs psychoticiens construiront des robots différenciés, à l’intelligence artificielle « masculine » ou « féminine ». Peut-être s’agira-t-il alors de faire la synthèse de leurs « esprits », par copulation gnoséologique, pour qu’apparaissent les nouvelles idées non-encore-aperçues qui permettront à l’Humanité, réconciliée avec les différences sexuelles, de comprendre enfin l’Être dans toutes ses déterminations ?

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Pourquoi j'ecris encore

1 Avril 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Biographie

J’ai créé le présent blog en décembre 2010, et j’y ai publié, jusqu’à ce jour, 864 articles : billets d’humeur, commentaires de l’actualité, critiques de livres, poèmes, et résultats (toujours provisoires) de mon travail philosophique. Celui-ci, fait de réflexions introspectives et de nombreuses lectures, m’a conduit, en ontologie, au matérialisme – comme Spinoza en 1677 – et, en gnoséologie, au scepticisme – comme Kant en 1781. Tout cela mène au nihilisme et au pessimisme le plus noir : qui pourrait nier l’existence des maladies, de la souffrance et de la mort ? Faut-il, pour démontrer que mon pessimisme est fondé, décrire avec une précision séméiologique les symptômes de mes affections, et faire le compte minutieux de mes ulcères, de mes furoncles, de mes télangiectasies, de mes pustules, de mes papules ? Les romanciers Jacques Richard, France Bastia (décédée depuis), Anne-Michèle Hamesse, Martine Rouhart, les poètes Philippe Leuckx, Louis Mathoux, Liza Leyla, Anne-Marie Derèse, Isabelle Bielecki, les philosophes Pierre Kutzner, José Fontaine, m’ont fait le reproche, plus ou moins vivement, de répandre le pessimisme dans mes écrits, de décourager ainsi les braves gens, d’émettre des « ondes négatives », et d’oublier les plaisirs de la vie, les beautés de la nature, les douceurs de l’amitié et les jouissances de l’amour.

Mais reproche-t-on au physicien de répandre l’idée que les protons sont électriquement positifs, ou au botaniste d’affirmer que les fleurs de haricot possèdent dix étamines ? Pourquoi le philosophe devrait-il taire les résultats de ses travaux, s’il pense qu’ils sont « vrais », et éviter les sujets qui peinent : le cancer, le vieillissement, la mort d’un parent ou d’un ami, les émeutes, les guerres, les incendies ? Le rôle du philosophe n’est pas d’enjoliver le Réel, mais de le décrire le mieux possible. Il ne s’agit pas de consoler et d’inventer de l’espérance, mais d’observer les êtres et les choses, et d’en tirer les conclusions qui s’imposent. Mais que mon pessimisme ne vous empêche pas de jouir, jusqu’à l’orgasme, et d’ailleurs mon scepticisme m’oblige à considérer mon pessimisme comme un résultat provisoire, affecté d’un haut coefficient de doute. Qui sait ? Peut-être que mon pessimisme est une erreur, et que demain je retrouverai les enthousiasmes de ma jeunesse, les bonheurs de ma maturité et les enchantements du gai savoir ?

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Réflexions sur le patronat

29 Mars 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Economie

Les patrons ont des qualités intellectuelles (connaissances techniques, économiques et juridiques, rigueur, créativité…), physiologiques (résistance à la fatigue), caractérielles (résistance au stress, réactivité) et comportementales (aptitudes managériales) tout à fait exceptionnelles. C’est pourquoi le patronat est tant détesté par les marxistes, les socialistes, les communistes, les gauchistes, les situationnistes, les trotskystes, les maoïstes, les socio-démocrates, les travaillistes, les syndicalistes, les mélenchonistes, les hamonistes, les arthaudistes, les poutouistes.

En effet, la psychologie nous enseigne que l’envie et le ressentiment qu’elle provoque forment un puissant générateur de haine et de détestation. Les psychanalystes, en particulier, ont bien montré que l’envie conduit à l’agressivité. Et l’on peut remonter bien plus haut dans l’histoire de l’analyse de l’envie. Déjà en plein Moyen Âge, dans sa théorie des « sept péchés capitaux », le théologien chrétien Thomas d’Aquin avait établi le lien qui va de l’envie à la haine. Et plus près de nous, un René Girard a développé toute une doctrine montrant dans le désir (c’est-à-dire l’envie) la source des conflits, montrant au passage les liens profonds entre la violence et le sacré.

Et je me dis que ceux qui croient avec véhémence au « progrès de l’Humanité » et à la construction d’un « monde meilleur » devront bien admettre que ce nouveau monde proviendra des actes et des entreprises d’hommes et de femmes ayant des qualités intellectuelles, physiologiques, caractérielles et comportementales tout à fait exceptionnelles. Si l’Humanité a progressé au cours de l’Histoire (plus quantitativement que qualitativement, hélas), c’est grâce à des entrepreneurs comme Watt, comme Lenoir, comme Gramme, comme Siemens, comme Ford, comme Peugeot, comme Boeing, comme Rolls et comme Royce, comme Harley et comme Davidson, comme Hewlett et comme Packard, comme Toyoda… La grande majorité des humains, aussi « libres et égaux en droits » furent-ils, n’ont contribué en rien à l’amélioration de la condition humaine. Les qualités intellectuelles, physiologiques, caractérielles et comportementales sont rares. 

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Sur les intuitions premieres en philosophie

26 Mars 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Editologie

Tous les historiens de la philosophie l’ont noté ! Tous les grands systèmes de la philosophia perennis ont été bâtis à partir d’une ou deux « intuitions premières » puisées dans l’observation de la vie quotidienne, dans les réflexions de l’auteur tirées de son expérience ordinaire. C’est ainsi que le cartésianisme s’est entièrement construit sur la constatation, en somme banale, du cogito (quoi de plus évident que sa propre existence, et la pensée de cette existence ?), que le spinozisme n’est qu’un ambitieux développement de l’idée commune du conatus, que le kantisme est basé sur l’évidence (après deux mille ans de recherche acharnée) qu’il est impossible d’atteindre le fond des choses (le noumène) par le seul usage de la raison, toute métaphysique conduisant à d’inextricables apories. Et Schopenhauer développe ses brillantes méditations à partir de la découverte également ordinaire qu’une obscure « volonté » régit le sort des êtres et des choses. Quant à Marx, il invente le marxisme en reprenant la critique du système idéaliste de Hegel, faite par les « jeunes hégéliens de gauche », et en remplaçant, à la source du monde, l’esprit par la matière, conformément au sens commun. Ainsi les plus hautes pensées émanent-elles de déductions et d’inductions basées sur les plus vulgaires constats du vécu. On a souvent remarqué que les « existentialismes » ne sont rien d’autre que l’idée que les hommes… existent, et que les « structuralismes » ne font qu’affirmer que les objets possèdent des propriétés énonçables.

Quant à moi, dans ma jeunesse, à la fin des années 1970, j’ai basé mon travail philosophique sur l’affirmation, tout à fait banale et totalement évidente, que « la science est un ensemble de textes édités ». Ne cherche-t-on pas l’information chez les libraires et dans les bibliothèques ? C’était reprendre l’idée, déjà soutenue par de nombreux penseurs, de la prévalence du problème épistémologique par rapport aux autres questions de la philosophie. J’exposai mon « éditologie » dans quelques revues, mais je ne trouvai pas le temps – j’exerçai le métier d’éditeur de 1978 à 1997 – de développer et de faire connaître largement ma doctrine. Je devrai attendre 2005 pour publier mon premier livre de philosophie pure (Mathématique et vérité, L’Harmattan, Paris). Toutefois, quelques linguistes adoptèrent le concept d’éditologie et l’exploitèrent dans leurs travaux : Louis Guespin, François Gaudin, Maryvonne Holzem et d’autres.

Aujourd’hui, alors que je ressens les prémices du vieillissement, mon vécu me contraint d’adopter une nouvelle intuition pour refonder ma recherche des déterminations de l’Être, et c’est la souffrance. Nul vivant n’y échappe, et l’humain souffre deux fois, par ses douleurs actuelles, et par l’angoisse de ses douleurs à venir, qu’il sait inéluctables. Si bien qu’il me semble qu’avant d’être un animal politique, un roseau pensant, la créature d’un dieu, le descendant d’un singe, un bipède sans plumes, l’inventeur de la technique, un être doué du langage, un mammifère doté d’un gros cerveau, l’homme est un « être-pour-la-souffrance ». Ténébreux, veuf, inconsolé…

 

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La Genese

19 Mars 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire

Au commencement, le Grand Singe créa les Outils et la Technique, et devint l’Homme. Après des siècles et des siècles, le Technicien inventa le Langage et, mélangeant l’Effroi et l’Espérance, conçut les rites et la magie, imagina les mythes et le dogme, et composa des poèmes, découvrant la beauté.

Après d’autres siècles très nombreux, les fils du Grand Singe se dispersèrent et se diversifièrent, formant sur toute la Terre des groupes différant par leurs rites, leurs mythes et leurs poèmes, s’établissant dans les oasis et le long des grandes rivières. Les Sumériens inventèrent les cunéiformes, les Egyptiens inventèrent les hiéroglyphes, les Hébreux inventèrent les prophéties, les Phéniciens inventèrent l’alphabet, les Grecs inventèrent les voyelles et la philosophie – c’est-à-dire la critique des rites, des mythes et des poèmes – et découvrirent la Raison.

Puis vinrent encore quelques siècles, et les descendants des Sumériens, des Egyptiens, des Hébreux, des Phéniciens, mélangés par les voyages à d’autres peuples, inventèrent encore des idées de plus en plus grandioses : la Démocratie, l’Ethique, la Physique et la Métaphysique, la Technologie et l’Industrie.

Maintenant, les descendants du Grand Singe, croissant et se multipliant, se sont répandus partout sur la Terre, polluant de leurs déjections les oasis et les grandes rivières, ayant développé une Civilisation sublime et dérisoire, connaissant les ultimes grains de la matière, la chaleur des étoiles, la structure (morphologie) et le fonctionnement (physiologie) des animaux, des végétaux et des microbes, avec ses rites nombreux et concurrents, ses mythes multiples et contradictoires, ses poèmes magnifiques et ses théorèmes éblouissants.

Je connais et je vénère les noms de quelques-uns de ces fils du Grand Singe qui ont apporté leur contribution à l’effort civilisateur : Thalès, Démocrite, Bouddha, Euclide, Confucius, Diophante, Brahmagupta, Shakespeare, Monteverdi, Galilée, Descartes, Molière, Newton, La Mettrie, Lavoisier, Watt, Kant, Volta, Beethoven, Colt, Darwin, Gramme, Siemens, Maxwell, Hertz, Pasteur, Husserl, Einstein, Boeing, Rutherford, Heidegger, Yukawa, Debussy, Freud, Louis Armstrong, Bohr, Krebs, Bachelard, James Watson, Eliade, Cioran, Bill Haley (and the Comets), Miles Davis, Charles Aznavour, Claude François, Bill Gates… 

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De l'islam à l'islamisme

16 Mars 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Islamisme

La question est sérieuse, et même peut-être cruciale pour l’avenir de la Civilisation. Encore faut-il se demander s’il convient de s’interroger sur le sort de la Civilisation, questionnement qui conduit à des abîmes de difficultés ! La question sérieuse que j’évoque s’exprime très simplement : de quel côté se développent les fantasmes ?

Les fantasmes sont-ils chez ceux (les islamophobes) qui prétendent que l’islam est une religion foncièrement violente et mortifère, qui entraîne tôt ou tard, par le fait de sa nature conquérante, le fanatisme, l’intolérance et le terrorisme ?

Ou les fantasmes sont-ils chez ceux (les islamophiles) qui prétendent que l’islam est une religion foncièrement douce et bienveillante, toute d’ouverture intellectuelle et d’amour, capable d’instaurer entre les peuples l’amitié universelle et une collaboration bienheureuse ?

Comme il est impossible, pour tenter de répondre, d’interroger le Futur, il n’est que d’étudier le Passé – c’est-à-dire l’Histoire – pour s’efforcer d’éclairer cette question, cruciale et très sérieuse. Et de comparer l’islam d’aujourd’hui aux religions et aux idéologies d’hier. L’on peut ainsi examiner comment le christianisme, au temps du concile de Nicée (325), devint sous Constantin la religion officielle de l’Empire romain, et comment il se répandit avec brutalité pendant les siècles de la fin de l’Empire et du Moyen Âge. L’on pourrait, semblablement, étudier les débuts du luthéranisme ou du calvinisme. Il faudrait même examiner comment, vers 1900, les penseurs les plus en vue considéraient le marxisme, qui allait conduire au bolchevisme, au stalinisme et au Goulag, ou le nazisme, vers 1933, qui allait conduire à l’hitlérisme et aux camps d’extermination du IIIème Reich.

Bien sûr, l’Histoire « ne repasse pas les plats », et « comparaison n’est pas raison », disent sentencieusement les subtils. Bien entendu, le christianisme romain puis médiéval, qui ne disposait que d’armes blanches peu efficaces pour lutter contre ses opposants, était dans une situation tout autre qu’aujourd’hui l’islam, qui dispose de kalachnikovs, d’explosifs puissants et d’armes chimiques ou nucléaires, d’une efficience incomparable. Mais si l’Histoire ne se répète pas, il y a tout de même des constantes dans l’Humanité, et l’esprit humain est, encore et toujours, producteur d’idées qui parfois sont de correctes descriptions du Réel et qui souvent ne sont que songes, mensonges, utopies et fantasmes. En 1933, qui avaient raison : les nazismophobes ou les nazismophiles ?

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