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Jean C. Baudet

Articles récents

L'oeuvre de Jean Baudet

24 Septembre 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Biographie, #Bibliographie

 

Quand j’étais professeur de philosophie au Burundi, de 1968 à 1973, époque de ma vie que j’évoque avec une poignante nostalgie, j’étais, pour compléter mon horaire d’enseignant, chargé de faire un cours d’histoire des sciences, et j’appréciais tout particulièrement de méditer les travaux de Gaston Bachelard et de George Sarton. C’était le temps des lectures-découvertes, et je lisais avec passion, et avec une espèce de voracité. En ce temps où tout semblait possible, je me fixai trois objectifs, articulés l’un à l’autre. Primo, publier une « Histoire de la science », et aller plus loin dans ce domaine que Sarton. Secundo, publier une « Histoire de la non-science », et dépasser l’« archéologie des systèmes de pensée » de Michel Foucault. Tertio, publier une philosophie des savoirs, c’est-à-dire une épistémologie, et poursuivre et développer l’œuvre de Bachelard. Il s’agissait de trois projets interdépendants, formant un triptyque, ou plus précisément une triade hégélienne : science (thèse) ; non-science (l’antithèse de la pensée scientifique, formée des mythes, des religions et de la philosophie) ; confrontation de la science et de la non-science, et évaluation critique des possibilités de connaissance de l’esprit humain (synthèse). Je voulais développer ma pensée (ma recherche de l’Être) à partir de l’idée principielle d’avènement du vrai comme histoire, comme dévoilement de l’Être (Sein) dans le temps (Zeit).

Le programme était ambitieux et téméraire. Ne s’agissait-il pas, au-delà des travaux (alors à la mode) de Foucault, de construire une épistémologie nouvelle, après les grandes idées de Platon (la réminiscence), de Descartes (le cogito), de Kant (l’opposition du phénomène et du noumène), de Husserl (la réduction eidétique) ?… Je dois bien me l’avouer, la mort dans l’âme, une cinquantaine d’années plus tard, je n’ai pas atteint tous mes objectifs. Je n’ai pas réalisé pleinement les projets de mon ardente et enthousiaste jeunesse.

Cependant, j’ai publié 31 livres d’Histoire de la science, de la technique et de l’industrie (dont deux traductions éditées en espagnol), 6 livres d’Histoire des religions et de la philosophie, et 3 livres de philosophie « pure » explicitant mes positions épistémologiques et ontologiques. Cela représente plusieurs milliers de pages. Je crois pouvoir estimer que j’ai produit une Histoire de la science relativement complète, mais mon Histoire de la non-science est inachevée (je n’ai pas étudié le développement des religions et des idéologies durant le dernier millénaire), et mes trois ouvrages de philosophie n’exposent que de manière très fragmentaire les résultats de ma recherche, que l’on peut résumer en deux mots : scepticisme et matérialisme.

Quant à mon œuvre « littéraire », elle est plutôt marginale : deux livres d’Histoire générale, un roman très court, quelques nouvelles, des poèmes, et des billets d’humeur dans le journal L’Echo et dans le présent blog.

Et je me dis, l’âme triste et le cœur serré, que le temps va bien vite, et que le chemin est bien long qui va d’un projet à son accomplissement, et que dans le fond il faut se résoudre à considérer que l’Etude, la Recherche et l’Ecriture sont des chemins qui ne mènent nulle part.

Et je me demande, las et désenchanté, ce que mes textes édités, disponibles dans certaines universités, rangés dans diverses bibliothèques publiques, conservés dans quelques collections privées, vont devenir, enfouis dans la fosse commune où se rassemblent les grandes illusions intellectuelles de l’Humanité ?

 

 

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Ecriture, litterature et humanisme

18 Septembre 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Biographie, #Littérature

Jadis, et encore il n’y a guère, j’écrivais par nécessité professionnelle, comme chercheur, comme enseignant, comme journaliste, comme écrivain. On ne demande pas à un pâtissier pourquoi il fait des gâteaux, et je publiais des articles et des livres pour répondre à une demande et pour toucher des droits d’auteur. Aujourd’hui, en ce jour gris de septembre, alors que je suis dans ma soixante-quatorzième année, et que l’amenuisement de mes facultés physiques et mentales ne me permet plus de surmonter les tracas et les fatigues de la recherche d’un éditeur, je fais une découverte, une « prise de conscience », qui me bouleverse et m’installe dans un sentiment mélangé de dégoût et d’humiliation : j’écris encore, dans ce blog, victime d’une pulsion irrémissible, dans le but de toucher des lecteurs ! J’entreprends encore de répandre mes idées parmi les hommes, alors que les résultats de mes recherches me conduisent au matérialisme le plus rigoureux et au scepticisme le plus définitif, ce qui est tout le contraire d’un intérêt passionné pour l’avenir du genre humain.

Usé par l’existence, rongé par la maladie, affaibli par le vieillissement et ses chagrins, je cherche encore, confusément, inconsciemment peut-être, un contact avec des hommes et des femmes que j’ai connus, que j’ai admirés et même aimés, ou même avec des êtres que je ne connais pas, mais qui trouveront ces lignes en s’aventurant dans les réseaux d’Internet.

Ainsi, c’est donc ça, la « littérature » ! C’est le contact avec les « autres » par le truchement de l’encre sur du papier ou des pixels sur l’écran d’un ordinateur connecté à Internet. Il y a, sans doute, d’autres motivations chez le poète, chez le romancier, chez le philosophe, chez l’historien, mais raconter à un public la colère d’Achille, une enquête de Maigret, les chemins tortueux de la phénoménologie ou le débarquement en Normandie, c’est toujours, d’abord, se raconter soi-même, sous le masque du littérateur, et éprouver un irrépressible désir, un dérisoire besoin, pathétique et désespéré, d’une rencontre humaine. C’est le besoin d’un supplément d’être, par l’attention bienveillante d’un « frère humain ».

 

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Sur la science et la philosophie

13 Septembre 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Science

Il est un fait, indiscutable et indépassable, que de très nombreux philosophes des universités et des écoles négligent de considérer, mais qu’ils devraient examiner avec le plus grand soin. C’est le fait, le double fait, de l’étonnante stérilité de la philosophie et de la fécondité extraordinaire de la science. Il convient, bien sûr, de prendre les termes « philosophie » et « science » dans l’acception que leur donnent les épistémologues, sans quoi l’on s’enfonce dans le marécage des banalités écoeurantes et des idées vagues.

Le fait est qu’une opposition radicale sépare la science de la philosophie, si ce n’est dans leur objectif originel commun, qui est de connaître et de comprendre le Monde et le Moi dans ce monde, c’est-à-dire le sens de l’existence humaine. La philosophie, née vers 600 avant notre ère, pratiquée avec une persévérante continuité par les meilleurs esprits pendant les 26 derniers siècles, n’a fourni à l’Humanité pensante aucun résultat, pas un seul, qui soit universellement accepté par les gens instruits des cinq continents. Les milliers de textes philosophiques produits pendant plus de deux millénaires n’ont abouti à aucun consensus, pas à la moindre « certitude » partagée sans réserves par les doctes des écoles et des universités. Le contraste avec la science est total, spectaculaire ! La science, née seulement au XVIème siècle, en un très court laps de temps au regard des millénaires, a engrangé des propositions, sur l’Homme et sur le Monde, de plus en plus nombreuses, de plus en plus complexes et subtiles, dont un grand nombre sont admises par tous, situées au niveau de l’évidence, partagées par les élites éduquées de tous les pays. De nombreuses théories scientifiques, certes, en sont encore au stade de l’hypothèse et attendent la confirmation de l’expérience, mais plus personne ne met en doute l’héliocentrisme (Copernic), la mécanique (Galilée), la circulation du sang (Harvey), la gravitation (Newton), la classification des êtres vivants (Linné), la chimie quantitative (Lavoisier), la cellule vivante (Schwann), l’électromagnétisme (Maxwell), les ondes radioélectriques (Hertz), les rayons X (Röntgen), la relativité (Einstein), la physique nucléaire (Rutherford), les neutrons (Chadwick), la structure de l’ADN (Watson) !... Et ce n’est pas tout ! La science a transformé la technique en technologie, et personne ne doute du fonctionnement effectif des automobiles et des avions, des vaccins et des antibiotiques, des locomotives, du béton armé, des sondes spatiales, des téléphones, des ordinateurs… Quelle différence avec la philosophie ! Que reste-t-il des éléments d’Empédocle, des insécables de Démocrite, du monde intelligible de Platon, des catégories d’Aristote, de l’Un de Plotin, de la pensée et de l’étendue de Descartes, du conatus de Spinoza, des monades de Leibniz, des noumènes de Kant, des triades de Hegel, du surhomme de Nietzsche, de la réduction eidétique de Husserl, des existentiaux de Heidegger ?

Voilà un fait, un double fait qui devrait « donner à penser ».

La philosophie, jusqu’à ce jour, ne conduit qu’à une seule certitude, déjà proposée par Gorgias, par Socrate, par Anaxarque, par Pyrrhon, qui est la certitude du doute. Elle nous enseigne qu’il faut se méfier des prêcheurs de vérités « ineffables », des promoteurs de valeurs « absolues », des propagateurs de réalités « indicibles », et des concepteurs de projets totalitaires, d’autant plus fanatiques qu’ils sont moins fondés.  

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Sur l'histoire des Belges

9 Septembre 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Belgique

J’ai fait paraître 5 livres sur l’histoire des Flamands, des Bruxellois et des Wallons. 1° Les Ingénieurs belges (APPS) ; 2° Histoire des sciences et de l’industrie en Belgique (Jourdan) ; 3° A quoi pensent les Belges ? (Jourdan) ; 4° Les plus grands Belges (La Boîte à Pandore) ; 5° Les plus grands ingénieurs belges (La Boîte à Pandore).

Cette contribution à l’historiographie de la Belgique, au-delà de la banale « reconstitution du passé » et de la simple énumération encyclopédique des « grands hommes », visait à tenter une analyse, en étudiant le cas de la Belgique, du rapport dialectique qui relie et qui parfois oppose la STI (science-technique-industrie) à la « culture » : philosophie, littérature en français et en flamand, beaux-arts, sciences humaines. Il fallait examiner comment s’opposent la figure du Scientifique (chercheur des sciences expérimentales, ingénieur, agronome, médecin, industriel, banquier) à celle du Culturel (philosophe, littérateur, historien, archéologue, ethnologue, sociologue, linguiste, grammairien, peintre, sculpteur, musicien), ou comment elles se complètent et s’harmonisent dans la réunion de la raison et du cœur. Il fallait tester l’idée de « belgitude », qui semble bien n’être qu’un mot presque vide, incapable de se hisser au niveau du concept.

La grandeur de quelques-uns (Adolphe Sax, Zénobe Gramme, Ernest Solvay, Léon Frédéric, James Ensor, Eugène Ysaye, Emile Francqui, Jules Bordet, Georges Lemaître, Georges Simenon, Hergé, Ilya Prigogine, Arsène Soreil, Henri Van Lier, Léopold Flam, Emile Kesteman…) ne déborde pas sur tous les autres. Je veux dire que l’on est belge comme l’on peut être guatémaltèque, français ou malgache, en vivant quelque part. Je ne vois en tout cas pas ce qu’il y a de commun entre Etienne Lenoir, génial inventeur de l’automobile, Henri Conscience, romancier à succès, Paul Janssen, chimiste et industriel flamand, Emile De Wildeman, botaniste bruxellois, et Achille Chavée, poète wallon !

 

 

 

 

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A la recherche du Moi perdu

4 Septembre 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Biographie

Socrate a dit : « Connais-toi toi-même ». Je vais essayer de suivre ce conseil d’un des principaux fondateurs de la philosophie.

En 1969, je publie mon premier texte consacré à l’histoire des sciences dans la Revue nationale d’Education du Burundi. En 1978, je fonde la revue Technologia, dédiée à l’histoire des sciences et de la technologie. En 1982, je suis élu secrétaire du Comité belge d’Histoire des sciences. En 1985, je suis chargé des cours d’Histoire de la profession d’ingénieur et de Philosophie de la Technique au sein du Programme interuniversitaire d’enseignement de 3ème cycle d’Histoire des sciences du FNRS (Fonds National belge de la Recherche scientifique). En 2002, j’entame la publication d’une « Histoire générale des sciences » qui comportera neuf volumes. En 2007, je publie Histoire des sciences et de l’industrie en Belgique. En 2016, je fais paraître Les plus grandes dates de la science et Les plus grandes dates de la philosophie, qui forment comme la synthèse de mes travaux.

J’énumère ces quelques dates pour goûter au noir plaisir de la nostalgie, mais plus encore pour connaître mon Moi au travers de l’inventaire de mes accomplissements. Il semble que je sois, ou plutôt que je fus, « historien des sciences ». Cependant j’exerçai d’autres métiers, et je fus successivement (ou parfois simultanément) : enseignant en mathématiques, enseignant en philosophie, enseignant en histoire des sciences, botaniste-prospecteur (au Congo, au Burundi, au Rwanda et au Kenya), chercheur en biologie, éditeur, journaliste, écrivain…

Jean-Paul Sartre a dit : « L’existence précède l’essence ». Je veux connaître mon essence après soixante-treize ans d’existence. Qui suis-je ?

A vrai dire, bien que j’y aie consacré beaucoup de temps, l’histoire des sciences fut pour moi un moyen et non une fin. La pratique de cette discipline (recherche, enseignement, publications) fut pour moi la recherche propédeutique d’un point de départ, d’un socle solide pour ma méditation philosophique, car il m’a semblé que l’étude de l’Être impliquait l’étude préalable du Connaître, et que de tous les systèmes de connaissance construits par l’Humanité au cours de son Histoire, la Science est le plus complexe par sa profondeur (voir les mathématiques), le plus vaste par l’étendue de ses résultats (voir les millions de textes « scientifiques » édités), le plus structurant pour l’Humanité (voir les applications inouïes, modifiant la condition humaine, de la Technologie, fille de la Science).

Qui suis-je ? Je ne sais pas. Mais je sais les questions auxquelles j’ai tenté de répondre.

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La Technique est le signe de l'Humain

29 Août 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Technique, #Technologie

Dans mon livre Le Signe de l’humain. Une philosophie de la technique (L’Harmattan, Paris), je cite tous les auteurs ayant pensé la Technique (philosophes, sociologues, historiens, économistes, ingénieurs…) et je commente abondamment leurs travaux, qui ont alimenté ma réflexion sur le fait technicien et sur le sens profond de la récente transformation de la technique en technologie. Je dois beaucoup à ces auteurs, soit que je me sois basé sur leurs positions, soit que j’aie combattu leurs idées me paraissant fausses et illusoires, pour construire ma propre évaluation de la Technique, que je tiens pour la clé de la compréhension de la condition humaine et même pour la clé d’une approche de l’Être (reprenant certains thèmes de la philosophie de Martin Heidegger).

Je rends hommage à tous ces hommes qui ont su repérer l’importance de la Technique pour analyser le destin de l’Humanité, à contre-courant bien souvent d’une philosophie traditionnelle, officielle, universitaire, caractérisée par « l’oubli de la Technique », qui préfère chercher son inspiration dans l’étude de l’Art, de la Littérature, parfois de la Science. A tous ces hommes qui ont investigué, comme moi, avant moi ou pendant que je publiais mes premiers résultats (mon premier article publié date de 1978), les rapports entre la Technique et la Société.

Je ne peux pas les citer tous dans ce billet.

Il y eut, en France, Alfred Victor Espinas, Maurice Daumas, Bertrand Gille, Jean-Marie Auzias, Jean-Yves Goffi, Gilbert Simondon, Jean-Claude Beaune, François Dagognet, Pierre-Maxime Schuhl, François Russo, Georges Friedmann, Jean Brun… En Belgique, Jean Laloup, Henri Van Lier, Jean Ladrière… Et de très nombreux Américains, dont Melvin Kranzberg (le fondateur de la revue Technology and Culture), Don Ihde (l’inventeur du terme techno-science), Carl Mitcham, Samuel C. Florman, Paul T. Durbin, Gregory H. Davis, Frederick Ferré, Lewis Mumford, George Bugliarello, Dean B. Doner…

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Sur la definition de la Science et l'editologie

20 Août 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Epistémologie, #Editologie

Si l’on prétend parler philosophiquement de la Science, et pas uniquement répéter des lieux communs et des opinions vagues, il importe évidemment de donner au terme « Science », le plus rigoureusement possible, le sens précis et univoque qu’il a en épistémologie. Car le mot « science » (latin scientia) appartient au vocabulaire ordinaire, insuffisamment défini.

La Science, selon nous, est un système de pensée (un mode d’acquisition de savoirs) qui doit être déterminé par rapport aux autres systèmes de pensée : la connaissance spontanée et naïve, la philosophie, les religions, les idéologies, et même la poésie dans la mesure où certains poètes affirment atteindre la connaissance de réalités indicibles (par exemple Rimbaud, quand il « découvre » la couleur des voyelles, voir Baudet (Jean C.) : Une philosophie de la poésie, L’Harmattan, Paris, 2005).

Qu’est-ce donc qui distingue un discours « scientifique » (la théorie de la gravitation universelle de Newton, la chimie quantitative de Lavoisier, la relativité d’Einstein…) d’un discours philosophique (l’œuvre de Spinoza), religieux (le Coran), etc. ?

La réponse que nous proposons dans le cadre de l’éditologie se situe dans le prolongement des travaux de Karl Popper, qui définit la Science par la vérifiabilité (par la falsification). Voir notamment : Allard (Marianne) : « L’éditologie des sciences industrielles », Revue de l’Ingénieur industriel 6(3) : 45-50, 1984 ; Guespin (Louis) : « L’éditologie et les revues universitaires », La Pensée 269 : 113-119, 1989 ; Baudet (Jean C.) : « Editologie et scientificité », Communication & Cognition 23(4) : 323-329, 1990 ; Baudet (Jean C.) : « Editologie et sociolinguistique », Cahiers de linguistique sociale (Rouen) 18 : 81-99, 1991 ; Baudet (Jean C.) : « L’éditologie et l’histoire des techniques et de l’industrie », Newsletter Technology, science and industry (Oxford) 20 : 13-16, 1993 ; Baudet (Jean C.) : « L’éditologie : entre communication et cognition », Revue Générale 132(4) : 45-54, 1997.

Popper base donc la démarcation entre scientificité et non-scientificité sur le fait que les théories « scientifiques » sont vérifiables (c’est-à-dire falsifiables par une expérimentation ad hoc), ce qui le conduit notamment à dénier tout caractère scientifique par exemple au marxisme ou à la psychanalyse. Pour le dire en langage vulgaire : la Science est capable de réaliser une expérience (satelliser une caméra) pour vérifier que la Terre est ronde, alors que le Christianisme (système de pensée qui s’est plusieurs fois opposé à la Science, cfr le procès de Galilée) ne peut pas (pas encore ?) vérifier expérimentalement qu’il y a trois personnes en Dieu.

Mais il faut aller plus loin que Popper pour mettre à jour, radicalement, l’essence de la Science, pour repérer la différence spécifique qui sépare la Science de tous les autres systèmes prétendant acquérir des connaissances (notamment, la question est cruciale pour les « sciences humaines »). Construire une expérience de vérification, c’est obligatoirement construire une « instrumentation » adéquate (il s’agit de faire appel à la Technique pour construire un thermomètre, un télescope, une chambre à bulles, une sonde spatiale…), qui permet 1° une observation au-delà des limites sensorielles (voir des étoiles invisibles à l’œil nu, étudier la radioactivité pour laquelle le corps humain ne possède pas de capteurs) et 2° un raisonnement mathématisé plus puissant que le raisonnement verbal (obtenir des mesures numériques pour mettre l’observé en équations).

Ainsi, la Science se base sur la Philosophie, mais la dépasse par le recours aux instruments. La Science prolonge la Philosophie parce que, comme elle, elle rejette les traditions qui fondent les « savoirs » populaires.

Quand et où, dans l’histoire de l’Humanité, la Science est-elle apparue, c’est-à-dire quand et où des hommes ont-ils commencé à utiliser systématiquement des instruments d’observation et de mesurage ?

On peut évidemment remonter très loin dans le temps, et penser que les néolithiques déjà savaient « mesurer » la superficie d’une pièce de tissu à l’aide d’une règle servant d’instrument. Mais il s’agit d’une proto-instrumentation, spontanée et naïve, qui ne bouleverse pas l’acquisition de connaissances. Les Mésopotamiens, les Egyptiens, les Chinois, d’autres peuples encore, utilisaient, il y a des milliers d’années, des balances pour mesurer les poids ou des récipients pour mesurer les volumes, mais ces instruments ne sont pas utilisés systématiquement pour développer un savoir sur les choses, ils n’ont qu’un rôle utilitaire. Même les instruments des mathématiciens grecs (règles et compas), des astronomes grecs (astrolabes), des chimistes grecs (appareils à distiller), des médecins grecs (couteaux de dissection) ne constituent pas encore une instrumentation, car leur utilisation ne déclenche pas un « changement de paradigme » (Thomas Kuhn), ni le franchissement d’un « obstacle épistémologique » (Gaston Bachelard). L’histoire nous enseigne que l’instrumentation devient systématique en Europe (chrétienne) au début du XVIème siècle, causant ce que l’on appellera la « révolution copernicienne », et l’invention de la Science.

Il y a donc un sens fort du mot « science » (correspondant à l’exigence épistémologique) et un sens faible, correspondant à une acception très large, non théorisée de ce mot. Rigoureusement parlant, il n’y a pas de  science sumérienne, de science grecque, de science chinoise, de science indienne, de science arabe, de science maya, même si les peuples correspondants disposaient de savoirs (proto-scientifiques) qui leur permirent de créer de brillantes civilisations.

Il n’y a pas de progrès bouleversant, chez les Grecs et les Romains, entre les savoirs d’un Thalès (VIème siècle a.c.) et ceux d’un Boèce (VIème siècle p.c.), c’est-à-dire pendant plus de mille ans !!! De 1543 (Copernic) à 1687 (Newton), en un siècle seulement, les progrès de la Science sont fulgurants. Quant à la Philosophie – dépourvue d’instruments –, a-t-elle progressé de l’époque de Thalès à nos jours ?

 

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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L'origine de la Science

14 Août 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Science

J’ai montré, en étudiant l’histoire de l’astronomie, de la physique, de la chimie et de la biologie, que la Science apparaît, en Europe, à l’articulation des XVème et XVIème siècles, en se séparant de la Philosophie (née en Grèce vers 600 avant notre ère) par l’utilisation systématique de l’Instrumentation, celle-ci étant le fruit de la Technique. J’utilise le terme « Science » dans l’acception forte que lui donnent les épistémologues : il s’agit d’un système de pensée qui conduit à des discours vérifiables, contrairement aux autres systèmes de pensée (les Mythes, les Religions, la Philosophie, les Idéologies, la Poésie) qui sont radicalement invérifiables. Du fait même de sa vérifiabilité (grâce à des instruments d’observation et de mesurage), la Science est le contraire d’une pensée dogmatique, étant en perpétuelle « recherche ». Les savoirs « scientifiques » ne sont pas imposés au public comme des certitudes absolues, contrairement aux dogmes religieux, qui sont imposés avec un fanatisme pouvant aller jusqu’à la condamnation à mort des mécréants. Dans l’Europe chrétienne du Moyen Âge, il était « impensable » de mettre en doute la Sainte-Trinité, l’Immaculée Conception, la Rédemption et le Péché originel, le Jugement dernier (à peine d’être torturé par l’Inquisition), et dans les pays musulmans, en plein XXIème siècle, il est fort dangereux de prétendre qu’Allah n’existe pas, comme il est dangereux, dans l’Inde hindouiste, de nier l’existence de Vishnou !

L’usage d’instruments a permis à la Science de se développer en étendant considérablement le champ de l’observable (télescopes, microscopes…) et en permettant de quantifier les phénomènes observés par l’acquisition de nombres (mesures) ce qui permettra une mathématisation du discours scientifique (thermomètres, baromètres, galvanomètres…).

Quand la Science apparaît, l’Humanité possède quatre grands centres civilisateurs : la Chine confucéenne, l’Inde hindouiste, l’Europe chrétienne et l’Arabie musulmane (y compris ses vastes conquêtes). Les autres régions (Amérique, Afrique, Océanie) sont habitées par des cultures moins avancées, certaines étant même encore à l’âge de la pierre.

L’Inde, l’Europe et l’Arabie, à cette époque, connaissent la remarquable production intellectuelle des Grecs (et donc la Philosophie), ayant été en contact prolongé avec l’hellénisme, à qui ils doivent la logique (Aristote), la mathématique démonstrative (Euclide, Archimède), l’astronomie quantitative (Eudoxe, Aristarque), la botanique (Théophraste), l’anatomie (Hérophile), la médecine rationnelle (Galien), la chimie (Zosime), l’algèbre (Diophante). La Chine même, pourtant si éloignée de Milet, d’Athènes, d’Alexandrie, a pu connaître certains acquis de l’hellénisme.

Reste alors une question passionnante : pourquoi la Science est-elle née en Europe, avec Christophe Colomb qui utilise la caravelle comme instrument pour fonder la géographie scientifique, avec Vésale qui utilise le scalpel pour développer l’anatomie, avec Copernic qui utilise le quadrant pour découvrir l’héliocentrisme, avec Paracelse qui utilise les instruments de laboratoire pour séparer la chimie scientifique de l’alchimie médiévale, avec Galilée qui utilise le plan incliné pour fonder la mécanique ?... Pourquoi les brillantes civilisations des Chinois, des Hindous et des Arabo-musulmans ont-elles, à la fin du Moyen Âge, été bloquées pour rester extérieures au développement de l’esprit scientifique ?...

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Souvenir (petit poeme en prose)

5 Août 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Poème

J’aimais ton visage et ses rires, j’aimais ta voix ses paroles et ses phrases, j’admirais ton bracelet d’argent finement ciselé et nous marchions dans les parcs et les petits buissons, dans les forêts et les grands arbres, dans les savanes et les hautes herbes.

J’admirais tes yeux calmes, je chérissais ta démarche et tes gestes et tes petites fioles de parfum et tes boîtes à bijoux, et nous allâmes dans les musées voir les statues, dans les salles de concert écouter les musiques, dans les grands magasins pour acheter de jolies choses.

Ta chevelure m’enthousiasmait, et je contemplais tes robes, heureux de ta jeunesse, de tes sourires, des rues où tu étais, des boulevards où tu étais, de nos voyages, de nos jours et de nos nuits.

J’aimais te voir à Paris et au Caire, à Beyrouth et à Léopoldville – te souviens-tu de la chaleur et des odeurs de brousse ? –, à Bruxelles et à Florence et à Athènes, surtout à Athènes – te souviens-tu de ce soir sur l’Acropole au clair de lune ?

Tu me parlais, tu m’écoutais, tu vivais, nous marchions ensemble dans les parcs, dans les forêts, dans les savanes et dans les grands magasins.

Tu étais la princesse de mes rêves et la reine de mon existence et la raison de mon être et la saveur de mes soirs et la compagne de mes bonheurs. Tu marchais dans la foule à Paris, dans la pluie à Lille, dans le soleil à Rome, et j’étais près de toi. Tu écoutais les symphonies, les concertos, les sonates, tu dessinais et tu peignais à l’huile ou à l’acrylique, et je contemplais tes tableaux.

Tu me donnas deux filles, et je retrouvai ton visage et ses rires dans leurs jeux d’enfants.

Tu étais avec moi.

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Propos sur la fin du monde

1 Août 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Politique, #Démographie

Il est impossible de réduire le réchauffement climatique. Il est impossible de diminuer le chômage de masse. Il est impossible d’anéantir l’islamisme, alimenté par la haine des valeurs occidentales. Ces menaces effrayantes, en effet, et quelques autres également dangereuses pour le genre humain (pollutions diverses, diminution accélérée de la biodiversité, amenuisement des ressources minérales), ont toutes la même cause : l’extraordinaire explosion démographique, due à la formidable puissance de l’instinct sexuel chez les peuples économiquement peu développés. Et il est quasiment impossible d’inverser la courbe démographique devenue exponentielle (loi découverte par le Bruxellois Pierre-François Verhulst en 1838), et l’augmentation des hommes ne peut qu’augmenter leurs consommations et leurs déjections. Eros et Thanatos : la puissance de l’amour conduit au règne de la mort.

Les physiciens, les chimistes, les biologistes, les agronomes et les ingénieurs, les géographes, les sociologues et les économistes savent tout cela, mais ils n’osent pas aller jusqu’à la conclusion finale de leurs observations, ou alors leurs mises en garde sont occultées par les idéologies vendeuses d’espoir des humanismes et des compassions humanitaires.

Les hommes politiques, imperturbablement, annoncent des « programmes » de lutte contre la pollution de l’air qui réchauffe l’atmosphère (d’où tornades, inondations, extension des maladies tropicales, sécheresse, feux de forêts, désertification, montée du niveau des mers…), de lutte contre le chômage (dû à l’offre mondiale toujours croissante de main-d’œuvre), de lutte contre le terrorisme islamiste, exutoire des « plus démunis » économiquement et intellectuellement, qui seront toujours plus nombreux. Les politiciens de tous les partis proposent des « solutions », malgré des décennies de montée de la température de l’air, d’augmentation du chômage au niveau mondial, et d’expansion de l’islamisme, dans l’incapacité d’influencer les choses. Trump, Poutine, Macron, Merkel, Erdogan, Theresa May et tous les autres ne pourront pas faire mieux que leurs prédécesseurs, car jamais des législations démagogiques et des déclarations d’espoir n’aboliront les lois de la physique, de la chimie, de la biologie et de l’économie.

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