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Jean C. Baudet

Articles récents

La science et la philosophie

23 Mai 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Epistémologie

Parmi tous les systèmes de pensée (mythes, religions, littératures, etc.), la philosophie et la science occupent la place éminente des systèmes les plus sophistiqués, les plus élaborés, ayant obtenu des résultats nombreux et étonnants, et apparus très tardivement au cours de l’évolution de l’Humanité. Alors que les mythes et les poèmes apparaissent dès la Préhistoire après l’invention du langage, on peut dater l’avènement de la philosophie de 600 avant notre ère, avec les premières réflexions de Thalès de Milet, et la science ne se distingue de la philosophie qu’en 1543, avec les travaux en astronomie de Copernic et en anatomie de Vésale. Il faut, bien entendu, utiliser les termes « philosophie » et « science » avec le sens restreint et précis qu’ils ont pour les épistémologues, et ne pas qualifier de philosophie les simples « sagesses » du vulgum pecus, ni parler de science pour désigner les savoirs ordinaires des peuples primitifs. Avec de telles acceptions élargies, on parlerait aussi bien de la philosophie des léopards et de la science des girafes, puisqu’ils ont évidemment des savoirs. Encore convient-il d’associer à la science la technologie et l’industrie, et de prendre en compte ce que nous avons appelé la « STI » (science-technologie-industrie), qui constitue un complexum épistémique.

Comment alors définir la philosophie et la science, et comment les distinguer ? Ces deux systèmes de pensée – qui par leur apparition tardive séparent les cultures avancées des cultures archaïques – diffèrent par leur objet et par leur méthode. La méthode de la philosophie consiste à n’utiliser, pour acquérir de nouveaux savoirs, que l’observation et le raisonnement. Celle de la science consiste à y ajouter l’instrumentation (le quadrant de Copernic, le scalpel de Vésale…). Ainsi, l’objet de la quête philosophique est « tout », ce que depuis Aristote on appelle l’Être (on, ontos), ce qui est visible ou invisible, ce qui est indicible comme ce qui est nommable. Quant à la science, sa méthode même en fixe les limites. La recherche scientifique ne considère de son ressort que la partie de l’Être accessible par les sens, éventuellement prolongés et renforcés par des instruments de plus en plus performants : les télescopes et microscopes pour observer ce qui est invisible à l’œil nu, les compteurs de radioactivité qui rendent observable une réalité que les sens du corps humain ne peuvent pas percevoir. La science ambitionne de connaître « la Matière », et de cette connaissance la technologie et l’industrie en tirent des applications « utiles », ne serait-ce que la production d’eau potable. Les ambitions de la philosophie sont plus vastes, elle veut déterminer la valeur de la science, et son programme de connaissance est illimité : rien de ce qui existe ne lui est étranger !

Cette distinction entre science et philosophie n’est pas toujours bien comprise. La science conduit à des certitudes. Nul n’ignore et ne conteste, aujourd’hui, que deux et deux font quatre (arithmétique), que la Terre tourne autour du Soleil (astronomie), que le bois des arbres et l’eau des mers sont formés de molécules (chimie), que les insectes ont six pattes (biologie), que les hommes diffèrent par la couleur de leur peau (anthropologie), que Louis XIV a succédé à Louis XIII (histoire)… La philosophie conduit à des doutes. Elle est le meilleur rempart contre l’obscurantisme et le fanatisme, et contre toutes les formes de dogmatisme. Mais qui a l’audace de mettre en doute le vénérable enseignement des traditions, quand elles sont « politiquement correctes » ?

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Un exercice metaphysique

17 Mai 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

Je veux, une fois encore, m’efforcer d’atteindre les fondements de la recherche philosophique, c’est-à-dire déterminer radicalement, en allant « zu den Sachen selbst » (Husserl), s’il est possible d’atteindre le « métaphysique », c’est-à-dire la source cachée de l’Être. Méta-physique, c’est-à-dire au-delà de la nature (physis), qui est accessible au vulgum pecus des physiciens et des penseurs du dimanche. Je baserai ma réflexion sur quelques définitions communément acceptées, qu’il s’agira d’approfondir pour s’aventurer résolument sur le chemin rempli d’embûches de l’ontologie.

Voici.

L’esprit humain produit des idées et des émotions. Les idées justes forment la Vérité. Les émotions agréables forment la Beauté. J’appelle « Science » la recherche d’idées justes. J’appelle « Art » la recherche d’émotions agréables. La Science et l’Art constituent la « culture », qui devient la « Civilisation » quand, au cours du processus historique, elle atteint un certain degré de perfection.

Ces définitions, destinées d’abord à fixer le vocabulaire (Vérité, Beauté, Science…), peuvent être facilement admises, et proviennent de l’observation naïve (non encore philosophique) des expériences de la vie ordinaire : des idées « nous passent par la tête », nous « savons » que deux et deux font quatre, nous sommes émus en réécoutant un quatuor de Beethoven. Mais quand nous voulons dépasser l’expérience banale, quand nous voulons passer du bavardage au travail philosophique, des abîmes de difficultés nous attendent, et nous voyons se dérouler devant nous (pendant nos lectures et nos réflexions), avec effroi et vertige, la longue série des philosophes qui, depuis Thalès, s’efforcent d’atteindre la source créatrice des êtres et des choses, de l’esprit humain, des idées et des émotions…

Et d’abord, qu’est-ce qu’une idée, qu’une émotion ? Des productions de l’esprit humain, certes, mais qu’est-ce alors que cet esprit, que les Grecs appelaient logos, que les modernes appellent « raison », et que les contemporains appellent « cerveau ». Est-ce le cerveau la source de nos pensées, ou n’est-il que l’instrument d’un acteur qui échappe aux investigations des anatomistes et des neurologues ? On voit qu’on arrive inextricablement à des définitions circulaires, qui nous laissent au seuil d’une connaissance véritable : l’idée est ce qui est produit par l’esprit (ou la raison, ou l’âme…), et l’esprit est ce qui produit l’idée ! Avec Husserl, nous pouvons enrichir notre vocabulaire et appeler « noèse » l’activité de production d’idées et d’émotions, mais cela ressemble un peu à la vertu dormitive de l’opium des médecins de Molière.

Nous pouvons chercher à éclaircir notre problème eidétique (il s’agit de mettre au jour les essences des entités que nous examinons) en ayant recours aux métaphores, et nous pouvons considérer que l’esprit est à l’idée comme le feu est à la chaleur. Mais ce n’est encore que du verbalisme ! Et puis, l’esprit est-il autonome dans ses productions, ou celles-ci sont-elles déclenchées par un extérieur à l’esprit, au « Moi » entouré d’un « non-Moi » ? Car c’est bien du Moi qu’il s’agit, quand on s’adonne à la philosophie. Il n’est pas question de simplement assouvir une curiosité, d’étancher une « soif de connaissance », comme quand on fait de l’astrophysique ou de l’ornithologie, ou de « passer le temps », comme quand on fait du macramé, mais il s’agit pour le philosophe de sa vie même, et de tenter de connaître et de comprendre l’extérieur mystérieux qui l’englobe et qui détermine son destin de souffrance et de mort, et peut-être même son avenir après la mort. Or, vingt-six siècles nous le montrent, la philosophie ne parvient pas (jusqu’à présent ?) à dépasser la circularité de ses analyses, et n’a aucun dogme à proposer. Elle n’enseigne que le doute, un doute méthodique qui, s’il ne conduit pas au bonheur, constitue cependant un remède au fanatisme. Ce n’est pas rien, car le fanatisme, cette altération exécrable de l’esprit, est ce qui empêche certaines cultures de devenir Civilisation.

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La pensee de Jean Baudet

14 Mai 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Biographie

Je voudrais résumer ma pensée de la manière la plus simple, la plus « claire et distincte » possible. Et d’abord, je dois insister sur ceci. Ma pensée est rigoureusement métaphysique et non politique. Je m’occupe de l’Être, du Temps, de l’Esprit, de l’Absolu, du Moi, et je ne me soucie nullement des imprécations d’un Mélenchon ou des vociférations d’un Macron. D’ailleurs, je me suis rarement exprimé, dans mes écrits ou mes conférences, à propos des questions éthiques et d’organisation sociale. Que peuvent me faire l’avenir de l’Humanité ou le sort de la Planète, quand je sais que je souffre, et que je souffrirai de plus en plus ? Car la métaphysique, c’est la prise de conscience des douleurs par le métaphysicien.

J’ai commencé par analyser le problème (ou le mystère ?) de la connaissance, question préjudicielle sur laquelle se fonde la recherche métaphysique : comment connaître les déterminations de l’Être et du Temps, si l’on ne sait pas s’il est seulement possible de connaître ? J’ai donc, baptisant ma démarche « éditologie », débuté – il y a plusieurs dizaines d’années – par des introspections cognitives, par des recherches du côté de l’informatique (l’intelligence « artificielle ») et des neurosciences (les réseaux de neurones), et surtout par l’étude critique de l’évolution historique des systèmes de pensée. Je retrouve la référence d’un article publié par moi en 1990 : « Intelligence artificielle = épistémologie appliquée », Ingénieur et Industrie 15 : 15-16.

Mon étude méthodique des systèmes de pensée a commencé au temps de ma revue Technologia, que j’ai fondée en avril 1978. Il faudra attendre 2002 pour que paraisse le premier volume de mon « Histoire générale de la science », et 2011 pour que sorte de presse mon premier livre d’histoire des religions et de la philosophie.

Tout ce travail m’a mené au scepticisme. Il est impossible – malgré les extraordinaires progrès de la science et ceux, plus modestes, de la philosophie – d’atteindre une pleine et entière connaissance de l’Être, comme l’a montré de manière sans doute définitive Kant en 1781, et comme le savaient déjà Pyrrhon et Gorgias bien avant lui. Mais il ne s’agit pas d’un scepticisme absolu (comme le pyrrhonisme), mais d’une distinction (comme chez Kant) entre le phénomène connaissable et le noumène incogniscible. Le monde phénoménal est accessible par la science, qui se démarque de la philosophie par le recours à l’instrumentation.

Restait alors à bâtir une ontologie sur ce scepticisme relatif.

On peut regrouper toutes les nombreuses propositions ontologiques faites au sein de l’Humanité au cours de la Préhistoire et de l’Histoire (déjà avant même l’avènement de la philosophie avec Thalès de Milet) en deux et seulement deux groupes : les matérialismes et les anti-matérialismes ou idéalismes. Ou bien l’Être n’est formé que de matière, ou bien il est formé de matière et d’autre chose (tabou, sacré, esprits, âmes des morts, dieux multiples ou dieu unique, anges et démons, idées, valeurs…). On ne peut pas sortir de cette dualité : A ou non-A. Il est clair que la matière correspond au monde phénoménal de Kant et que l’éventuelle autre chose correspond au monde nouménal, à un « arrière-monde ». D’où une formulation très simple de la question ontologique : y a-t-il autre chose que la matière, que les objets de même nature que le corps humain, fait de chair et de sang ?

En toute rigueur, mon scepticisme m’interdit de répondre. Je ne peux donc proposer que des hypothèses, malheureusement invérifiables. Incapable d’atteindre le vrai, je dois me contenter du vraisemblable. Les succès impressionnants de la science – de l’exploration du Réel par l’observation et le raisonnement – et les réalisations extraordinaires de la technologie me donnent à penser. Si le monde phénoménal (matériel) est accessible à l’esprit humain, n’est-ce pas parce que celui-ci est de même nature que celui-là ? Et puis, il y a l’argument psycho-historique : les idéalismes sont apparus des millénaires avant les matérialismes, et caractérisent aussi bien la pensée archaïque (les religions) que la pensée infantile.

J’en arrive donc à un « matérialisme prudent », fondé sur un « scepticisme relatif ». Je ne sais pas si Osiris, Zeus ou Vishnou existent, mais je suis sûr de l’existence de mes bras qui tremblent et de mon ventre douloureux, et je n’ai aucune raison de douter de celle des fermions et des bosons, c’est-à-dire de la matière. Il faudra que je me contente de ce triste savoir.

Post scriptum.- Il faut peut-être que je rappelle que le scepticisme est l’adversaire de tous les dogmatismes et que le matérialisme est l’ennemi de toutes les religions.

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Michel Onfray et l'atheisme

7 Mai 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Athéisme

Je suis en train de relire, avec délectation, le Traité d’athéologie de Michel Onfray (2005), en attendant les résultats des élections en France. J’ai lu ce beau livre en 2006 ou 2007, à une époque où j’étais déjà engagé, depuis fort longtemps, sur le chemin de l’athéisme, ne parvenant pas à prendre au sérieux les fables pittoresques des amours de Zeus, des avatars de Vishnou, des colères de Yahvé, de la crucifixion de Jésus et de sa résurrection, des commandements bizarres faits aux hommes par Allah, notamment la singulière interdiction de consommer de la viande de porc.

Michel Onfray est un écrivain de grand talent, abondant, un travailleur infatigable, un connaisseur remarquable de l’histoire de la pensée, un érudit considérable, un débatteur télévisuel redoutable, mais surtout un philosophe, un des meilleurs sans doute de sa génération.

Je ne suis pas tout à fait d’accord avec Onfray quand il fait débuter l’histoire de l’athéisme avec l’œuvre posthume de l’abbé Meslier. Il pose qu’avant la négation nette de l’existence de divinités par celui-ci, les adversaires des religions croyaient en un dieu créateur ou en des divinités, lointaines du monde terrestre, pratiquant un déisme moins définitif que les poly- ou les mono-théismes. Je pense que l’athéisme rigoureux est bien plus ancien, et que Démocrite et Epicure étaient d’authentiques athées. Et probablement en allait-il de même de Protagoras d’Abdère, et aussi d’Anaxagore de Clazomènes (condamné pour impiété par les juges d’Athènes, lors d’un procès préfigurant celui de Socrate). Mais je conviens que les textes dont nous disposons sont rares, et d’interprétation délicate.

Mais que l’athéisme soit né en Grèce, au Vème siècle avant la naissance du juif Jésus, ou en France, au siècle de Louis XIV, il faut reconnaître avec Onfray que c’est avec la pensée de Nietzsche (succédant aux hégéliens « de gauche ») que l’athéisme devient un important courant de pensée. Il a fallu deux millénaires pour que quelques philosophes, d’ailleurs peu nombreux (il y aura Marx, Freud, Lénine, Sartre…), osent enfin se débarrasser de l’idée de « dieu ».

Au fait, qui est le dieu de Marine Le Pen, et celui d’Emmanuel Macron ?

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Une histoire de la chimie

2 Mai 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Chimie, #Histoire

Mon livre Histoire de la chimie (354 pages) vient de paraître aux éditions De Boeck, à Louvain-la-Neuve (Belgique). C’est en fait la réédition, entièrement refondue, de deux livres précédents (parus chez Vuibert, Paris) : Penser la matière (2004) et A la découverte des éléments de la matière (2009).

Il s’agit d’un travail d’épistémologie historique, qui s’inscrit dans un programme de recherches sur la « valeur de la science » : comment la chimie (et, dans d’autres livres, la même question est posée pour les mathématiques, la physique, la biologie…) s’est-elle construite au cours de l’Histoire, par la mobilisation de quelles ressources mentales (observation, imagination, réflexion, instrumentation), et quelle est sa pertinence pour décrire le Réel ?

Etudier l’histoire de la chimie, depuis les premières spéculations de Thalès de Milet jusqu’aux extraordinaires analyses de l’acide désoxyribonucléique par Watson et Crick et jusqu’aux formidables synthèses de matériaux nouveaux et de médicaments efficaces, c’est comprendre comment l’Humanité pensante (une faible fraction de l’Humanité) est arrivée à connaître la structure intime de la matière (molécules et atomes), connaissance amplement vérifiée par les travaux de laboratoire, par les développements de la technologie et par les performances de l’industrie chimique.

Il est passionnant (et philosophiquement éclairant) d’assister au passage (il a fallu de nombreux siècles) d’une soi-disant connaissance basée sur l’imagination (les éléments d’Empédocle, les atomes de Démocrite) à la connaissance vérifiée basée sur une instrumentation de plus en plus sophistiquée : les balances de Lavoisier, les thermomètres de Fahrenheit et de Celsius, les appareils de Kipp, les spectroscopes de Bunsen, les fioles d’Erlenmeyer, les colonnes de Vigreux, les tubes cathodiques de Crookes…

Plus de deux mille ans d’histoire pour passer de l’atome rêvé à l’atome constaté !

Mon livre pose la grande question, à la fois épistémologique et ontologique : la science, et en particulier la chimie, est-elle capable de connaître le Réel ? La chimie de Lavoisier et de Mendéléev conforte-t-elle le matérialisme d’Epicure, de Spinoza, de La Mettrie, de Marx et de Lénine ?

C’est au lecteur, si du moins il veut faire l’effort de penser par lui-même et de se hisser au niveau de l’interrogation philosophique, de tenter de répondre à cette question redoutable, qui divise les hommes en matérialistes et en idéalistes.

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Sur quelques ecrivains belges

28 Avril 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Littérature, #Belgique

Ce matin, après avoir pris mon petit déjeuner (pain aux raisins et café au lait), dans la morosité d’une journée d’avril au ciel de grisaille, je me suis mis à songer à tous ces écrivains belges que j’ai connus, que j’ai souvent appréciés, que j’ai admirés parfois, et qui sont morts : Emile Poumon (décédé en 2000), Georges Sion (2001), Charles Bertin (2002), Raymond Quinot (2005), Marcel Hennart (2005), Roger Foulon (2008), Jacques Henrard (2008), Roger Pâquet (2008), Jean-Louis Crousse (2008), Patrick Virelles (2010), Juliette Aderca (2011), Emile Kesteman (2011), Ariane François-Demeester (2012), Alain Bertrand (2014), Joseph Boly (2014), Maria Caunus (2014), Jean Dumortier (2014), Jean-Luc Wauthier (2015), France Bastia (2017)…

Que sont mes amis devenus ? (Rutebeuf).

En écrivant cette parole, à peu que le cœur ne me fend (Villon).

Et je poursuis ma méditation nostalgique…

Qui lit encore les poèmes et les romans, les drames et les essais de ces littérateurs qui par les ombres myrteux prennent leur repos ? (Ronsard).

Et je songe maintenant aux écrivains belges, amis ou ennemis, que je connais ou que j’ignore, dont j’ai lu quelques textes avec plaisir ou ennui, ou dont je n’ai pas lu une seule ligne, qui vivent encore et qui publient, et dont je sais que, tôt ou tard, ils vont aussi mourir.  

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Metaphysique et biologie

23 Avril 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Métaphysique, #Biologie

Pour comprendre la condition humaine (connaître le « sens de l’existence »), et donc pour tenter de construire une éthique et de proposer un « projet de société », il importe évidemment de tenir compte du fait que l’être humain est un être vivant. Il s’agit de ne pas oublier que l’homme a un corps, dont les déterminations sont de mieux en mieux connues par la biologie qui ne cesse de préciser sa description de l’humain. Il faut lire Carl von Linné, Charles Darwin, Claude Bernard, James Watson, Jacques Monod, Christian De Duve et leurs nombreux successeurs. La biologie explique la vie comme une propriété de la matière (voir J.C. Baudet : Penser le Vivant, et du même : La Vie expliquée par la chimie).

Reste alors à savoir si la biologie, avec ses scalpels, ses microscopes et ses chromatographes, est capable de dire le tout de l’homme, ou si un réel non corporel, immatériel, méta-physique (c’est-à-dire, étymologiquement, sur-naturel) et donc extrasensoriel détermine transcendentalement la vie humaine, réel dont l’étude révèlerait de la métaphysique.

Je ne vois que deux positions tenables. Ou bien la vie humaine est exclusivement matérielle dans ses fondements, et la biologie est compétente pour en connaître les dispositions – c’est la position du matérialisme. L’homme est de même nature que les cailloux et que le sable. Ou bien l’homme est un corps matériel plus quelque chose – c’est la position des idéalismes.

Il est hautement significatif qu’il n’y ait qu’un matérialisme (la matière est la même pour tous), alors que l’histoire de la pensée nous montre une multitude d’idéalismes, selon ce qu’ils disent de ce quelque chose. Ces idéalismes, opposés les uns aux autres, sont les religions (christianisme, islam, déisme…) et les idéologies (humanisme, libéralisme, socialisme…). Voir J.C. Baudet : Curieuses histoires de la pensée, et du même : Histoire de la pensée.

Pour le matérialisme, qui trouve dans la biologie une description suffisante de l’être humain, la mort est la fin sans lendemain de l’existence. Les idéalismes admettent généralement qu’un quelque chose (valeur, âme, esprit…) subsiste après la mort corporelle.

Ainsi je pourrais dire, de manière sans doute un peu trop littéraire, que la biologie a pour objectif d’expliquer la Vie, quand la métaphysique a pour but d’expliquer la Mort.

Pour le matérialiste, l’homme n’est qu’un tube digestif nanti de quelques organes périphériques, vivant en société comme les abeilles et les gorilles.

Pour l’idéaliste, l’homme est un tube digestif ayant une « valeur », souvent considérée comme « sacrée », capable de composer des sonates, des symphonies et des poèmes, à même d’inventer la biologie moléculaire et les nanotechnologies, en mesure d’édifier les camps d’extermination du Goulag et de massacrer d’autres tubes digestifs au nom d’Allah.

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Bibliographie de Jean Baudet

19 Avril 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Biographie, #Littérature

De 1969 à nos jours, j’ai publié un ouvrage de biologie végétale, un roman, deux recueils de poésie et 40 livres, soit de philosophie, soit d’histoire des systèmes de pensée (religion, philosophie, science), sans compter plusieurs centaines d’articles et de poèmes.

Mais mon œuvre n’est pas achevée, et j’édite encore, dans ce blog (depuis 2010), de courts textes qui constituent comme les pages d’un « journal intime » dévoilées au public (aléatoire et improbable), qui donnent, au jour le jour, le récit d’un voyage métaphysique qui est une descente aux Enfers, un lent dévoilement de l’Être qui est comme un obscène strip-tease de la Mort, un cheminement vers la Souffrance ultime et vers le Néant.

Je ne tente plus guère d’orner des fleurs de la poésie et de la rhétorique les résultats désolants de ma recherche, et je n’offre pas à mes lecteurs des pensées roboratives, des alignements de concepts parégoriques et des conseils de bonheur. Mais j’écris encore, je confectionne encore des guirlandes de mots avec les termes de mes observations introspectives et de mes raisonnements ontologiques, je continue encore de communiquer à des lecteurs disparates (qui n’ont en commun que de savoir lire le français) les fruits amers de mes investigations. Je passe, jour après jour, en construisant des phrases comme un enfant édifiant un éphémère château de sable sur une plage ensoleillée, de l’Être au Néant, et tout en écrivant je me méfie de la littérature, qui est un cache-misère, un fatras charmeur de rêveries sentimentales, un paradis artificiel (Baudelaire), un alcool (Apollinaire), une tentation d’exister (Cioran), de dérisoires illuminations (Rimbaud).

Mais peut-être y a-t-il une « valeur », un « sens », une « espérance », dans cet acharnement à penser, à écrire et à partager mes doutes avec des hommes et des femmes que je connais, et avec d’autres que je ne connais pas : « frères humains », disait Villon…

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Des nouvelles de Jean Baudet

17 Avril 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Biographie

Cela fait maintenant plusieurs mois que je ne sors plus. Je me promène, chaque jour, de ma chambre à ma bibliothèque, et je vais quelquefois dans mon jardin (aujourd’hui, le lilas est en fleurs). Je ne me rends plus aux réunions de l’Association des Ecrivains Belges (AEB), de l’Association Royale des Ecrivains et des Artistes de Wallonie (AREAW), du Centre National belge d’Histoire des Sciences (CNHS), de l’Association des Journalistes Périodiques Belges et Etrangers (AJPBE), et d’autres groupements similaires. Je ne pousserai sans doute plus jamais la lourde porte de la Maison des Ecrivains, chaussée de Wavre, à Ixelles, et je ne déambulerai plus dans les vastes couloirs de la Bibliothèque Royale (siège du CNHS).

Le temps a fait son œuvre, et je commence à m’éteindre. Je ne verrai plus mes amis. Déjà, je n’écris plus « à la main », mais j’arrive encore à dactylographier sur le clavier de mon ordinateur, et j’alimente ce blog avec les fruits vénéneux de ma pensée. Car je pense encore, tant que je suis.

Parfois, il arrive que je reçoive un courrier électronique d’un écrivain, d’un historien des sciences, d’un journaliste, me demandant de mes nouvelles. J’avoue que cela me procure un certain plaisir, et me plonge dans les charmes magiques de la nostalgie.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Propos sur les entreprises

9 Avril 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Economie, #Technologie

L’Humanité est formée d’hommes et de femmes qui ont des besoins. Ceci est une base de réflexion qui me semble incontournable si l’on veut analyser la condition humaine. Pour satisfaire ces besoins, il faut des biens et des services. Voilà un premier pas dans mon raisonnement qui me semble également exact. Pour produire et pour distribuer ces biens et ces services, il faut des entreprises de production, de transport et de commercialisation. Comment le nier ? Pour créer des entreprises, il ne faut pas nécessairement des ouvriers (robotisation), ni des employés (informatisation), ni même des cadres (intelligence artificielle). Mais il faut impérativement des entrepreneurs (le patronat), des capitaux (les banques et les actionnaires) et des clients solvables (les marchés). Voilà ce que nous enseigne l’histoire économique depuis le XVIIIème siècle, quand eut lieu, en Grande-Bretagne, la Révolution industrielle, qui fut le passage de la Technique à la Technologie (c’est-à-dire de l’empirisme à la rationalité). De 1979 à 1996, quand j’éditais le magazine Ingénieur et Industrie, j’ai pu observer dans le détail ce remplacement inéluctable des ouvriers par la Machine et des employés par l’Ordinateur. J’ai vu disparaître, jour après jour, des milliers d’emplois (Cockerill, MBLE, ACEC…). Aujourd’hui, le processus de désouvriérisation de l’économie continue. L’usine d’ordinateurs et de robots sans main-d’œuvre est devenue une réalité. Les dirigeants politiques feraient bien de tenir compte de cette réalité pour « inverser la courbe du chômage ».

Karl Marx a bien vu que les « moyens de production » (la Technique, et donc le Capital) étaient le moteur de l’Histoire, mais il n’est pas arrivé à comprendre que le passage de la Technique à la Technologie – qui avait lieu sous ses yeux – allait faire disparaître (ou du moins amenuiser fortement) le prolétariat. D’abord les ouvriers sans qualification furent remplacés par les machines, puis les ouvriers qualifiés, les techniciens, et même une partie des ingénieurs furent remplacés par l’automatisation et puis par la digitalisation.

Il est évident que mon propos n’est pas une analyse complète de la situation économique en 2017. Pour se risquer à des considérations prospectives, il convient encore de tenir compte de l’explosion démographique, et de l’évolution des courants de pensée. Mais comment ne pas admettre que si la Technique a fondé l’Humanité (l’invention de l’outil fait sortir l’homme de la condition animale), la Technologie est en train de bouleverser toutes ses « valeurs » ?

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